Tremblement de terre

11 Mars 2018 Par Jean-Michel Lalieu
Assurances / risques
Le secteur de l'assurance doit protéger contre de nouveaux risques, notamment ceux liés à internet.
(Illustration: Hadi Saadaldeen / Maison Moderne)

Habitué aux évolutions lentes, le secteur des assurances se prépare à vivre dans un environnement en perpétuelle évolution. Sa gamme de nouveaux produits devra suivre les nouvelles tendances.

Nouveau bulletin de santé sans ombre pour le secteur luxembourgeois des assurances. Les premiers chiffres fournis par le Commissariat aux assurances (CAA) pour l’année 2017 montrent de nouvelles progressions. Pour l’ensemble de l’année, les primes ont augmenté de 13,66%: 4,43% dans les branches non-vie et 15,22% pour l’assurance-vie. Attention, ces chiffres ne concernent que les entreprises d’assurances directes contrôlées par le CAA. Ils ne reprennent donc pas les entreprises de réassurance ni les succursales luxembourgeoises d’entreprises d’assurances d’autres pays de l’Union européenne. Mais l’affichage de ce thermomètre est quand même intéressant, puisqu’il pointe une nouvelle progression après un exercice 2016 déjà favorable. Les bénéfices sont aussi en forte augmentation (+45,19%) à 492,17 millions d’euros, effaçant des tablettes l’ancien record de 2014 (399,28 millions). Des données significatives qui ne tiennent pas compte des fluctuations du secteur de la réassurance, qui avaient biaisé les résultats globaux en 2016.

Savoir innover

Tout va donc pour le mieux dans le secteur des assurances. Oui, mais… le monde évolue rapidement et le secteur va devoir apprendre à virer comme un hors-bord et plus comme un navire de croisière. C’est sans doute un signe que, pour sa conférence thématique annuelle, Linklaters Luxembourg a souhaité traiter de l’avenir du secteur des assurances et des défis qui l’attendent. «C’est un secteur qui continue à prendre de l’importance dans le pays, mais le modèle devra évoluer dans les années qui viennent», avait expliqué à Paperjam.lu Patrick Geortay, managing partner de Linklaters Luxembourg, en prélude à l’événement. «En tout premier lieu, il doit envisager sa digitalisation et voir comment réagir face à l’émergence d’insurtech, qui transforment les produits classiques.» Un avis partagé par Heiner Leisten, senior partner du Boston Consulting Group. «Les assureurs ne pensent pas vraiment à croître en recourant à l’innovation, mais c’est pourtant ce qu’ils vont devoir faire», a-t-il insisté au cours de la conférence.

Le secteur de l’assurance connaîtra un important changement de modèle

Étienne de Callataÿ, chief economist chez Orcadia Asset Management

Invité également à dresser un bilan de la situation économique globale devant ce parterre d’assureurs, Étienne de Callataÿ, chief economist de la société Orcadia Asset Management, a lui aussi fait part aux professionnels du secteur des défis qu’il voyait poindre à leur horizon. «Le secteur de l’assurance connaîtra un important changement de modèle, a observé l’économiste belge. Il glissera de la mutualisation des risques à des contrats sur mesure adaptés au profil de risque de chaque client.» Une révolution qui exigera de pouvoir gérer le big data. «Mais dans ce domaine, vous êtes bien équipés, a poursuivi l’orateur. Vous détenez une importante quantité de données concernant vos clients.»

Il note aussi des évolutions technologiques qui créeront des niches, mais risquent par contre de réduire drastiquement certaines sources importantes de revenus. «Le monde change, convient Étienne de Callataÿ. L’apparition de la voiture autonome sur nos routes devrait permettre de réduire le nombre d’accidents de voiture. C’est donc un important marché qui risque de se réduire fortement. Par contre, la montée en puissance d’internet exigera de devoir protéger son e-réputation et de se prémunir contre d’éventuelles cyberattaques.» Interrogé sur les nouveaux produits à imaginer pour le secteur, Marc Hengen, directeur général de l’Association des compagnies d’assurances et de réassurances (Aca), pointe, lui aussi, les cyberrisques et la protection de la réputation sur la toile. «Ce sont clairement des nouveaux risques à couvrir et nos membres y travaillent.»

Pour poursuivre dans les nouveaux créneaux à développer, Étienne de Callataÿ note aussi le problème de finances publiques que rencontrent les États européens. «Ça ouvre des portes pour la privatisation et donc de nouveaux créneaux pour les assureurs. Qu’il s’agisse des retraites, des soins de santé ou des risques liés au marché de l’emploi.» Par contre, il admet que le secteur va devoir continuer à travailler à long terme dans un environnement de taux d’intérêt bas et que les privilèges fiscaux, dont il bénéficie dans pas mal de pays européens, risquent aussi de s’éroder.

Rendre des comptes

Au cours de la même conférence, Marc Hengen a, de son côté, pointé un autre défi: les domaines dans lesquels les assureurs investiront à l’avenir les primes reçues de leurs clients. «De plus en plus, les gens veulent savoir ce que l’on fait de leurs primes, explique-t-il. Les compagnies doivent de plus en plus en tenir compte.» Une tendance qui, à l’image de ce qui se passe dans le secteur des fonds d’investissement, devrait pousser les assureurs à rechercher les investissements verts. «Mais ces produits verts doivent aussi faire la preuve de leur rentabilité. Pour l’instant, les gens ne s’en rendent pas encore vraiment compte», estime le directeur de l’Aca.

Enfin, dans ce monde en ébullition qui fait trembler les bases de l’assurance, il est aussi fort probable que, dans un avenir proche, on voit apparaître des produits d’assurance diversifiés et disponibles pour des périodes nettement mieux délimitées que le traditionnel contrat annuel.

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