Un marché haussier déplorable

Claude Ewen, sales director, Columbia Threadneedle Investments
Claude Ewen, sales director chez Columbia Threadneedle Investments
(Photo: Columbia Threadneedle Investments)

Le marché des actions est en phase haussière depuis maintenant neuf ans, une période remarquable pour les investisseurs. Début mars 2018, l’indice S&P 500 avait presque quadruplé par rapport à son plus bas de mars 2009, pendant la crise financière, et affichait une hausse de 66% par rapport à son plus haut d’avant la crise en octobre 2007.

Cette décennie incroyable n’a pas pour autant été de tout repos, avec l’impression que tout pouvait dérailler à tout moment; récession mondiale, stabilité bancaire, effondrement de la zone euro, évolution du prix du pétrole, dévaluation de la monnaie chinoise… 

Début 2018, les dernières craintes se sont dissipées. La performance a été très soutenue en janvier (les actions mondiales gagnant près de 7% en quelques semaines), confirmant la croissance mondiale synchronisée entamée pendant la deuxième moitié de l’année précédente. 

Globalement, tous les éléments étaient en place pour favoriser les actions.

Claude Ewen, sales director chez Columbia Threadneedle Investments

Globalement, tous les éléments étaient en place pour favoriser les actions. L’économie américaine est solide. Le taux de chômage a continué de diminuer: aux États-Unis, il est au plus bas depuis 16 ans, à 4,1%, et en Europe, il est au plus bas depuis neuf ans. Un tel environnement annonce généralement la fin d’un cycle: faible taux de chômage et hausse de la croissance entraînent des contraintes de capacités, lesquelles se traduisent par une hausse des salaires, qui alimente les craintes d’une accentuation des pressions inflationnistes.

La probabilité d’une hausse des taux d’intérêt plus rapide et plus marquée s’intensifie. En janvier, lorsque l’inflation salariale en glissement annuel a atteint 2,9% aux États-Unis, soit sa plus forte progression depuis 2009, la réaction ne s’est pas fait attendre: les rendements obligataires ont bondi et les indices boursiers se sont effondrés à travers le monde. Soudain, il y avait de nouveau de quoi s’inquiéter… et tant mieux. Cette tendance était la bienvenue, l’excès d’optimisme n’étant pas recommandé sur les marchés.

L’inflation est faible depuis le début des années 1990, soit une génération entière. L’élément essentiel est la décorrélation qui est intervenue entre le chômage et l’inflation salariale. Pourquoi?

Un risque inchangé depuis la crise économique de 2009: l’incertitude et les inquiétudes persistent.

Claude Ewen, sales director chez Columbia Threadneedle Investments

Ce phénomène peut s’expliquer par la multiplication de facteurs structurels ayant freiné la croissance des salaires, comme les technologies disruptives qui ont favorisé la «gig economy» et l’évolution démographique mondiale. L’affaiblissement des syndicats par rapport aux années 1970 et 1980 a par ailleurs réduit le pouvoir de négociation des travailleurs.

Parallèlement, l’inflation a été modérée du fait des innovations technologiques qui ont bousculé les modèles économiques traditionnels et renforcé la concurrence, poussant les fournisseurs à ne pas augmenter leurs prix.

C’est dans ce contexte qu’évolueront les marchés à l’avenir, et on peut donc se demander si l’inflation finira par progresser plus rapidement que prévu initialement.

La perspective d’un retour en arrière est la plus grande menace qui pèse sur les marchés aujourd’hui. 

Claude Ewen, sales director chez Columbia Threadneedle Investments

Alors que certains des facteurs ci-dessus pourraient s’inverser et entraîner une montée de l’inflation (notamment aux États-Unis), notre scénario central table sur la persistance d’une faible croissance des salaires, à environ 2%-3%, et sur une légère hausse de l’inflation, qui ne devrait pas dépasser 2%-2,5% aux États-Unis dans les années à venir. Par conséquent, les rendements devraient augmenter, sans toutefois atteindre les niveaux constatés avant les années 1990.

Nous pensons que le contexte est globalement favorable à un prolongement d’une croissance faible sur une longue période, avec un risque inchangé depuis la crise économique de 2009: l’incertitude et les inquiétudes persistent. 

La mondialisation, ou du moins le libre-échange, a favorisé les économies, à la fois en Europe et dans les marchés émergents, et la perspective d’un retour en arrière est la plus grande menace qui pèse sur les marchés aujourd’hui. 

Les marchés devraient par conséquent rester agités, ce dont nous devrons tenir compte en tant qu’investisseurs actifs. L’inquiétude reste donc de mise, et les rendements obligataires, ainsi que leur impact sur la valorisation des actions, suscitent une certaine nervosité. Il est toutefois probable que la perspective du maintien d’une faible croissance sur une période prolongée reste plausible. La volatilité est source d’opportunités pour les investisseurs à long terme qui recherchent des valeurs de qualité à un bon prix.

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