«La gestion de la Turquie effraie les investisseurs»

14 Août 2018 Par Jean-Michel Lalieu
Alexandre Gauthy, macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg.
(Photo: Banque Degroof Petercam Luxembourg)

La dégringolade de la livre turque sur fond de querelles entre Ankara et Washington inquiète les marchés. Les réponses tardent à venir et les analystes pointent un risque de contagion. Macroéconomiste chez Degroof Petercam Luxembourg, Alexandre Gauthy décrypte les enjeux de cette crise.

Monsieur Gauthy, quelle est l’origine de la crise de la livre turque?

«La Turquie est un des pays émergents les plus vulnérables à la variation du sentiment des investisseurs étrangers. La Turquie a besoin d’un financement externe important. À défaut d’attirer des capitaux à long terme, elle doit attirer des capitaux à court terme qui sont plus volatils. Lorsque les investisseurs perdent confiance et décident de ne plus financer le déficit de la balance des comptes courants, la devise se déprécie.  

Comment la Turquie, qui connaît pourtant un taux de croissance exceptionnel, en est-elle arrivée à cette situation?

«Le sentiment des marchés envers la Turquie s’est fortement détérioré ces derniers mois, pour plusieurs raisons. Premièrement, une hausse des taux sur le dollar rend un investissement obligataire en dollar relativement plus intéressant, car il est moins risqué que celui en dette émergente. Cette hausse des taux américains s’accompagne souvent d’une appréciation du dollar américain, ce qui rend le remboursement des dettes contractées en dollar par les agents économiques des pays émergents plus hasardeux. Deuxièmement, la gestion économique du pays effraie les investisseurs: le président turc a nommé son beau-fils à la tête du ministère des Finances et a annoncé maintes fois être opposé à toute hausse de taux de la banque centrale turque, élément pourtant nécessaire pour ralentir l’économie en surchauffe. L’influence de l’organe politique sur la banque centrale (qui est censée être indépendante) est sujette à préoccupation.

L’Union européenne doit-elle craindre une éventuelle contagion de la crise turque?

«La crise turque est une crise de la balance des paiements et non une crise de la dette souveraine (l’état turc est peu endetté) ou bancaire (pour l’instant). Les répercussions de la situation turque sur les pays de la zone euro devraient rester limitées, car les liens commerciaux entre la Turquie et la zone restent peu importants. Certaines banques de l’union monétaire qui ont octroyé des prêts en livres turques, ou qui détiennent des succursales en Turquie, pourraient être plus impactées que les autres établissements bancaires absents du pays. Mis à part cela, le risque turc devrait rester globalement contenu à la Turquie.»

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