Vague marine... tsunami sur les marchés?

20 Avril 2017 Par Stefan Van Geyt (KBL epb)
Marine Le Pen
Le group CIO de KBL epb craint d’importantes conséquences pour les investisseurs en cas de victoire de Marine Le Pen.
(Photo: Licence CC)

En prélude de l’élection présidentielle française, Paperjam.lu a demandé aux contributeurs de la chronique financière de partager leur avis sur les candidats en lice. Aujourd’hui, c’est au tour de Stefan Van Geyt, ‎group CIO au sein de KBL European Private Bankers.

Quelles seraient les conséquences pour les investisseurs en cas d’une victoire de la candidate du Front national à l’élection présidentielle française?

Après les États-Unis et le Royaume-Uni, c’est au tour de la France et sa prochaine élection présidentielle de focaliser l’attention des investisseurs.

Paradoxalement, les candidats sortis vainqueurs des primaires organisées par les grands partis traditionnels (Parti socialiste et Les Républicains) sont aujourd’hui relégués en position d’outsiders. Face à eux, trois candidats qui n’ont pas eu à passer par ce mode de désignation sont en tête des intentions de vote.

Emmanuel Macron, avec son nouveau centre, incarne le changement malgré cinq ans au pouvoir aux côtés de François Hollande. Jean-Luc Mélenchon, parti très tôt à la conquête du pouvoir en dehors de tout appareil politique, marque cette fin de campagne en se hissant dans le peloton de tête. Sa personnalité et ses qualités de tribun séduisent de plus en plus d’indécis, y compris à droite.

À l’autre extrémité de l’échiquier politique, Marine Le Pen – leader du Front national, parti réputé d’extrême droite –, qui n’a pas eu à subir l’usure du pouvoir, bénéficie d’un a priori favorable auprès de nombreux électeurs. Sa victoire néanmoins entraînerait des conséquences économiques et financières difficilement quantifiables pour les marchés et les investisseurs.

Même si une victoire du Front national reste peu probable selon les sondages d’opinion, il nous semble important de tenter d’évaluer l’impact des propositions économiques de Marine Le Pen.

Ce programme économique passe par l’organisation d’un sommet européen destiné à renégocier les traités et à aménager une sortie de l’euro. Mme Le Pen estime que la devise européenne est un obstacle au développement économique de la France. Ainsi, elle prône un retour au franc qui s’accompagnerait d’une dévaluation compétitive.

D’un point de vue économique, l’on peut voir le verre à moitié vide: les investisseurs fuiraient la France – et la zone euro? – par crainte d’instabilité et les taux d’intérêt remonteraient sur la dette française. On peut voir aussi le verre à moitié plein où les investisseurs afflueraient après la sortie de l’euro. Comme après le Brexit, ils chercheraient ainsi à bénéficier de la compétitivité retrouvée des entreprises ainsi que des rendements plus élevés sur la dette française. Une dette qui resterait celle d’un État membre de la Communauté européenne.

En cas d’échec des négociations avec l’Union européenne, un référendum serait proposé aux Français. À ce jour, si 40% des personnes interrogées annoncent être disposées à voter au second tour des élections présidentielles pour Mme Le Pen, les Français sont près de 75% à vouloir conserver l’euro.

Pour relancer la croissance, un des points du programme du Front national est de favoriser les baisses d’impôts sur les ménages, sur les TPE (très petites entreprises) et PME (petites et moyennes entreprises) à hauteur de 40 milliards d’euros. Ces baisses sont censées relancer la croissance du PIB à 2% en 2018 et 2,5% à partir de 2020.

Pour financer ces baisses d’impôts, il est prévu de réaliser environ 60 milliards d’euros d’économies en revoyant le découpage administratif des régions et des villes et en réduisant le nombre de députés et de sénateurs – des mesures que peu d’économistes peuvent critiquer.

En outre, les contributions de la France au budget européen seraient renégociées, tandis que la préférence nationale sur les appels d’offres des marchés publics serait instaurée. Ces mesures, compliquées à mettre en œuvre, ne seraient pas de nature à rassurer nos partenaires étrangers.

Concernant l’énergie, Mme Le Pen souhaite accélérer la sortie des énergies fossiles en poussant la filière nucléaire française. Elle souhaite par ailleurs une baisse de 5% des tarifs réglementés par l’État sur le gaz et l’électricité, ce qui mettrait en difficulté les grands opérateurs du secteur déjà très concurrencés sur les nouvelles énergies.

Les banques, quant à elles, seraient mises à contribution sur leurs bénéfices pour compenser les baisses d’impôts.

Le programme de la candidate du Front national, s’il venait à être appliqué, aurait des conséquences importantes sur la France et la zone euro. À ce jour, rien n’est joué. Même si Marine Le Pen gagne les élections présidentielles, il y a peu de chances qu’elle obtienne une majorité parlementaire nécessaire pour mener à bien son programme. Les discours populistes sont inévitablement rattrapés par les réalités économiques. On se souvient de Aléxis Tsipras en Grèce qui tenait le même discours de sortie de l’euro pour finalement ne rien faire une fois au pouvoir.

Les marchés n’anticipent pas à ce jour une victoire de Mme Le Pen. Mais si c’était le cas, nous pourrions rentrer dans une période d’incertitude peu propice aux investisseurs. Les marchés n’ont plus que quelques semaines à attendre… rendez-vous le 7 mai au soir.

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