ArcelorMittal perd de plus en plus de sa superbe

20 Mai 2018 Par Jean-Michel Hennebert

Longtemps premier employeur privé du Grand-Duché, le leader mondial de la sidérurgie a vu son poids se réduire au fil des ans, victime à la fois du recul de l’industrie dans l’économie nationale et des aléas des marchés. Bien que six sites de production soient encore actifs.

Le feu vert donné par la Commission européenne pour le rachat de l’italien Ilva par ArcelorMittal doit aboutir à la vente du site de Dudelange en vertu des règles européennes sur les concentrations d’entreprises. Une situation dénoncée par la classe politique, mais qui n’est que le dernier exemple en date du lien de moins en moins étroit qui lie le géant mondial de l’acier au Grand-Duché.

Héritier de l’Arbed et du patrimoine sidérurgique national, ArcelorMittal à sa création en 2006 employait plus de 5.900 personnes, bien loin du groupe Cactus et de Goodyear, deuxième et troisième employeurs à l’époque avec leurs 3.860 et 3.530 salariés. Un peu plus d’une décennie plus tard, le sidérurgiste se retrouve détrôné de son titre historique, occupant la dernière marche du podium des entreprises privées, uniquement pour quelques dizaines d’emplois dans ce classement annuel des principaux acteurs économiques.

En moins de 15 ans, le nombre d’emplois au Luxembourg a fondu d’un peu plus de 40%, soit l’équivalent de 1.750 postes. Sans surprise, les explications sont multiples, conséquences à la fois des effets de la recherche de synergies entre sites dispersés à travers le monde – et donc de concentration de l’activité de production –, la cession d'activités soit hors du coeur du métier du géant de l'acier ou à faible valeur ajoutée, mais aussi de la désindustrialisation partielle de l’économie. Ou du moins de son poids de moins en moins important face aux recettes générées par la Place et ses multiples facettes.

Si la sidérurgie représentait 31% du PIB national en 1960, elle n’en pesait plus que 12% en 1980 et 2% en 2011, selon une étude du Statec publiée en 2013. Ce qui explique qu’en 2018, ArcelorMittal ne conserve plus que six sites de production sur la dizaine que le groupe possédait à travers le pays au début des années 2000. Un chiffre qui devrait donc encore se réduire avec la vente annoncée du site de Dudelange, qui devra cependant être repris par un acteur ayant un projet d’avenir, selon les règles européennes. L’incertitude autour de l’avenir de certains sites, comme celui de Bissen, se serait envolée après l’échec de la reprise de l’usine par le fonds américain Oaktree Capital Management.

Si les friches industrielles héritées de la première phase de croissance économique du pays sont en cours de réhabilitation pour permettre la création de nouveaux logements – comme à Schifflange ou à l’ancien laminoir de Dudelange, les sites de production actuels ne devraient toutefois pas disparaître de sitôt. Car bien que le volume global de la production ait diminué au cours des dernières décennies, les productions des sites d’Esch-Belval et de Differdange restent compétitives. Et rentables.

Spécialisés dans les poutrelles et les palplanches, les deux usines sortent des produits à haute valeur ajoutée, utilisés notamment dans le One World Trade Center de New York ou l’opération de sauvetage de la lagune de Venise. Bien que les résultats des sites luxembourgeois ne soient pas communiqués dans le cadre des résultats du groupe, leur avenir semble garanti à moyen terme. Et ce en dépit de la stagnation de la production, observée au cours des deux dernières décennies. De 10.000 millions de tonnes annuelles en 2000, la production est tombée aux alentours de 8.000 miilions de tonnes depuis 2012. Tendance stable sur les cinq dernières années et fruit notamment de la crise de l'acier dont les effets ne sont pas encore totalement estompés. 

ArcelorMittal ne quittera cependant pas le Grand-Duché dans un avenir proche, la multinationale ayant non seulement prévu de déplacer son siège du boulevard d'Avranche au Kirchberg en 2021 mais ayant également fait le choix de renforcer son activité de R&D à Esch-sur-Alzette.

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