Une économie pas tout à fait partagée

12 Avril 2017 Par Jonas Mercier
«L’engouement pour les plateformes de partage n’est pas énorme au Luxembourg, car les habitudes sont tenaces, notamment celles concernant le goût de la propriété», rappelle l’économiste Sarah Mellouet.
«L’engouement pour les plateformes de partage n’est pas énorme au Luxembourg, car les habitudes sont tenaces, notamment celle concernant le goût de la propriété», rappelle l’économiste Sarah Mellouet.
(Photo: Licence CC)

La Fondation Idea tient à relativiser les effets de l’économie du partage au Luxembourg à l'occasion de la présentation ce mercredi de son avis annuel. Elle insiste toutefois sur l’importance de créer dès aujourd’hui une réglementation solide pour ne pas se laisser déborder dans l’avenir.

L’apparition de plateformes de partage n’aura sans doute pas l’effet de raz-de-marée sur l’économie traditionnelle que tant d’experts et de politiques aiment à prédire. C'est en tout cas l'avis de la Fondation Idea. Statistiques à l’appui, le think tank a démontré ce mercredi que si les nouvelles technologies facilitent l’émergence de ce nouveau modèle économique, dont la compagnie américaine Uber est l'un des principaux amabssadeurs, son impact est pour le moment réduit. Et pas qu’au Luxembourg.

En effet, les plateformes pèsent à peine plus de 0% du PIB européen, alors qu’elles représentent 0,6% du PIB aux États-Unis, selon la Fondation Idea. Celle-ci a présenté son avis annuel, sorte de regard rétrospectif et prospectif sur l'état de santé de l'économie nationale et des grandes tendances internationales. «Il est important de ne pas se laisser éblouir par ce concept et de rappeler que ses effets sont encore incertains», a noté l’économiste Sarah Mellouet, lors de la conférence de presse.

Et de rappeler que, selon l’Eurobaromètre de mars 2016, 86% des résidents affirment ne jamais avoir fait appel à une plateforme pour acquérir un bien ou un service.

Clarifier les règles du partage

«Les Luxembourgeois sont-ils prêts?», s’est demandé Marc Wagener, le directeur de la Fondation Idea. «On constate que ce nouveau modèle économique prend surtout dans les métropoles, or Luxembourg-ville n’est pas Singapour et le pays l’un des plus ruraux du continent.» La bonne santé économique du Grand-Duché ne facilite pas non plus l’émergence d’une économie du partage, qui se développe bien plus rapidement dans des contextes de crise.

Pourtant, les autorités grand-ducales y croient, notamment pour résoudre un problème récurrent: le trafic routier. Les initiatives se multiplient autour du carsharing ou partage de voiture. Après le réseau Carloh de la Ville de Luxembourg, les CFL ont récemment annoncé qu’ils lanceraient leur propre réseau d’ici l’automne. Mais pour quel résultat? «Il faut reconnaître que l’engouement des utilisateurs n’est pas là et que les habitudes sont tenaces, notamment celle du goût de la propriété», rappelle Mme Mellouet.

Pour la Fondation Idea, il est donc important de bien cerner les pratiques locales et d’engager des mesures incitatives «plus musclées» pour changer les comportements avant de multiplier l’offre de plateformes. En parallèle, il faut savoir anticiper l’évolution de ces pratiques avant qu’elles ne prennent vraiment de l’importance. «Le Luxembourg pourrait profiter de ce moment pour prendre quelques mesures afin de clarifier les ‘règles du partage’», conclut l’avis de la Fondation Idea.

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