Goodbye Madame Yellen

05 Février 2018 Par Philippe Ledent (ING Belux)
Philippe Ledent, senior economist, ING Belux.
(Photo: ING)

Paperjam vous propose désormais chaque semaine un regard de chefs économistes d’institutions bancaires et financières sur l’actualité des marchés et de l’économie. Philippe Ledent, senior economist chez ING Belux, débute avec le changement à la tête de la Fed.

La semaine écoulée a été marquée par la réunion de politique monétaire de la Fed. Cette réunion était historique, non pas parce qu’elle a changé le cours de la politique monétaire américaine, mais parce qu’il s’agissait de la dernière présidée par Janet Yellen.

Sur le plan strict de l’économie et des marchés financiers, la réunion n’a pas donné lieu à de grandes annonces. Les mots utilisés dans le communiqué de la Fed sont presque le copier-coller du précédent, malgré quelques changements discrets. Ceux qui dès lors s’attendaient à une confirmation explicite d’une hausse de taux lors de la réunion du mois de mars ont été déçus.

Hausse probable en mars

Sans doute le comité de politique monétaire voulait-il laisser les mains libres à Jerome Powell (successeur de Janet Yellen à la présidence de la Fed) en vue de sa première réunion en mars. Néanmoins, à la vue des bons chiffres d’emplois en janvier (+200.000 emplois nets créés par l’économie américaine) et de la hausse des salaires, une hausse des taux semble assez probable en mars. Il faudra néanmoins voir si un nouveau «shutdown» des administrations américaines n’interviendra pas d’ici là, ce qui pourrait affecter l’économie américaine et donc la trajectoire de normalisation des taux de la Fed.

L’événement important de cette réunion était donc le départ de Janet Yellen. Quel bilan faut-il tirer de son (trop court) mandat à la tête de la Fed? On en retiendra d’abord qu’elle a poursuivi avec succès la stratégie de sortie de crise entamée par Ben Bernanke. Après la fin de l’assouplissement quantitatif, il a fallu graduellement faire accepter aux marchés financiers une normalisation de la politique monétaire. Mais il ne fallait pas le faire trop vite, car lorsque se dessinait la fin de l’assouplissement quantitatif, l’économie américaine – et son marché du travail en particulier – n’était pas encore prête pour des hausses de taux. Or, les marchés étaient convaincus que les taux remonteraient très rapidement. Pour preuve, le rendement de l’obligation à dix ans américaine dépassait le niveau actuel lorsque, fin 2013, la Fed annonça une réduction prochaine de ses achats d’actifs.

Prendre son temps

Mais Madame Yellen, en spécialiste du marché du travail, aura réussi à convaincre les marchés qu’il fallait prendre son temps et que l’inflation ne ferait pas son retour directement. La première hausse de taux n’intervint donc qu’en décembre 2015. L’histoire lui a donné raison, puisque l’inflation reste encore aujourd’hui timide.

Ses positions par rapport à la régulation du secteur financier lui ont probablement coûté un second mandat. C’est dommage car, sans remettre en cause les qualités de Jerome Powell, Janet Yellen méritait certainement de poursuivre la trajectoire de normalisation de la politique monétaire américaine qu’elle a dirigée durant les quatre dernières années.

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