Ce que la lettre du Mudam dénonce vraiment

18 Janvier 2019 Par Céline Coubray
Un des employés du Mudam alerte sur les conditions de travail et les nombreuses démissions au sein du musée.
Un des employés du Mudam alerte sur les conditions de travail et les nombreuses démissions au sein du musée.
(Photo : Etienne Delorme / archives)

Une lettre anonyme a été adressée à la direction et au service des ressources humaines du Mudam, ainsi qu’au Woxx et au Wort pour pointer des dysfonctionnements internes en ce qui concerne la gestion du personnel au sein du musée. Mais ce que révèle cette lettre est surtout un malaise plus profond qui reste encore un sujet tabou: les conditions de travail dans le milieu de la culture.

Certes, le tableau de la situation au Mudam semble sombre, mais il n’est finalement que le reflet d’une situation somme toute courante lors d’un changement de direction qui implique assez fréquemment des changements de gestion d’équipe qui peuvent parfois passer par des remaniements de personnel, de nouvelles perspectives et objectifs à mettre en place.

Pour cela, il peut être nécessaire de bousculer les habitudes de travail, et le changement n’est pas vécu par tous de la même manière. Et lorsque ces changements sont réalisés sur une équipe déjà fragilisée par des tourmentes précédentes, on en arrive au point où nous en sommes aujourd’hui, à savoir dénoncer des amertumes internes en public.

Mais ce qu’il me semble plus intéressant de souligner à travers ce qui est pointé actuellement au Mudam, ce sont les conditions de travail dans le milieu de la culture. Elles ne sont en effet pas toujours très équitables et aboutissent parfois à une forme de souffrance au travail.

On entend souvent dire que les métiers de la culture sont «des métiers de passion», ce qui sous-entend un engagement et un dévouement sans limites. Travailler dans la culture est vu par nombre de personnes comme une chance, la possibilité de s’investir dans un projet qui est porteur de sens, qui participe à l’intérêt général et contribue à l’avancement de la société.

Cela est vrai, mais cet investissement peut aussi se matérialiser par des horaires qui débordent largement le soir et le week-end, des salaires qui ne sont pas nécessairement à la hauteur des compétences et exigences (même si au Luxembourg, les métiers de la culture sont généralement correctement rémunérés), des relations parfois difficiles avec la direction et une pression très forte pour parvenir à monter des projets d’envergure avec des moyens financiers moindres ou modérés.

Et même si le Luxembourg est relativement bien loti comparé à d’autres pays voisins, il semble quand même que les conditions de travail ne seraient pas optimales au sein de nos institutions culturelles, en témoigne cette lettre au sujet du Mudam.

Enfin, il me semble important aussi de rappeler que les artistes se battent pour obtenir des rémunérations correctes de leur travail, des espaces de travail adaptés à leurs besoins et moyens. Et que sans les artistes, le personnel des musées n’aurait pas la possibilité de travailler. Aussi, la nouvelle ministre de la Culture, Sam Tanson, va pouvoir (devoir) prendre à bras-le-corps ces questions et s’atteler à mettre en place des recommandations formulées dans le Plan de développement culturel.

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