«S’assurer de la véracité d’une information»

18 Janvier 2019 Par Paperjam.lu
Carmen Michels: «Les réseaux sociaux essaient de lutter efficacement, mais ils ont besoin d’un cadre précis pour justifier la suppression d’une information.»
Carmen Michels: «Les réseaux sociaux essaient de lutter efficacement, mais ils ont besoin d’un cadre précis pour justifier la suppression d’une information.»
(Photo: Shutterstock)

La plate-forme Bee Secure est une initiative du gouvernement luxembourgeois à destination du grand public qui alerte et forme les citoyens sur les dangers d’internet. Paperjam s’est entretenu avec Carmen Michels, en charge de la communication du site au Service national de la jeunesse, dans l’unité «Formations et soutien aux projets pédagogiques».

Quels sont concrètement les moyens – techniques, financiers, politiques – dont disposent les États et les médias pour empêcher la circulation des fake news?

Carmen Michels. – «Les médias s’organisent en se dotant de fact checkers qui évaluent et contrôlent les informations en permanence. Mais il s’agit d’une tâche fastidieuse et coûteuse. En Allemagne, le centre de recherche à but non lucratif Correctiv enquête sur les fake news et propose des outils de formation à l’intention des médias.

L’Allemagne s’est également dotée d’une législation qui oblige les réseaux sociaux à supprimer les fake news dès qu’elles sont signalées. Ici, le droit à l’erreur n’existe pas, car il ne s’agit pas de remettre en cause la liberté d’expression. Et quand une fake news est signalée, il est impératif d’apporter des preuves solides afin de ne pas laisser la porte ouverte aux thèses complotistes.

Le problème avec les fake news, c’est qu’elles obligent les médias à lutter contre le temps. Il faut du temps pour identifier une fausse nouvelle et durant cette phase d’investigation, elle continue de se propager. Au Luxembourg, nous avons opté pour l’éducation. Bee Secure a ainsi organisé plus de 1.000 formations en 2017. Nous lancerons par ailleurs, à l’occasion de l’année scolaire 2019-2020, une grande campagne de communication à l’attention de la jeunesse. 

Estimez-vous qu’à ce jour, les réseaux sociaux contribuent fortement à la propagation des fake news et sont suffisamment engagés dans la lutte contre ce fléau?

«Je ne suis pas forcément en position d’émettre ce genre de jugement. Je pense que les réseaux sociaux essaient de lutter efficacement, mais ils ont besoin d’un cadre précis pour justifier la suppression d’une information. Il ne faut pas laisser planer le doute et donner à penser qu’il s’agit d’une décision arbitraire.

La liberté d’expression est en jeu, aussi gare aux faux pas. Le fait d’alerter les internautes en signalant une information comme étant potentiellement fausse, sans en entraver la circulation, peut constituer une réponse. Avec les limites que l’on sait, la fausse information marquant davantage les esprits que le signalement.

Comment éveiller et aiguiser l’esprit critique des citoyens vis-à-vis des informations manipulées, et ce dès leur plus jeune âge?

«Il faut toujours plus de pédagogie. Nous devons sensibiliser le grand public sur le fait qu’avant de publier, partager ou commenter une information, il faut s’assurer de sa véracité. Pour cela, nous devons leur offrir des outils pour mener à bien ce travail de vérification. Nous recommandons l’usage de services comme Hoaxbuster.com.

Il faut apprendre aux jeunes – et aux moins jeunes – à mieux chercher l’information sur internet. Un autre levier pertinent consiste à expliquer le mécanisme des fake news. Avec Thefakenewsgenerator, il est possible de s’amuser à créer une ‘fausse’ fake news. Un moyen ludique d’apprendre à les détecter et d’impliquer les citoyens dans la lutte contre les fake news.»

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