«Un juste échange pour les frontaliers»

21 Novembre 2017 Interviewé par Frédéric Antzorn
Mathieu Klein
Mathieu Klein: «J’estime que le Nord lorrain a tout à gagner d’un partenariat dynamique avec le Grand-Duché.»
(Photo: B.Pavot / CD54)

Le conseil départemental de Meurthe-et-Moselle s’est réuni en session publique ce lundi à Esch-sur-Alzette. Pour débattre notamment – avec la ministre de la Grande Région, Corinne Cahen – de questions transfrontalières. Bilan de cette session avec Mathieu Klein, le président PS de ce conseil.

Monsieur Klein, vous avez décidé cette semaine de réunir pour la première fois les élus de l’assemblée départementale de Meurthe-et-Moselle que vous présidez en dehors de leurs murs habituels. Pourquoi avoir choisi Esch-sur-Alzette?

«Parce que c’est à Esch-sur-Alzette que se trouve la Maison de la Grande Région et que nous sommes un acteur engagé de la Grande Région. Avec un peu de provocation, je dirais même que partout dans la Grande Région, nous sommes chez nous.

Je crois personnellement en cet espace transfrontalier, car c’est un espace de projets, c’est un espace qui a une cohérence historique et politique qu’il est important de faire connaître à nos concitoyens, à commencer par les élus, qui parfois appréhendent insuffisamment les enjeux liés à la politique de coopération transfrontalière.

C’est la raison pour laquelle – puisque nous avons abordé notamment hier le rapport sur la coopération transfrontalière du département de la Meurthe-et-Moselle – il m’est apparu nécessaire, ou du moins utile, de la faire dans un cadre approprié qui nous a permis de dialoguer avec la présidente en exercice du Sommet de la Grande Région, la ministre Corinne Cahen; mais également avec l’ambassadeur de France au Luxembourg, Bruno Perdu.

En parlant de coopération avec la France, ou du moins votre département, sur quels thèmes transfrontaliers les conseillers départementaux se sont-ils penchés hier?

«Il y en a eu beaucoup. À commencer par les questions de mobilité, en soulignant que nous avons finalisé le choix du tracé de la liaison A30-Belval pour le désenclavement du bassin de l’Alzette, qui va représenter pour notre département un investissement de 12 à 15 millions d’euros.

Nous avons également annoncé le lancement d’une étude sur la RD618, qui permet aux habitants de la région de Longwy – très nombreux à travailler au Luxembourg et en Belgique – de circuler.

Et a aussi été évoqué – pour les dossiers avec participation financière du département – le programme Interreg (‘vélo-route, voies vertes’) dans le Nord lorrain, ainsi que les pistes cyclables transfrontalières.

Mais il a également été question de dossiers qui concernent la région comme l’A31 – pour laquelle nous avons plaidé pour une mise à deux fois 3 voies entre Thionville et Luxembourg – ou le transport ferroviaire saturé malgré le cadencement.

Je souhaite faire du Grand Est la première région trilingue de France.

Mathieu Klein - président du conseil départemental de la Meurthe-et-Moselle

En plus de la mobilité, nous avons aussi échangé autour des enjeux liés à l’aménagement économique du Nord lorrain et de la partie sud du Luxembourg, avec une réflexion sur la question de l’aménagement fiscal des zones économiques en bordure de frontière.

Et il a aussi été question d’enjeux culturels, puisque j’ai rappelé que le département était un soutien financier du pôle de Micheville, qui s’inscrit pleinement dans le soutien que nous avons apporté au projet ‘Esch, capitale européenne de la culture 2022’.

Enfin, nous avons également parlé de la création d’un collège international dans le nord de la Meurthe-et-Moselle, dans l’agglomération de Longwy, pour faire face à l’évolution de la démographie, ainsi qu’à l’enjeu de mieux appréhender cet espace européen pour les collégiens, notamment autour de la maîtrise de la langue. Dans ce cadre, j’ai rappelé que je souhaite faire du Grand Est la première région trilingue de France, pour élever le niveau de qualification des jeunes Lorrains, afin de favoriser leur mobilité.

Faites-vous partie de ces élus lorrains qui considèrent que les frontaliers contribuent à la croissance et à la richesse du Grand-Duché, et qu’ainsi, une partie de cette richesse doit leur être retournée sous forme de subventions luxembourgeoises à des projets menés en Lorraine dans le cadre de nouvelles infrastructures, par exemple?

«Bien sûr! Et je suis pour un débat serein sur cette question qui doit être à nouveau posée aujourd’hui. S’il y a désormais quelque 100.000 frontaliers français, qui devraient être près de 140.000 à l’horizon 2035, il va de soi que cela a un impact majeur pour les collectivités territoriales du Nord lorrain et que nous devons être en capacité de répondre à l’enjeu qui est celui – tout simplement – d’améliorer la vie quotidienne de ces frontaliers lorsqu’ils sont dans leur commune de résidence.

J’ai noté que le Luxembourg avait réaffirmé, lundi encore, son intérêt pour le cofinancement de projets d’infrastructures, de services de santé ou encore d’aide à l’enfance menés en Lorraine, intérêt souligné par quelques dossiers actuellement en discussion.

C’est donc la preuve qu’il y a un diagnostic partagé entre la France et le Luxembourg sur la nécessité de travailler ensemble, y compris sur les conséquences du travail frontalier sur les bassins de vie et de résidence en France de ces travailleurs.

En outre, je pense qu’il faut que ce débat soit ouvert de façon plus large aujourd’hui. C’est ma conviction. Je connais les réticences et l’opposition du gouvernement luxembourgeois à la question du transfert de fiscalité – réaffirmées par Corinne Cahen à Esch – mais, moi, j’aimerais simplement que nous prenions la mesure du fait que personne n’imaginait au moment des premières fermetures de hauts fourneaux que le travail frontalier allait représenter un tel enjeu quelques décennies plus tard.

Sommes-nous au bon niveau de péréquation? Je ne le crois pas.

Mathieu Klein - président du conseil départemental de Meurthe-et-Moselle

Aujourd’hui, le Luxembourg – et c’est heureux évidemment – tire son dynamisme économique en partie grâce à l’apport des travailleurs frontaliers. Et je dis avec autant de force que sans le bassin d’emploi luxembourgeois, le Nord lorrain serait sinistré aujourd’hui.

Je suis satisfait que ce dynamisme économique luxembourgeois profite aux travailleurs du nord de la Lorraine. Et je ne suis donc pas dans une logique d’affrontement entre la France et le Grand-Duché. Mais je pense que la prochaine conférence intergouvernementale qui aura lieu en 2018 doit permettre de poser ces questions sereinement.

Sommes-nous aujourd’hui au bon niveau de péréquation? Je ne le crois pas. Faut-il progresser? Je le pense. Et c’est la raison pour laquelle j’ai insisté lundi sur la notion de ‘juste échange’. Nous avons tous à y gagner aujourd’hui en allant de l’avant sur cette question.

Il faut que le ‘juste échange’ soit le mot d’ordre du dialogue franco-luxembourgeois, car je pense que le Grand-Duché va poursuivre son chemin en termes de croissance et de développement économique et financier, et qu’il aura donc besoin de ressources humaines pour y faire face.

Et j’estime que le Nord lorrain a tout à gagner d’un partenariat dynamique avec le Grand-Duché, parce que nous savons que cette ressource économique et en emplois est aujourd’hui très précieuse dans la situation post-industrielle dans laquelle nous nous trouvons dans nos territoires en France.»

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