«L’entrepreneur est un athlète»

21 Février 2018 Par Jonas Mercier
Thomas Coville
Thomas Coville: «Aujourd’hui, si vous refusez d’investir dans l’échec, de vous tromper, ou même de douter, vous êtes à contretemps.»
(Photo: Jean-Marie Liot)

Navigateur, entrepreneur et artiste, le détenteur de l’ancien record du tour du monde à la voile en solitaire était au Luxembourg le 6 février dernier, lors de la soirée «Les défis de l’entreprise», organisée par Arendt & Medernach et qui s’inscrit dans le cycle de conférences des «Midis de l’entreprise».

M. Coville, pensez-vous qu’il existe un lien entre l’aventure sportive solitaire et celle de l’entrepreneur?

«Je ne fais pas de distinction entre ma vie d’athlète et le fait de mener un projet avec Sodebo pour concevoir, construire et mettre au point un bateau qui me permette d’être le plus rapide pour faire le tour de la planète. Tout cela représente pour moi un projet entrepreneurial. Finalement, l’entrepreneur est un athlète ou un artiste, quelqu’un qui sait ce qu’il est aujourd’hui, ce qu’il était hier, et ce qu’il a envie de devenir. Il a une vision, un projet, et il va chercher des gens pour y adhérer.

Il est vrai que l’activité sportive est plus facile pour identifier ce que vous avez d’unique, parce que vous vous servez de votre corps. Mais l’entrepreneur a la possibilité de toucher les gens dans des activités qui peuvent être très diverses, comme vendre des légumes ou construire des immeubles. Le fond de la motivation d’un sportif et d’un entrepreneur est donc pour moi le même.

Pourquoi le temps, et plus spécifiquement la patience, constitue un ingrédient de base pour toutes les réussites?

«Pour moi, la patience est associée à une notion extrêmement mal digérée dans nos sociétés européennes et occidentales: l’échec. Pourtant, aujourd’hui, si vous refusez d’investir dans l’échec, de vous tromper ou même de douter, vous êtes à contretemps. Nous traversons une révolution technologique incroyable, et la voile est autant impactée que d’autres secteurs. On imagine des concepts pour aller plus vite que les phénomènes météorologiques, ce qui n’était même pas imaginable il y a encore cinq ou six ans.

La clé de la réussite, c’est l’enthousiasme.

Thomas Coville, navigateur

En faisant toutes ces projections, nous sommes obligés d’accepter de nous tromper. Les notions de temps et de patience sont donc, pour moi, essentielles. Je suis sans doute celui qui a le plus échoué en voile pour tenter d’atteindre ce record de 49 jours et 3 heures pour faire le tour de la planète. Mais ce que je retiendrai d’abord est le chemin que j’ai parcouru pour y arriver. Mais pour moi, la clé de la réussite, c’est l’enthousiasme, plutôt que la patience.

Mais le rythme effréné de l’économie d’aujourd’hui n’oblige-t-il pas les gens à aller plus vite et à moins prendre le temps?

«Je pense que non. Je suis intimement convaincu que nous avons une chance inouïe d’être témoins de cette mouvance qu’est l’intelligence artificielle, même si elle fait peur. Il faut être convaincu que demain sera meilleur qu’aujourd’hui et que la technologie aidera à mieux vivre, parce que sinon, la vie va devenir un cauchemar.

Prendre le temps d’une introspection de soi et du monde qui nous entoure nous permet de nous rendre compte que nous vivons à une époque formidable. L’évolution technique engendre une mutation philosophique. On le voit dans la féminisation de la société. Les femmes arrivent avec une autre sensibilité, et l’impact de cette nouvelle énergie est absolument passionnant. Le concept du leadership tournant permet à chacun d’être unique et irremplaçable et d’accentuer la responsabilité de chacun au projet commun. Et ça, c’est une notion féminine, pas du tout une notion masculine.»

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