Panique et œufs brouillés

11 Août 2017 Par Jean-Michel Lalieu
œufs Fipronil
Faut-il craindre de manger des œufs? Comme toute crise, celle du fipronil demandera d’être analysée avec un peu de recul.
(Photo: Licence C.C)

Voilà donc le scandale de l’été. Partie des Pays-Bas ou de Belgique, on se dispute toujours la «non-origine», la crise des œufs contaminés au fipronil s’étend désormais à une douzaine de pays européens, et ce n’est probablement pas fini.

Jour après jour, les gouvernements nationaux ont voulu se montrer rassurants. Non, les œufs atteints par le fameux insecticide n’ont pas traversé les frontières. Au Luxembourg, ce n’est désormais plus le cas depuis que des lots ont été découverts chez Aldi et que des traces ont été détectées chez Cactus. Mais la situation est moins inquiétante que lors de la crise de la viande de cheval, en 2013.

Ces enseignes ne sont pas toujours responsables de la situation. Les filières agroalimentaires sont devenues tentaculaires et rares sont les ingrédients d’origine locale. Ce qui provoque le phénomène de la tache d’huile s’étendant progressivement à l’ensemble du continent. Avant d’atteindre, peut-être, d’autres filières. Si les œufs sont contaminés, qu’en est-il des poulets d’élevage?

Faute d’éléments d’enquête probants, les différents gouvernements se renvoient la faute, tandis que les médias s’interrogent sur l’efficacité des organismes de contrôle. Manque de volontarisme, de moyens d’action? Peut-être.

Peur sur le poulailler

Mais si la crise actuelle a émergé, c’est parce qu’une substance chimique, le fipronil, un insecticide utilisé pour éradiquer les parasites chez le chien et le chat, s’est retrouvé dans un produit, le Dega-16, qui ne devait être composé que de substances tirées de plantes (menthol, eucalyptus et huiles essentielles). Pas assez puissant pour battre les produits concurrents au niveau de la désinfection des poulaillers industriels…

Or, l’Union européenne a interdit l’utilisation de la substance dans toute filière en lien avec la chaîne alimentaire. Haro donc sur le fipronil, nouvel ennemi public commun. Logique et amplement justifié. Mais pour un produit interdit par l’UE, combien ont franchi la rampe a grands coûts de lobbying et restent impunément utilisés dans les mêmes filières agroalimentaires?

La montée en puissance – voire en épingle – des crises alimentaires est salutaire. Elle permet de mettre le doigt là où ça dérape encore dans la production alimentaire et sur l’inefficience des contrôles. Mais il faut pourtant maîtriser la mesure du sujet et éviter de jeter le discrédit sur l’ensemble d’une filière, tout comme de faire peur inutilement aux populations concernées. Ce qui, admettons-le, reste fréquemment le cas.

Informer sans faire trembler

Au fur et à mesure de la retombée des crises sanitaires vécues depuis la vache folle dans les années 90, on s’est rendu compte des exagérations parfois orchestrées jusqu’à créer un sentiment de panique. Souvenez-vous du scandale du Tamiflu, l’antigrippe miracle lors de la grippe aviaire de 2005, qui allait se montrer aussi ravageuse que la grippe espagnole de 1918. Ou, en Belgique, de la crise de la dioxine de 1999 qui avait contaminé – déjà! – des élevages de poulets, conduit à l’abattage de millions de bêtes et fait craindre des conséquences catastrophiques de santé publique.

L’histoire se répète donc. L’excellent principe de précaution fait son œuvre, mais au détriment d’éleveurs qui, dans bien des cas, n’ont rien à se reprocher, et en jetant l’opprobre sur la filière alimentaire dans son ensemble. Un travail mieux coordonné entre le monde politique et les organismes de contrôle ainsi qu’une meilleure information vers les médias auraient le mérite d’enrayer la peur plutôt que de surfer dessus.

Combien de crises faudra-t-il encore pour éviter ces erreurs dans la gestion de ces scandales, qui doivent être révélés – notamment pour mettre en exergue l’inhumanité de l’élevage animal – mais aussi maintenus dans les proportions qu’ils méritent vraiment. Le fipronil n’a rien à faire dans nos assiettes, mais il ne serait toutefois dangereux qu’à très fortes doses. Il faut également pouvoir le dire, quitte à faire retomber le soufflé.

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