Le Luxembourg de plain-pied dans l’ère numérique

07 Janvier 2018 Par Jean-Michel Hennebert

Si le pays figure sur la liste des bons élèves mondiaux en matière d’utilisation des TIC, il se caractérise par un recours différent aux multiples outils proposés. L’utilisation des services bancaires en ligne et des réseaux sociaux figure parmi les habitudes fortement ancrées.

Classé une nouvelle fois dans le top 10 mondial des pays les plus connectés en 2017 par la branche de l’ONU spécialisée dans l’évaluation des technologies, le Luxembourg entend bien capitaliser sur la numérisation de la société. Si le taux de ménages résidents dotés d’une connexion internet stagne à 97% depuis 2015 – mais dépasse la barre des 90% depuis 2010 –, le recours aux services proposés en ligne ne cesse de croître.

Selon une récente étude du Statec sur les activités en ligne des résidents, publiée en décembre 2017, les services bancaires sont les activités les plus fréquemment utilisées (79%), devant les services liés aux voyages (73%) et les réseaux sociaux (70%). Ce qui traduit une évolution relativement rapide des comportements, le recours au web banking n’étant pratiqué que par 67% des résidents cinq ans plus tôt et 60% d’entre eux en 2007.

Même phénomène en ce qui concerne le recours aux achats en ligne, effectué par 71% des résidents en 2017. Champions européens de l’e-commerce, les habitants du Grand-Duché se retrouvent pourtant, dans un tiers des cas, confrontés à des soucis de livraison. Et ce, du fait de l’obligation faite aux commerçants de l’UE d’assurer une commande, mais non de la livrer. Une aberration que le Luxembourg avait soulignée lors du débat sur la fin du blocage géographique. À noter que le profil majoritaire du résident adepte du shopping online est un homme, âgé entre 25 et 54 ans et ayant un niveau d’éducation élevé.

Si la connectivité du pays reste l’une des meilleures au monde, les moyens utilisés pour accéder à internet évoluent, le smartphone creusant peu à peu l’écart par rapport à ce que le Statec qualifie d’«ordinateur portatif», à savoir laptops et autres tablettes. Utilisés par 6 résidents sur 10 en 2013 (69%), les téléphones portables représentaient en 2017 la source de connexion de 8 résidents sur 10 (79%).

Une évolution des comportements qui se traduit non seulement par une consommation différente des services proposés, désormais accessibles 24h/24 et 7j/7, mais aussi par une approche plus connectée. Le meilleur exemple de cette nouvelle tendance s’illustre dans les traditionnels vœux de fin d’année. Comme dans le reste des pays occidentaux, le Luxembourg enregistre un net recul des envois de SMS au profit des messages envoyés via les services de messagerie instantanée, type Whatsapp. Si l’ensemble des opérateurs cumulaient quelque 8 millions de SMS en 2011, leur nombre a chuté à 3 millions en 2017, selon les données transmises début 2018 par les trois principaux acteurs du marché de la téléphonie mobile au Grand-Duché.

À l’inverse, le volume de datas consommées a explosé. Post revendique ainsi 50,2 téraoctets de données sur les 48 heures comprises entre le 31 décembre 2017 et le 1er janvier 2018, Tango avance le chiffre de 64 téraoctets échangés «entre Noël et le Nouvel An» et Orange parle de 42 téraoctets envoyés et reçus au cours de la période. Dans la plupart des cas, les opérateurs ne sont pas en mesure d’avancer des données comparatives sur les années précédentes, leur base de données étant présentée comme «incomplète sur ce point». Pourtant, depuis l’arrêt du roaming, les opérateurs avancent des chiffres quant à la consommation de datas de leurs clients. Un chiffre multiplié par six entre 2016 et 2017 chez Tango ou un coefficient de dix entre la troisième semaine d’août 2016 et son équivalent en 2017 chez Post.

La tendance ne devrait pas s’arrêter là, à en croire les prévisions mondiales de Cisco, géant des infrastructures de télécommunications. D’ici 2021, le nombre de téléphones mobiles devrait passer de 4,9 à 5,5 milliards à travers le monde, pour une population estimée à 7,8 milliards d’individus, selon l’ONU. Pour Cisco, les mobinautes devraient consommer en moyenne 5,7 Go de données par mois d’ici trois ans. Soit six fois plus qu’aujourd’hui. En Europe, la consommation devrait atteindre 6,6 Go par habitant, contre 1,3 Go actuellement en lien direct avec l’explosion attendue de la vidéo mobile, mais aussi des applications de réalité virtuelle ou de réalité augmentée. Le déploiement progressif de la 4G, puis des réseaux 5G d’ici à l’horizon 2020, capables de générer cinq fois plus de trafic, devrait également accompagner ce mouvement. 

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