G20: la Chine occupe le terrain

09 Décembre 2018 Par Fredrik Skoglund (BIL)
Fredrik Skoglund, chief investment officer, Banque internationale à Luxembourg.
Fredrik Skoglund, chief investment officer, Banque internationale à Luxembourg.
(Photo: BIL)

Chaque semaine, Paperjam vous propose un regard de chefs économistes d’institutions bancaires et financières sur l’actualité des marchés et de l’économie. Aujourd’hui, Fredrik Skoglund, chief investment officer à la Bil, analyse les relations de la Chine avec le reste des chefs d’État du G20.

Les marchés internationaux semblaient soulagés après le sommet du G20 qui s’est tenu pendant le week-end dernier en Argentine et qui s’est achevé sur une lueur d’espoir pour le multilatéralisme. Les deux superpuissances, États-Unis et Chine, ont convenu d’une trêve de 90 jours après avoir frôlé une véritable guerre commerciale plusieurs mois durant.

Les États-Unis ont annoncé qu’ils ne relèveraient pas les droits de douane de 10% à 25% sur quelque 200 milliards de dollars de marchandises chinoises en janvier, tel qu’initialement prévu. En échange, selon un tweet de Donald Trump, la Chine a accepté de «réduire et abolir les droits de douane sur les voitures américaines importées en Chine».

Certains médias ont également fait état de mesures visant à combler le déficit commercial américain accusé depuis des décennies, à faciliter l’accès des entreprises américaines aux marchés chinois et à lutter contre les importations de l’opiacé fentanyl aux États-Unis. Les deux géants ont désormais trois mois pour régler leurs différends afin d’éviter une reprise du conflit commercial qui mine déjà le moral des entreprises.

Alors que les États-Unis adoptent une posture plus isolationniste, la Chine en profite pour se rapprocher du reste du monde.

Fredrik Skoglund, chief investment officer à la Bil

Alors que les États-Unis adoptent une posture plus isolationniste, la Chine en profite pour se rapprocher du reste du monde. À Buenos Aires, Xi Jinping a présenté une proposition en quatre volets qui exhorte les chefs d’État du G20 à piloter l’économie mondiale de manière responsable, à continuer de promouvoir l’ouverture et la coopération et à jouer un rôle politique de premier plan pour entretenir des conditions favorables au commerce international.

Le président chinois a également indiqué que la Chine avait l’intention d’engager un nouveau cycle de réformes et d’ouverture, en accentuant ses efforts dans le domaine de la protection de la propriété intellectuelle et en augmentant ses importations. Par ailleurs, il a souligné que tous les pays du G20 avaient un rôle à jouer dans la lutte contre le changement climatique, un défi majeur pour l’avenir. Dans ce domaine, les États-Unis sont allés à contre-courant, notamment en refusant de signer l’accord de Paris sur le changement climatique.

Les États-Unis semblent faire cavalier seul.

Fredrik Skoglund, chief investment officer à la Bil

La Chine a avancé ses pions chaque fois que les États-Unis se sont désengagés. Lors du sommet du G20, l’empire du Milieu et la France ont convenu de renforcer l’accord de Paris dans l’optique de la réunion de la COP24 à Katowice, en Pologne, qui a commencé le 2 décembre. La principale tâche lors du sommet résidera dans la finalisation des modalités de mise en œuvre de l’accord de Paris signé en 2015.

La Chine a déjà conclu des partenariats pour aider la Pologne à concrétiser son ambition de réduire significativement sa dépendance au charbon d’ici à 2040. Cette relation «gagnant-gagnant» entre les deux pays remonte à 2014, lorsque le Fonds Chine-PECO (Pays d’Europe Centrale et Orientale) a investi 400 millions d’euros dans la construction d’un parc éolien en Pologne. Depuis lors, un certain nombre d’accords ont vu le jour. L’an dernier, China General Nuclear Power Group a engagé des pourparlers en vue de la construction de la première centrale nucléaire en Pologne et les deux pays ont signé un pacte de coopération dans le nucléaire civil.

Tandis que la Chine encourage la collaboration, entre autres avec des projets de production d’énergie verte, les États-Unis semblent faire cavalier seul. Apparemment, tandis que les 20 plus grandes économies au monde participaient à la COP24, la Maison-Blanche organisait un événement parallèle assurant la promotion des énergies fossiles.

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