Pas besoin d’un mouvement «pour les riches»

12 Janvier 2018 Par François Aulner
Gary Diederich
Gary Diderich face à la petite centaine de sympathisants venus au pot du Nouvel An de Déi Lénk ce jeudi à Bonnevoie.
(Photo: Nader Ghavami)

La majorité des gens ne profitent pas de la politique actuelle, estime Déi Lénk. Lors de son pot du Nouvel An ce jeudi, son porte-parole, Gary Diderich, rejetait aussi l’idée d’Étienne Schneider de former un bloc de gauche, si la droite devenait trop forte en octobre.

Monsieur Diderich, Déi Lénk critique le modèle capitaliste actuel et préconise une transition sociale et écologique. Comment voulez-vous le faire, sans ruiner l’économie et le niveau de vie élevé?

«Nous parlons bien d’une sortie planifiée des niches qui ont été développées au Luxembourg, qui d’ailleurs nous enrichissent, au détriment d’autres. Il ne s’agit donc pas d’une rupture radicale, qui, en effet, entraînerait de grandes difficultés.

Cela dit, il existe clairement des moyens et des modèles qui permettent une transformation sociale et écologique. Au niveau du logement, pour commencer, il faudrait que l’État construise lui-même, en créant une véritable société de construction, qui, à son tour, créerait de l’emploi. D’autre part, il faut augmenter le salaire social minimum et redéfinir les domaines que nous souhaitons développer économiquement, comme la production locale basée sur des principes de solidarité.

Ces productions se développent d’ores et déjà du bas, mais l’État devrait les soutenir bien plus résolument. Ensuite, comme le processus Rifkin le préconisait au départ, il nous faut — sans stigmatiser les fermiers, mais en travaillant avec eux — une agriculture 100% biologique. Ça, c’est une transformation écologique et sociale qui crée de l’emploi, et qui nous prépare pour l’avenir.

Combinées, toutes les mesures que nous proposons dans notre programme — que je ne peux pas résumer en quelques phrases — sont des mesures qui permettraient un système économique durable dans lequel les gens sont payés convenablement.

Cette sortie du modèle actuel, est-elle donc vraiment nécessaire? L’économie tourne bien, le chômage baisse, et le Luxembourg attire des gens du monde entier…

«Nous ne voulons pas augmenter le chômage. Au contraire, nous voulons le réduire davantage, et nous ne voulons pas empêcher les gens de venir. En revanche, nous voulons justement améliorer la situation. Car beaucoup de gens viennent ici pour des raisons matérielles, tandis qu’ils sont aussi nombreux à travailler dans des conditions difficiles, comme le montrent les nombreux cas de surmenage, voire de burn-out.

Or, c’est justement quand la situation économique est favorable que la politique a la marge de manœuvre pour faire plus pour les gens. Nous avons actuellement une situation positive, principalement grâce à une bonne conjoncture, mais la politique n’a toujours pas fait marche arrière dans sa politique d’austérité qui avait été mise en place pour faire des économies.

Nous n’améliorons pas la situation des citoyens et renforçons au contraire la concentration des richesses entre les mains des 1% ou 10% des plus aisés. Un développement économique doit être dans l’intérêt de tout le monde. Voilà pourquoi j’ai parlé de ‘construction’ dans mon discours.

Vous évoquiez aussi Emmanuel Macron dans votre discours. Que pensez-vous des réflexions du vice-Premier ministre, Étienne Schneider (LSAP), qui estime que si le CSV devait obtenir une presque majorité lors des législatives d’octobre, la gauche devrait former un bloc, un peu à l’image du mouvement «En Marche!»?

«En disant qu’il trouve le mouvement ‘En Marche!’ intéressant, il sympathise avec un mouvement qui n’est clairement pas de gauche. Ce n’est pas pour rien qu’Emmanuel Macron est décrit comme le ‘président des riches’. Un tel bloc ne servirait à rien, car il ne se distinguerait pas du CSV, qui tente également de rassembler des mouvements complètement différents, libéraux et sociaux.

Par ailleurs, je ne vois pas comment un mouvement peut être un mouvement, s’il est en quelque sorte dicté d’en haut et qu’il n’a aucun profil. Je ne vois pas comment cela améliorerait la situation des gens.

En revanche, il serait honnête que certains partis fusionnent, car ils font la même politique, mais pour Déi Lénk, ce n’est vraiment pas une option, tant qu’il n’y a pas de changement politique copernicien. Nous avons actuellement déjà un Premier ministre pour les riches et un vice-Premier ministre pour les riches. Nous n’avons pas besoin d’un autre Premier ministre pour les riches.»

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