Qu’attendre des menaces protectionnistes américaines?

Alexandre Gauthy
Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg.
(Photo: Degroof Petercam)

Chaque semaine, Paperjam vous propose un regard de chefs économistes d’institutions bancaires et financières sur l’actualité des marchés et de l’économie. Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg, se penche sur le protectionnisme américain.

Après avoir réussi à faire approuver la réforme fiscale par les législateurs fin d’année passée et s’être mis d’accord sur le budget de cette année, le gouvernement américain s’attelle maintenant au commerce extérieur. Le départ de la Maison Blanche de Gary Cohn et de Rex Tillerson, deux figures favorables au libre-échange, laisse une plus grande influence sur la politique américaine à des membres plus hostiles à l’ouverture des États-Unis. L’un d’entre eux, Peter Navarro, est d’ailleurs l’auteur du livre intitulé «Death by China», ce qui en dit long sur son opinion de la Chine.

Une des obsessions de Donald Trump est de réduire le déficit commercial des États-Unis.

Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg

Il est aussi dans l’intérêt du président de satisfaire une partie de son électorat avant les élections de mi-mandat. Une des obsessions de Donald Trump est de réduire le déficit commercial des États-Unis. Cet objectif figurait parmi ses principales promesses électorales. Alors que les négociations autour du traité de libre-échange nord-américain sont en cours, la Chine devient la cible des États-Unis. Et Donald Trump a raison de se focaliser sur la Chine, ce pays étant responsable d’à peu près la moitié du déficit commercial américain. Pour la petite histoire, les instituts statistiques américains et chinois ne sont pas d’accord sur l’ampleur du surplus commercial chinois avec les États-Unis, ou vu dans l’autre sens, du déficit commercial américain avec la Chine. Cette différence se chiffre à environ 100 milliards de dollars l’année dernière pour le commerce des biens entre les deux pays.

La Chine dans le collimateur

Lors des discussions autour de la réforme fiscale, il avait été évoqué de mettre en place une taxation à la frontière, où l’entièreté des importations américaines seraient taxées, peu importe le pays d’origine. Cette proposition est tombée à l’eau, trop compliquée à mettre en place. Jusqu’à fin mars, l’administration américaine a instauré des droits de douane sur des produits ne représentant qu’une partie insignifiante des importations américaines totales. Pour cette raison, ces taxes à l’importation n’ont à ce jour pas de grandes incidences macroéconomiques. Mais depuis quelques semaines, le département du commerce américain se montre plus menaçant envers la Chine, citant notamment ses pratiques sur le respect du droit à la propriété intellectuelle.

Si les tensions sont palpables à court terme, une guerre commerciale totale n’est pas à l’ordre du jour.

Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg

De fait, le président américain a annoncé des mesures spécifiques envers la Chine, qui pourraient viser jusqu’à environ un quart des importations américaines de produits chinois. Si les tensions sont palpables à court terme, une guerre commerciale totale n’est pas à l’ordre du jour. Le scénario le plus probable suite aux déclarations belliqueuses des dernières semaines est qu’un terrain d’entente soit trouvé entre les deux pays. Lors de la conférence asiatique annuelle, le président chinois a prononcé un discours au cours duquel il a promis une série de mesures visant à ouvrir l’économie chinoise, comme la diminution de la taxation sur les importations de voitures, la réduction des restrictions d’investissements étrangers dans le secteur manufacturier chinois, ainsi que la création d’une entité visant à renforcer la supervision du respect de la propriété intellectuelle. Bien que ces déclarations aillent dans le sens de ce que les Américains revendiquent, il est encore trop tôt pour savoir si elles suffiront à adoucir les menaces américaines.

Effets macroéconomiques

Étant donné que les produits électroniques constituent la partie la plus importante des exportations chinoises vers les États-Unis, il est normal qu’ils aient fait l’objet des menaces américaines. Si les biens visés représentent une part conséquente des importations, il est peu probable que les Américains aient la capacité de substituer du jour au lendemain ces importations par de la production domestique, d’autant plus que le taux de chômage est aujourd’hui très faible. En outre, les chaînes de production dans le monde sont aujourd’hui fortement imbriquées et internationalisées, la mondialisation ayant incité les différents pays à produire les biens pour lesquels ils avaient un avantage concurrentiel relatif par rapport aux autres pays. Par conséquent, le consommateur final paiera sans doute des droits de douane, à travers des prix de vente majorés.  

N’oublions pas non plus que le creusement du déficit budgétaire prévu pour les prochaines années risque d’accroître la consommation des ménages américains, et donc des importations. Selon la théorie économique, une augmentation du déficit budgétaire devra être financée par des capitaux externes dans l’hypothèse où l’épargne domestique privée et l’investissement des entreprises restent inchangés. Or, le revers de la médaille d’un accroissement de l’emprunt externe est une détérioration de la balance commerciale. En d’autres termes, un manque d’épargne domestique (dans ce cas-ci de l’État) devra être partiellement compensé par une hausse de l’endettement des États-Unis vis-à-vis du reste du monde.

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