«Transmettre une entreprise n’est pas synonyme d’échec»

27 Septembre 2018 Par Paperjam Club
«On ne compte plus les reprises qui vacillent parce que le projet n’a pas été suffisamment réfléchi.»
(Photo: DR)

En vue du «10x6 Entrepreneurship: les défis de la transmission» organisé par le Paperjam Club le mercredi 3 octobre 2018, l’un des orateurs, Renaud Le Squeren (DSM Avocats à la Cour), nous explique sa vision des enjeux de la transmission et de la reprise d’entreprise.

Monsieur Le Squeren, transmettre son entreprise si ce n’est pas pour des raisons d’âge, est-ce synonyme d’échec pour un entrepreneur?

«L’entrepreneuriat devrait toujours être considéré comme une aventure positive, même en cas de faillite. Michael Dell avait cinq faillites à son actif avant de lancer l’entreprise Dell, qui est aujourd’hui le troisième plus grand constructeur d’ordinateurs au monde.  

Transmettre une entreprise n’est pas synonyme d’échec ou de faillite puisqu’un repreneur s’y intéresse. Certes, dans certaines hypothèses, la transmission intervient dans des conditions défavorables (renversement de marché, manque d’innovation, manque d’investissement, décès brutal), mais dans d’autres, elle est une étape souhaitée dans la croissance de l’entreprise.

L’objectif du cédant consistera à identifier le bon moment pour vendre (pour changer de projet personnel, développer l’entreprise, profiter de la valorisation de l’entreprise sur le marché…), mais aussi être capable d’anticiper l’inattendu ou l’accident, le renversement économique. C’est à cette condition qu’une transmission se passera de manière optimale.

Quel est, selon vous, le plus grand défi lié à la reprise d’une entreprise?

«Les enjeux et les risques dépendent du type d’industrie. Dans les entreprises industrielles, il faudra rester attentif à la valeur et la qualité des outils de production et des stocks; dans les entreprises de services, à la préservation du capital humain et à son intégration dans la nouvelle structure et, dans les entreprises hyperconcurrentielles, la pérennisation de la clientèle. Ces challenges doivent être anticipés lors de l’analyse précédant la transaction et faire l’objet d’un contrôle soigné pour que des garanties spécifiques soient intégrées dans les contrats, qui le plus souvent resteront en vigueur plusieurs mois sinon plusieurs années.

On ne compte plus les reprises qui vacillent parce que le projet n’a pas été suffisamment réfléchi et les procès engagés à cause de valorisations de stocks fantaisistes, d’outils industriels défectueux ou d’actes de concurrence déloyale suite à des départs de personnels-clés.  

Ce sont essentiellement sur ces aspects que les avocats expérimentés, capables de lire un bilan, mais aussi les experts-comptables et les conseils en cession d’entreprise, apportent une plus-value. En anticipant de manière franche et objective ces risques, ils sont la plupart du temps maîtrisés.

Existe-t-il, selon vous, une «stratégie» de transmission d’entreprise? Comment concevez-vous l’idée de créer pour revendre?

«Les actionnaires doivent clarifier leur projet le plus tôt possible dans la vie d’une entreprise: la pérenniser sur une longue durée ou lui faire atteindre une taille critique pour ensuite la céder. 

Ils doivent également anticiper les difficultés relationnelles qui peuvent surgir entre eux au fil du temps et envisager les termes d’une séparation. 

Cette anticipation se fera en lien avec leur avocat qui leur présentera les outils juridiques qui existent pour les aider, et sera ensuite formalisée dans un contrat de manière à gérer la transmission, qu’elle intervienne de manière planifiée ou de façon plus brutale.

Si l’ambition des actionnaires est de créer pour revendre, ils doivent identifier les éléments les plus attrayants de l’entreprise en amont (clients, outil industriel ou technologique, personnel). Les conseils en transmission pourront les aider à cet égard. 

Leur avocat devra de son côté identifier les risques et les pièges susceptibles d’engendrer une moins-value, les hiérarchiser et proposer une stratégie juridique pour en maîtriser les conséquences. Sa connaissance du droit, de la comptabilité, des tribunaux et son expérience seront alors essentielles.»

Vous pouvez vous inscrire au «10x6 Entrepreneurship: les défis de la transmission» sur le site du Paperjam Club.

La rédaction a choisi pour vous

23 Octobre 2018

Lundi soir à la Chambre des métiers, une centaine d’entreprises ont reçu officiellement le label «Made in Luxembourg», portant à plus de 1.000 le nombre de sociétés labellisées. Cette soirée a permis aussi de rappeler l’importance pour les entreprises de protéger leurs marques propres.