«Il est temps d’être un peu moins discret»

10 Mai 2017 Par Jean-Michel Gaudron
Nathalie Moraux
Nathalie Moraux: «Le mariage avec Petercam s’est inscrit dans la volonté d’installer une nouvelle philosophie et une nouvelle organisation prête à relever les nouveaux défis.»
(Photo: peoplesphere.lu/archives)

Banque Degroof Petercam fête son 30e anniversaire de présence au Luxembourg. Dans un environnement très chahuté et dans la continuité d’une fusion assez complexe, la banque nourrit de nouvelles ambitions au Grand-Duché. Explications avec Nathalie Moraux, qui a vécu de l’intérieur 25 de ces 30 années.

Madame Moraux, Banque Degroof Luxembourg a toujours plutôt misé sur la discrétion, en même temps qu’elle a toujours été efficacement active. Est-ce une des raisons de la réussite et du bon développement de la banque au Grand-Duché?

«On peut dire en tous les cas que la discrétion était un atout fortement apprécié de notre clientèle, essentiellement belge, lorsque la banque a commencé ses activités au Grand-Duché. Le 29 janvier 1987, c’est d’ailleurs à Luxembourg que la maison mère, qui comptait quelque 200 salariés, a ouvert sa première représentation en dehors de la Belgique. Banque Degroof Luxembourg a vu le jour avec quatre collaborateurs. Elle était installée à la place d’Armes avec tout juste quatre chaises, quatre bureaux et une ligne téléphonique. Et c’est comme ça qu’a été lancé le premier fonds d’investissement baptisé Aqua.

Avec le soutien de la maison mère, les dépôts des clients ont rapidement crû, et la banque a rapidement dû se doter de l’ensemble des services de tout type, front-office, back-office, et supports pour faire face à ce succès. Il n’y avait pas vraiment besoin de publicité et de marketing pour croître à cette époque: la banque bénéficiait de la notoriété de sa maison mère.

Une dizaine d’années après son installation, et avec une centaine de collaborateurs à bord, nous avons continué à nous développer tant par le travail des équipes commerciales locales que par des acquisitions de petites sociétés de gestion ou banques, qui ont été intégrées au fil du temps (notamment Bearbull en 2000, puis Banque Nagelmackers en 2005, ndlr).

Ce 30e anniversaire intervient à un moment charnière, dans la continuité d’une intégration de Petercam, qui ne s’est pas toujours faite sans douleur. Le processus est-il définitivement achevé et digéré au Luxembourg? 

«Le paysage n’est clairement plus celui d’il y a 30 ans. Le mariage à Luxembourg a eu lieu officiellement le 1er avril 2016, quelques mois après celui des entités belges, et nous avons en effet perdu quelques collaborateurs qui ne souhaitaient pas voir la banque changer. Il est vrai que le changement déstabilise, surtout quand il s’agit d’une quasi-première de cet ordre.

Il faut bien voir que, cette fois, il ne s’agissait plus d’intégrer une petite société, mais bien de créer, au niveau de tout le groupe, une nouvelle banque avec Petercam. Ce mariage, pour lequel les manœuvres de due diligence ont débuté fin 2014, a en effet été un processus plus long que ceux que nous avions connus par le passé. Par ailleurs, il s’est inscrit dans la volonté d’installer une nouvelle philosophie et une nouvelle organisation prête à relever les nouveaux défis.

Des initiatives en termes de réorganisation au niveau du groupe continuent d’être prises.

Nathalie Moraux, Banque Degroof Petercam Luxembourg

Philippe Masset, notre CEO groupe, a été très présent pendant quelques mois, jusqu’à l’arrivée de Bruno Houdmont, qui est donc le premier CEO de Banque Degroof Petercam Luxembourg depuis le 6 décembre dernier.

Bien sûr, des initiatives en termes de réorganisation au niveau du groupe continuent d’être prises et mises en place dans un souci de cohérence, de rationalité et d’efficience de son fonctionnement. Le tout dans le contexte d’inflation réglementaire et de concurrence que nous connaissons à tous les niveaux. Le processus n’est donc pas encore fini, les charges de travail tant individuelles que collectives sont encore très lourdes, mais chacun de nos 340 collaborateurs doit être convaincu qu’il participe à la construction de la pérennité de notre banque.

Comment se profilent les 30 années à venir, dans cet environnement législatif et concurrentiel particulièrement mouvant que vous évoquiez? 

«Comme je viens de le dire, nous continuons à travailler sur la cohérence, la rationalité et l’efficacité, tout en préservant nos valeurs et les mythes fondateurs de Degroof et Petercam.

L’environnement réglementaire est un bon exemple également de ce besoin vital pour la banque de se doter d’équipes bien organisées dans les domaines juridiques, du risk management, de la compliance, etc. Nous évoluons dans un contexte inflationniste en la matière, qui coûte très cher en ressources et en temps pour être ‘compliant’, mais qui pourrait coûter bien plus cher si nous ne l’étions pas. Ces règles sont, pour la plupart, européennes. Une bonne organisation, un partage entre les entités des différents pays du groupe permettent d’être plus efficaces à moindre coût.

Se doter de talents dans ces métiers dont on ne parlait pas il y a 30 ans, investir dans nos équipes en place, continuer à exceller dans les métiers qui sont les nôtres sont une partie de ce qui nous permettra de continuer à rencontrer le succès.

Quant à la concurrence… Notre clientèle change, et il est temps d’être un peu moins discret. Si vous passez par l’aéroport du Findel, vous verrez ce que vous n’auriez jamais imaginé voir il y a 30 ans!»

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