Une facture à 65 milliards par an pour les entreprises

12 Mars 2018 Par Jean-Michel Hennebert
Brexit
Derrière la question du traité de libre-échange se cache celle de l’avenir des services financiers, seul domaine où le Royaume-Uni détient un excédent commercial avec l’UE.
(Photo: Licence C.C.)

L’absence d’accord de part et d’autre de la Manche d’ici le départ effectif du Royaume-Uni de l’UE devrait générer d’importants coûts supplémentaires pour les acteurs économiques, selon une étude publiée lundi. Les sociétés européennes seraient les plus impactées.

Le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne sans accord négocié de libre-échange aurait des conséquences financières importantes pour les entreprises, selon une étude du cabinet de consultance Wyman et du cabinet d’avocats Clifford Chance, publiée lundi. La facture annuelle s’élèverait à 65 milliards d’euros annuels de part et d’autre de la Manche, avec un léger avantage en faveur des entreprises britanniques qui devraient débourser 30 milliards d’euros en barrières tarifaires et non tarifaires en direction de l’UE, contre 35 milliards d’euros pour leurs homologues européennes. Des chiffres proches de ceux publiés par l’institut allemand Ifo, en octobre dernier, qui tablaient sur un surcoût annuel de 60 milliards d’euros.

Selon les auteurs de l’étude, cette hausse des coûts liée à un «hard Brexit» menacerait non seulement «la rentabilité et l’existence de certaines entreprises», mais impacterait également un nombre restreint de secteurs. Près de trois quarts (70%) des surcoûts seraient ainsi supportés par le secteur automobile, l’agriculture, l’agroalimentaire, les biens de consommation, les activités chimiques et plastiques et les services financiers. Ces derniers souffriraient le plus de la situation en raison de la nécessité pour ces acteurs de mettre en place de nouvelles structures pour continuer à servir leurs clients au sein de l’UE, sans autre alternative.

Préservation des intérêts de la City

Pour rappel, les services financiers représentent plus de 10% du PIB britannique et sont l’unique domaine dans lequel le Royaume-Uni affiche un excédent commercial avec l’UE. Dans son discours du 2 mars, Theresa May indiquait que son gouvernement entendait quitter le marché unique, l’union douanière et s’affranchir des décisions de la Cour de justice de l’Union européenne, laissant les discussions ouvertes uniquement sur un traité de libre-échange. Une position déplorée par Donald Tusk, estimant que cette position aboutirait «au premier traité de libre-échange de l’histoire qui distend les liens économiques au lieu de les consolider». Le président du Conseil européen jugeait pour sa part que ce potentiel futur accord «rendra le commerce entre nous plus compliqué et coûteux qu’aujourd’hui».

Dans les «lignes de négociations» transmises la semaine dernière par le conseil aux 27 capitales européennes, la question des services financiers n’est pas directement évoquée, alors même qu’elle devrait être le principal point de discussion entre les deux parties. Pour le gouvernement britannique, la préservation des intérêts de la City passera par le principe de la reconnaissance mutuelle des normes en vigueur de part et d’autre afin de minimiser les freins aux échanges.

Négociations bien au-delà du 29 mars 2019

Ce que refuse catégoriquement Bruxelles, qui mise plutôt sur des systèmes d’équivalence, comme c’est le cas avec des pays tiers comme la Suisse ou la Norvège. Ce système permet notamment aux agents financiers de ces territoires des accès temporaires aux marchés boursiers européens, mais ces derniers sont susceptibles d’être révoqués par l’exécutif européen.

Selon toute vraisemblance, les discussions autour de la délicate question des services financiers devraient débuter à la suite du conseil européen des 22 et 23 mars prochain, pour ne finir que bien au-delà du 29 mars 2019, date officielle d’entrée en vigueur du Brexit. Raison notamment pour laquelle Londres a demandé la mise en place d’une période de transition qui devrait lui permettre de négocier sans perdre du jour au lendemain tous les avantages liés au marché unique.

La rédaction a choisi pour vous

Xavier Bettel et Leo Varadkar

06 Mars 2018

Le Premier ministre s’est rendu, lundi, à Dublin dans le cadre d’une visite de travail avec son homologue Leo Varadkar. Au cœur des échanges: le départ du Royaume-Uni de l’UE, au moment où la question de la frontière irlandaise se trouve au cœur des débats.

Michel Barnier, commission européenne.

28 Février 2018

Ce qui n’est qu’un projet de texte de négociation a déjà provoqué l’ire du Premier ministre britannique. Le document présenté par Michel Barnier et censé guider les négociations du Brexit souligne des divergences persistantes.