L’Italie, un risque existentiel pour la zone euro?

Alexandre Gauthy
Alexandre Gauthy, macro-économiste chez Degroof Petercam Luxembourg.
(Photo: Edouard Olszewski / Archives)

Paperjam vous propose désormais chaque semaine un regard de chefs économistes d’institutions bancaires et financières sur l’actualité des marchés et de l’économie. Alexandre Gauthy, macro-économiste chez Degroof Petercam Luxembourg, évoque les élections italiennes du 4 mars 2018.

Les élections italiennes du 4 mars prochain marquent la dernière échéance politique majeure pour la zone euro, après les élections aux Pays-Bas, en France et en Allemagne de l’année passée. Alors que ce risque potentiel semble avoir disparu des radars, faut-il vraiment s’inquiéter de la montée en puissance des partis populistes?

D’où vient le succès du Mouvement 5 Étoiles?

Le «Mouvement 5 Étoiles» est un parti politique relativement récent. Il fut fondé en 2009, et selon les derniers sondages serait devenu le premier parti politique en Italie, remportant un peu moins de 30% des intentions de vote. La vague migratoire ainsi que la situation économique morose de ces dernières années ont fortement contribué au succès de ce parti. Le sentiment d’appauvrissement et de retard économique est légitime en Italie: l’économie souffre encore d’un taux de chômage particulièrement élevé chez les jeunes, et l’économie italienne est à la traîne par rapport aux autres pays de la zone euro. En effet, l’Italie est un des rares pays de la zone euro où le niveau de richesse par habitant n’a toujours pas atteint ses niveaux d’avant-crise. À près de 130% du PIB, la dette publique italienne est une des plus élevées parmi les pays de l’Union européenne. De ce fait, l’Italie figure souvent en ligne de mire de la Commission européenne, qui émet des recommandations afin d’alléger l’endettement public. Tout comme en France, l’austérité budgétaire ne fait pas bon ménage chez les Italiens. Quoi qu’il en soit, il est aisé de faire le lien entre la situation économique, l’austérité budgétaire, et la vague migratoire d’une part, et la montée en puissance de ce parti populiste d’autre part.

Pas d’Italexit en vue

Depuis mi-2016, la situation économique s’améliore. La reprise cyclique mondiale actuelle bénéficie aussi à l’Italie. Le pays a renoué avec la croissance économique et le taux de chômage baisse rapidement. Même s’il est vrai que le sentiment anti-euro reste élevé en Italie par rapport aux autres pays de l’union monétaire, la majorité des Italiens est favorable à l’euro. Les élections du 4 mars s’inscrivent dans un paysage politique fortement fragmenté. Nous pouvons dissocier trois axes politiques principaux qui récolteraient chacun aux alentours de 30% des votes: le centre-gauche, le centre-droit, et le Mouvement 5 Étoiles. Le problème est qu’aucun de ces regroupements ne disposerait d’assez de voix pour former une majorité. La plupart des partis politiques revendiquent une plus grande autonomie fiscale vis-à-vis de Bruxelles. La bonne nouvelle est que le discours anti-euro des partis populistes s’est amenuisé depuis peu. Par exemple, il y a quelques jours, le président du Mouvement 5 Étoiles a rejeté la possibilité d’organiser un référendum sur l’appartenance de l’Italie à l’Union européenne.  

Aujourd’hui, le risque italien n’est plus un risque de sortie de l’Italie de la zone euro. Le pays reste très important, la taille de son économie représentant 15% de la zone euro. Par contre, le risque d’un ralentissement des réformes visant à rendre la dette publique soutenable est bel et bien réel. L’intention de la plupart des partis de relâcher les efforts de réduction du déficit budgétaire pourrait irriter la Commission européenne, pour laquelle la rigueur budgétaire doit s’appliquer à tout prix.   

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