Valeurs techno: risque spécifique ou systématique?

05 Avril 2018 Par Fredrik Skoglund (BIL)
Fredrik Skoglund
Fredrik Skoglund est chief investment officer à la Banque internationale à Luxembourg.
(Photo: BIL)

Coqueluches du marché actions qui avaient propulsé les indices boursiers vers des sommets records, les valeurs technologiques ont été particulièrement malmenées au premier trimestre 2018.

En mars, les actions des Faang (c’est-à-dire Facebook, Amazon, Alphabet, Netflix et Google) ont connu collectivement leur pire perte jamais enregistrée en un jour (-5,6%), les investisseurs de la technologie éprouvant bien des difficultés à digérer une série de nouveaux risques et revers concernant notamment les réglementations. La débâcle s’est poursuivie et le premier jour du deuxième trimestre s’est dans l’ensemble soldé par une correction pour les actions américaines.

Ces risques ne sont pas systématiques – il se trouve simplement qu’ils sont survenus en rafale.

Fredrik Skoglund, chief investment officer à la Bil

Toutefois, si ce climat, déplaisant pour les investisseurs devait persister à court terme, il est important de noter que la nature du risque dans le secteur de la technologie est, pour l’heure, spécifique. Cela veut dire que chacune des sociétés, dont le cours de l’action est ainsi chahuté, est confrontée à des risques qui lui sont propres. Ces risques ne sont pas systématiques – il se trouve simplement qu’ils sont survenus en rafale, affectant l’ensemble du secteur.

Tout d’abord, il y a l’affaire Facebook. La société est empêtrée dans un scandale où la société d’analyse de données Cambridge Analytica est accusée d’avoir aidé et soutenu l’administration Trump en collectant les données personnelles de millions d’utilisateurs Facebook sans leur autorisation, afin d’influencer leur vote. Bien que Facebook ait pointé du doigt une application tierce, Mark Zuckerberg, le CEO, a été invité à s’expliquer devant le Congrès. Suite à ce scandale, les autorités de tutelle pourraient imposer à Facebook de lourdes amendes, ainsi qu’un contrôle réglementaire accru.

Ensuite, il y a le cas Amazon. La société a perdu environ 60 milliards USD en valeur de marché depuis que l’on a appris qu’elle est dans le collimateur de Donald Trump. Son CEO, Jeff Bezos, est également propriétaire du Washington Post, journal ouvertement critique du président Trump. Dans une salve de tweets contre l’entreprise, le président a prétendu entre autres que, en plus de nuire aux commerçants, Amazon pesait trop lourdement sur les services postaux. Amazon pourrait se voir imposer des impôts plus élevés.

Toutes ces questions ébranlent manifestement la confiance des investisseurs.

Fredrik Skoglund, chief investment officer à la Bil

Bien qu’il ne s’agisse pas d’une action Faang, Uber rencontre elle aussi des difficultés, ce qui incite les investisseurs à délaisser les valeurs technologiques pour privilégier des positions plus défensives. À la suite du récent accident mortel impliquant un véhicule autonome appartenant à Uber, Nvidia, spécialiste du calcul parallèle et des technologies de conduite autonome, a suspendu ses essais. Les plans de production de Tesla suscitent également des préoccupations.

Toutes ces questions ébranlent manifestement la confiance des investisseurs. S’il faut s’attendre à une volatilité accrue, chacune de ces sociétés s’efforçant de résoudre les dossiers en cause, les fondamentaux restent solides et en fin de compte, nous pensons qu’une certaine stabilisation va se faire jour. Les valeurs technologiques bénéficient généralement de la hausse des rendements obligataires et, dès lors que les banques centrales lèvent quelque peu le pied en termes d’assouplissement quantitatif, les rendements repartent à la hausse et les technologies – très lentes à suivre le cycle – devraient en faire de même.

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