«Transformer l’Europe plutôt que la détruire»

28 Juin 2017 Par Camille Frati
Antonio Tajani
Outre Mars di Bartolomeo et les députés, Antonio Tajani a également rencontré S.A.R. le Grand-Duc Henri, le Premier ministre Xavier Bettel et le président de la Banque européenne d'investissement, Werner Hoyer.
(Photo: Sébastien Goossens)

Le nouveau président du Parlement européen était en visite au Luxembourg mardi et a développé sa vision de son rôle et des défis qui attendent l’UE pour reconquérir ses citoyens.

C’est en italien que le président de la Chambre des députés, Mars Di Bartolomeo, a accueilli son hôte devant les députés, dépaysement verbal poursuivi par Antonio Tajani et son français parfait mâtiné d’accent à la Mastroianni.

«Après l’‘Europe bashing’, il est important de relancer l’Europe synonyme de démocratie, de liberté et de paix», souligne Mars di Bartolomeo, appelant à lutter contre l’exclusion, les discriminations, l’injustice et à préserver les libertés fondamentales. «Les citoyens autrichiens, néerlandais, français ont livré un message (lors des dernières élections, ndlr). Il y a une demande d’Europe qui restera éphémère si les responsables politiques ne l’attrapent pas au vol» en aménageant plus de démocratie et de transparence.

Antonio Tajani ne dit pas autre chose. «L’Union européenne est confrontée à des défis complexes. Elle doit se transformer et non se détruire.» Et elle est «sur la bonne route» selon l’eurodéputé du groupe populaire européen, puisque «pour la première fois depuis 2008, l’Eurobaromètre montre une inversion de l’opinion». Signe que l’UE «a su mettre au centre de son action les priorités que sont le chômage, la sécurité, l’immigration et l’environnement».

Le budget doit refléter les priorités politiques de l’UE.

Antonio Tajani, président du Parlement européen

«Il faut que l’UE fixe des priorités politiques», répète le président du Parlement européen, dont les objectifs sont clairs: développer le marché numérique des biens, services, capitaux et de l’énergie; une politique industrielle cohérente; un accès facilité aux marchés internationaux pour les entreprises; finalisation de l’Union bancaire et fiscale; progrès sur la dimension sociale de l’UE. «Le budget doit refléter ces priorités, continuer à relancer la croissance, créer des emplois pour jeunes.» Sans oublier une coopération accrue pour lutter contre le terrorisme, une défense européenne plus intégrée, et le «courage» de réformer le système de Dublin régissant la politique d’immigration de l’UE.

Antonio Tajani milite d’ailleurs pour un budget planifié sur cinq ans et non plus sept afin de correspondre à la durée de la législature au Parlement européen, qui contrôle les finances de l’UE. Il défend son institution toujours portée à élargir ses compétences. Un accord en avril vient par exemple d’étendre son contrôle à Europol.

Je préfère plus de touristes chinois mais moins d’acier chinois.

Antonio Tajani, président du Parlement européen

Répondant à une question de Claude Wiseler, chef de fraction CSV, Antonio Tajani, ancien commissaire à l’Industrie, s’emballe sur un sujet qui lui est cher: la politique industrielle. «Je préfère plus de touristes chinois mais moins d’acier chinois», précise-t-il. «Je ne suis pas contre la Chine, qui est un interlocuteur très important. Mais il faut respecter les règles et un level playing field.» Que l’UE peut préserver en protégeant ses entreprises. «Ce n’est pas du protectionnisme, mais une façon de garantir notre compétitivité, de défendre notre travail et notre identité.»

Concernant le Brexit, Antonio Tajani «souhaite des négocations pour aboutir à un consensus» et juge «nécessaire un processus ordonné» de sortie du Royaume-Uni. En réglant d’abord les questions liées à l’avenir des citoyens. «Nous pensons pouvoir arriver à un accord-cadre sur la séparation avant la fin 2018, et après nous verrons quelles seront les relations entre le Royaume-Uni et l’UE après le Brexit.» S’il ne milite pas pour une «position trop dure», une chose est certaine: «les conséquences négatives seront chez eux beaucoup plus que chez nous».

Interrogé par Marc Baum (déi Lénk) sur le déficit démocratique de l’UE, Antonio Tajani assure qu’il «essaie tout ce qu’[il] peu[t] pour accroître la transparence». Il vient de nommer une commission qui doit réfléchir à la réforme des indemnités des députés européens. Il travaille aussi à ce que le Parlement européen puisse interpeller l’Eurogroupe. Et balaie d’un revers de la main l’idée d’un Parlement de la zone euro même s’il est disposé à constituer un groupe de travail interne au Parlement européen.

S’il n’a été élu qu’au quatrième tour de scrutin à la tête du Parlement européen en janvier, faute d’une grande coalition entre les groupes populaire et social-démocrate comme sous l’ère Schulz, Antonio Tajani se conçoit de toute façon comme un «speaker» que comme l’expression d’une majorité politique. «Le Parlement a approuvé des textes importants comme l’accord avec le Canada, les décisions anti-dumping et la réforme du droit d’asile», souligne-t-il. Son moteur: «Je veux donner des réponses aux citoyens».

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