«Il ne faut pas se fier aux apparences»

19 Juillet 2018 Par Paperjam.lu
Jean-Michel Gaudron: «Un tiroir s’ouvre après la dernière phrase et révèle un sens que j’espère inattendu à chaque fois.»
Jean-Michel Gaudron: «Un tiroir s’ouvre après la dernière phrase et révèle un sens que j’espère inattendu à chaque fois.»
(Photo: Mike Zenari / archives)

Notre ancien collègue et rédacteur en chef de Paperjam, Jean-Michel Gaudron, retrouve le plaisir de la plume avec la parution de «À double sens» chez PG Com Editions. Il nous en dit plus sur l’ouvrage en trois questions.

Monsieur Gaudron, quelle est l’idée originelle et originale de cet ouvrage? 

«J’ai toujours été attiré par le format ‘nouvelles’ et par la définition même de ce style littéraire: une action simple, mais construite de façon à ménager un effet de surprise au moment du dénouement. J’avais aussi en tête, depuis longtemps, un texte d’un chanteur français, Georges Chelon. Durant tout le fil de son histoire, il évoque une maison et répète régulièrement ‘Le petit chat m’aimait’ avant d’avouer dans la toute dernière phrase: ’Mais, seul, le petit chat m’aimait’. J’ai toujours trouvé fascinant qu’un seul petit mot puisse faire basculer le sens de tout un récit. En toute modestie, j’ai repris le principe, non pas sur un mot, mais sur une phrase. Si le lecteur s’arrête de lire à l’avant-dernière phrase, il aura une histoire cohérente en elle-même. Mais un tiroir s’ouvre après la dernière phrase et révèle un sens que j’espère inattendu à chaque fois.

 Quel(s) message(s) voulez-vous faire passer?

«Il serait très prétentieux d’imaginer être porteur de messages forts dans ce type d’ouvrage. Néanmoins, j’aime bien l’idée qu’il ne faut pas se fier aux apparences ni s’arrêter aux premières observations. Quelque part, cela fait le lien avec l’esprit de curiosité et le questionnement permanents qui sont les miens devant le compte-rendu d’un événement ou, plus encore, la vision d’une photo. Je m’interroge toujours, devant une image, sur ce qui a pu se passer la seconde d’avant et ce qui a mené à la situation que l’on observe. Je m’intéresse énormément à l’histoire et aux circonstances qui précèdent n’importe quel fait, au moins tout autant qu’au fait lui-même.

Du journalisme à l’écriture d’un ouvrage – qui n’est pas votre premier –, quel lien peut-on faire entre les deux exercices d’écriture? 

«Je ne parlerais pas de ‘lien’. Au contraire, je dirais plutôt que l’exercice littéraire permet des libertés que n’autorise pas forcément l’exercice journalistique, ou alors en de trop rares occasions. Les codes et les impératifs de la profession de journaliste peuvent parfois s’avérer contraignants, même si cela est essentiel, voire incontournable, pour la qualité de l’information délivrée. Avec l’écriture de nouvelles, tous ces codes et ces impératifs volent en éclats. La seule contrainte reste la fluidité du propos. Pour le reste, les figures sont libres et non plus imposées. C’est très récréatif pour le cerveau. Et j’espère que ça l’est aussi pour le lecteur. ‘De la musique avant toute chose’ écrivait Paul Verlaine. En ce qui me concerne, c’est ‘du plaisir avant toute chose’. Le plaisir de jouer avec les mots et avec les esprits, de trouver la phrase qui frappe, d’aller là où on ne m’attend pas forcément.»

La rédaction a choisi pour vous

07:13

Le coup d’envoi de la biennale Design City est donné ce vendredi. Pendant un mois, une série d’expositions, d’interventions urbaines, de colloques et de rencontres seront organisés dans la capitale.

Frédérique Buck: «La question migratoire est aussi une question essentielle et passionnante, dans le sens où elle révèle beaucoup sur nous, nos valeurs, notre capacité à penser le changement.»

07:03

Le documentaire «Grand H», projeté au Cinéma Utopia depuis le 10 octobre, rassemble 15 témoignages de personnes issues de la société civile qui côtoient et travaillent avec des demandeurs d’asile. Frédérique Buck se livre pour expliquer les raisons de ce projet cinématopgrahique autour du rapport aux autres et à nous-même.