Descente aux enfers

23 Février 2018 Par Céline Coubray
Anéantis
Dans «Anéantis», le spectateur fait une expérience frontale de l’horreur.
(Photo: Boshua)

Myriam Muller présente au Grand Théâtre sa nouvelle mise en scène: «Anéantis», une œuvre de Sarah Kane qui émeut et épouvante à la fois.

On vous prévient: la pièce est difficile. C’est «un théâtre qui bouscule, un théâtre qui interpelle», peut-on lire sur le site du Grand Théâtre de la Ville de Luxembourg. Myriam Muller a choisi de mettre en scène le texte «Anéantis» de Sarah Kane, auteure au parcours fulgurant qui s’est suicidée en 1999 à l’âge de 28 ans et dont certains se souviendront certainement du «4.48 Psychose» interprété par Isabelle Huppert. Pour cette nouvelle mise en scène dont la première sera donnée ce samedi au Grand Théâtre, elle s’est entourée de quatre comédiens: Ramzi Choukair, Garance Clavel, Elsa Rauchs, et Jules Werner. 

«Anéantis», écrit en 1995, est la première pièce de l’auteure britannique. À sa sortie, elle provoque un scandale, un coup de tonnerre dans le paysage théâtral anglais. Le drame se déroule dans une chambre d’hôtel, où Ian et Cate se retrouvent alors que leur couple est violemment en crise. À l’extérieur, une guerre civile survient et une bombe frappe la chambre. Cate se réfugie dans la salle de bains. Un troisième personnage entre alors en scène: un soldat.

La dramaturgie et les sujets abordés sont d’une grande intensité, d’une violence extrême. Sarah Kane disait avoir écrit «Anéantis» parce qu’elle était bouleversée par l’indifférence des médias européens face à la tragédie bosniaque. Elle voulait donner à voir et à entendre les histoires terribles des individus pris dans la violence du monde et de la guerre. Aujourd’hui, cette pièce a encore malheureusement des résonnances multiples, que ce soit dans les attentats de l’EI ou la guerre en Syrie. L’œuvre de Kane se place sous le signe d’une tension constante entre un univers nihiliste, dans lequel aucune perspective de salut ne saurait émaner du sacrifice, et un monde chrétien, tout entier orienté vers une perspective de salut.

Myriam Muller se voit donc confrontée à la représentation de thèmes puissants comme la brutalité, le sexe, le cannibalisme, qui côtoient l’amour, l’humour, l’espérance d’un autre avenir. Il s’agit d’un théâtre «expérientiel» dans le sens où le spectateur doit faire l’expérience frontale de l’horreur. Se pose alors la question de sa mise en scène: est-ce que la métaphore et les effets de style doivent prédominer, ou au contraire faut-il se confronter à ce texte avec réalisme? Se pose aussi la question du voyeurisme et du plaisir coupable produit par le spectacle de la violence. À la question de savoir quel a été le défi majeur pour cette mise en scène, Myriam Muller répond: «Cela a été de trouver l’équilibre: garder la violence, sans tomber dans la complaisance, et puis après de ne pas tomber dans l’autre extrême où l’on n’ose plus rien montrer de peur de choquer les gens. Il faut tout de même que la pièce garde cette force, cette violence.»  Une œuvre théâtrale qui ne laissera personne indifférent.

Les 24 et 27 février, 1et et 3 mars, www.theatres.lu

Introduction à la pièce par Betty Belais une demi-heure avant chaque représentation (en français).

Rencontre avec l’équipe artistique après la représentation du 27 février.

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