Les États-Unis montrent leurs muscles

24 Juin 2018 Par Fredrik Skoglund (BIL)
Pour Fredrik Skoglund, CIO de la Bil, les États-Unis restent la locomotive de la croissance mondiale.
(Photo: BIL)

Chaque semaine, Paperjam vous propose un regard de chefs économistes d’institutions bancaires et financières sur l’actualité des marchés et de l’économie. Aujourd’hui, Fredrik Skoglund, chief investment officer à la Bil, analyse la santé de l’économie américaine.

Les indices des directeurs d’achat dans le secteur manufacturier servent d’indicateurs avancés des conditions économiques à venir. Dernièrement, les principales économies ont enregistré un fléchissement de leur indice après une période de «croissance mondiale synchronisée» inhabituellement forte. Les États-Unis font figure d’exception: l’indice américain a atteint 58,7, contre 57,3 le mois précédent. Cette hausse, conjuguée à un flot constant de statistiques bien orientées, confirme leur rôle de locomotive de la croissance mondiale.

La croissance du PIB réel des États-Unis au premier trimestre s’est avérée plus forte que prévu, à + 2,2% en rythme annualisé. D’après le modèle de prévision de la Fed de New York, elle devrait même atteindre 3,3% au deuxième trimestre. La cerise sur le gâteau est que la croissance semble durable dans la mesure où elle repose sur un rebond de l’investissement. Par ailleurs, les entreprises s’emploient encore à faire fructifier la trésorerie engrangée grâce aux 1.500 milliards de dollars de baisses d’impôts dont Donald Trump a été le grand artisan.

Un taux de chômage à 3,8%

Le mois de mai a été porteur de bonnes nouvelles pour les travailleurs américains. Fin avril, 6,7 millions de postes étaient à pourvoir, le chiffre le plus élevé jamais enregistré par le ministère du Travail depuis le début de cette série statistique en l’an 2000. Et pour la première fois depuis au moins deux décennies, l’on dénombrait plus de postes vacants que de demandeurs d’emploi aux États-Unis. En mai, 223.000 emplois non agricoles supplémentaires ont été créés et le taux de chômage est tombé à seulement 3,8%. Cette situation quasiment parfaite sur le marché de l’emploi s’est accompagnée d’une augmentation plus forte que prévu des salaires (+2,7% en glissement annuel).

L’augmentation des salaires est normalement considérée comme un signe annonciateur d’accélération de l’inflation. Une hausse régulière de l’inflation conforterait la Réserve fédérale, qui prévoit de relever ses taux à deux reprises encore cette année.

En Europe, l’indice des directeurs d’achat dans le secteur manufacturier est tombé à 55,5 en mai. Le PIB de la zone euro a enregistré une expansion de seulement 0,4% au premier trimestre 2018, au plus bas depuis le troisième trimestre 2016, et les indicateurs de confiance économique sont en baisse.

Guerre commerciale?

Le spectre d’une guerre commerciale pénalise l’Europe dans la mesure où il s’agit d’une économie tournée vers l’export, dominée par les secteurs de la «vieille économie», contrairement aux États-Unis où les géants technologiques sont prépondérants. L’inquiétude est montée d’un cran lorsque l’administration Trump a élargi les droits de douane sur les importations d’acier et d’aluminium à des alliés des États-Unis, à savoir l’Europe, le Mexique et le Canada. Bien que les tensions commerciales restent une menace évidente et immédiate pour la croissance dans la zone euro, une véritable guerre commerciale nous semble toujours peu probable. En dépit de tout ce qui précède, ainsi que des tensions politiques (notamment en Espagne et en Italie), la BCE prévoit de réduire la voilure de son programme d’assouplissement quantitatif pour y mettre un terme d’ici la fin de l’année.

Pour l’instant, les États-Unis semblent avoir beaucoup plus de muscles économiques à montrer que les autres pays développés. Par conséquent, nous avons récemment réduit notre allocation aux actions européennes (notamment les valeurs bancaires qui sont exposées à beaucoup de bruit exogène) au profit des actions américaines.

La rédaction a choisi pour vous

Alexandre Gauthy, Degroof Petercam

17 Juin 2018

Depuis le début d’année, la hausse des taux courts et longs américains, ainsi que le renchérissement du dollar dans une moindre mesure, a exposé la fragilité de certains pays émergents.

29 Mai 2018

Dans son rôle de pionnier de la finance verte, le Luxembourg veut aider la Société financière internationale (Banque mondiale) à initier les banquiers du monde émergent aux obligations vertes. Il vient de lui accorder un financement d’un million d’euros dans le cadre d’un programme d’assistance.