«Partir de rien pour dessiner un projet à ses mesures»

25 Septembre 2018 Par Paperjam Club
«Reprendre une entreprise, c’est grandir ou s’installer plus vite, mais c’est aussi ‘dealer’ avec les problèmes que le vendeur n’a pas pu, su ou voulu résoudre.»
«Reprendre une entreprise, c’est grandir ou s’installer plus vite, mais c’est aussi ‘dealer’ avec les problèmes que le vendeur n’a pas pu, su ou voulu résoudre.»
(Photo: DR)

En vue du 10x6 Entrepreneurship: les défis de la transmission organisé par le Paperjam Club le mercredi 3 octobre 2018, l’un des orateurs, Béatrice Martin (A Good Life), nous explique sa vision de la reprise: entre valeurs humaines et défi.

Transmettre son entreprise si ce n’est pas pour des raisons d’âge, est-ce synonyme d’échec pour un entrepreneur? 

«L’échec ne fait pas partie de mon vocabulaire. Je ne connais que l’expérience! 

J’ai acheté trois crèches durant ma carrière. Si mes souvenirs sont bons, l’ex-patronne de la première crèche a trouvé à se placer à l’État, celle de la deuxième a sombré corps et biens dans un divorce difficile et a déclaré faillite. Quant au jeune patron de la troisième,il a voulu revenir à son métier d’économiste après un détour par la petite enfance. Tous trois ont fait une expérience, puis ont bifurqué en chemin et continué leur route. Quant à moi, j’ai vendu parce que je ne m’amusais plus. Je n’apprenais plus. Ou alors, j’apprenais de force dans des domaines qui ne m’intéressaient pas! En administration galopante notamment! La paperasse et l’accumulation des règles entravaient ma liberté, elles m’empêchaient de faire mon métier comme je l’entendais. Comme la tendance du secteur était à l’intégration, c’était le bon moment pour moi d’aller jouer dans des cours moins normées.

Que vaut la dimension humaine dans ce type de démarche?

«Mon témoignage n’a pas valeur universelle. Chacune des reprises est différente par le métier, par la taille, par les circonstances, par les conditions. Cela étant, si la clarté est un principe essentiel dans le quotidien d’une entreprise, la discrétion me semble requise pour la reprise ou pour la vente. Tant que le contrat n’est pas signé, rien n’est fait. Il n’est pas utile de laisser le champ libre à l’incertitude du personnel et des clients en divulguant prématurément son intention. Car, avec l’incertitude vient généralement l’inquiétude et l’insécurité: les êtres humains peuvent faire avec le changement assumé, plus difficilement avec les atermoiements. 

Quel est selon vous le plus grand défi lié à la reprise d’une entreprise?

«J’ai voulu saisir des opportunités qui se sont offertes à moi et j’ai racheté des structures d’accueil, mais les créations ont été bien plus excitantes! Partir de rien pour dessiner un projet à ses mesures, c’est faire œuvre créative. Imaginer le projet, le réaliser pas à pas, trouver des financements, négocier avec les fournisseurs, rencontrer les gens, ceux avec lesquels j’allais travailler et ceux qui allaient me confier leurs enfants, voilà ce que je trouvais passionnant!

Reprendre une entreprise, c’est grandir ou s’installer plus vite, mais c’est aussi ‘dealer’ avec les problèmes que le vendeur n’a pas pu, su ou voulu résoudre. Une fois qu’il a fermé la porte, vous restez à remettre de l’ordre dans sa maison et vous vous coltinez la pesanteur du quotidien sans la jouissance de la création! C’est un peu comme être enceinte par insémination artificielle: si on est fixé sur l’objectif, ça peut rendre service, mais on zappe la magie de l’inspiration et la puissance de l’accomplissement.»

Vous pouvez vous inscrire au 10x6 Entrepreneurship: les défis de la transmission sur le site du Paperjam Club.

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