Tournage dans l’ancienne usine de Schifflange

18 Août 2018 Par France Clarinval
Le bocage flamand reconstitué dans l’usine désaffectée de Schifflange.
(Photo: Les films fauves)

La société de production Les Films Fauves tourne actuellement «Rain Anyway» de Gust Van den Berghe. Une belle aventure qui rassemble des protagonistes belges, néerlandais et luxembourgeois.

Les usines désaffectées offrent un charme un peu désuet à ceux qui n’ont jamais eu à y bosser. On appelle ça le «ruin porn» et ça cartonne sur Instagram. Mais ces ensembles fournissent aussi des centaines de mètres carrés relativement protégés des intempéries, des espaces tout à fait parfaits pour accueillir des tournages de cinéma.

Après les anciens bâtiments Arcelor à Dommeldange, le laminoir de Dudelange, c’est l’ancienne usine de Schifflange qui devient la coqueluche des producteurs luxembourgeois. Récemment, des scènes de «Mammal» ou de «Justice Dot Net» y ont été tournées.

«On se sent très bien ici, avec autant d’espace, avec plusieurs décors qui peuvent être installés en même temps», constate Gilles Chanial, qui coproduit «Rain Anyway» pour Les Films Fauves avec les Belges de Minds Meet et les Néerlandais de Lemming Film, pour un budget proche de 3 millions d’euros, soutenus par les films funds luxembourgeois et belges.

On en est à peu près à la moitié des 36 jours de tournage, dont seulement trois seront hors du site: au Fond-de-Gras, à Bigonville, à Pétange et à Sierck-les-Bains. Premier décor à se dévoiler: deux petites maisons typiques de la campagne flamande, avec les murs blanchis, les toits de tuiles et des saules têtards coupés à côté. «C’est la maison de Lucien et celle de la voisine Esther. Quand ils se marient, on abat la haie entre les deux», résume le producteur non sans dévoiler ainsi une partie de l’issue du film.

Tournage au Fonds de Gras (Photo: Les Films Fauves)

Tournage au Fond-de-Gras (Photo: Les Films Fauves)

Un homme magnétique

«Rain Anyway» se situe juste avant la Première Guerre mondiale, en Flandres. Lucien (Danny Ronaldo, un vrai artiste de cirque) a le pouvoir étrange d’attirer les objets métalliques. Il rêve d’une vie d’artiste, mais son père ne veut pas qu’il montre son talent. Quand la guerre éclate, Lucien quitte la maison et rejoint un cirque ambulant.

Lucien attire les objets métalliques malgré lui (photo: Les Films Fauves)

Lucien attire les objets métalliques malgré lui. (Photo: Les Films Fauves)

Il y rencontre la femme-serpent (Willeke Van Ammelrooy, vue dans «The Lake House»), l’homme fort (notre Georges Christen) et – inévitablement – tombe amoureux de la trapéziste, fille du directeur (Isolda Dychauk, vue dans «The Borgias»). Obligé de rentrer à la ferme familiale, il abandonnera ses rêves (et ses pouvoirs), mais sera devenu adulte.

«L’univers du film renvoie aux images de l’époque, comme dans ‘Les Enfants du paradis’. C’est à la fois mélancolique et poétique», estime Gilles Chanial. Ce que confirme Danny Ronaldo: «Il y a un côté onirique, on sait qu’on est dans un film. Mais les sentiments évoqués sont universels et intemporels.»

Artiste de cirque, clown, comédien, Danny Ronaldo poursuit la tradition familiale depuis sept générations. Il a développé un spectacle solo, «Fidelis Fortibus», qui tourne dans toute l’Europe (curieusement, pas encore au Luxembourg) et apparaît ici pour la première fois au cinéma (à part un court-métrage). «Jouer au cirque, au théâtre, dans la rue ou devant la caméra, c’est le même métier. J’y mets la même intensité, les mêmes émotions», explique-t-il avec ce charmant roulement de «r» flamand. «La nouveauté pour moi avec le cinéma, c’est que je n’ai pas les spectateurs devant moi. Je ne peux pas interagir avec eux. C’est plus difficile. Mais mon instinct me dit que ça va, que ce que je fais est juste.»

Un homme (très) fort

Habitué aux spectacles, Georges Christen doit aussi s’adapter aux exigences du cinéma. Il joue Victor Vanko, qui fait des tours de force dans le cirque. «Certains tours font partie du répertoire que je montre dans mes spectacles, comme la dame assise sur la table que je soulève avec les dents.» Mais le personnage est «hautain, agressif, fermé», tout le contraire du vrai Christen: «C’est difficile de faire mon métier, mais ne pas être moi-même.» L’homme le plus fort du monde a insisté pour jouer avec de vrais haltères, qui font partie de sa collection, et de ne pas truquer les tours, «sinon ça se voit». S’il apprécie l’ambiance du plateau et s’amuse des coulisses du tournage, Georges Christen ne voit pas le cinéma comme une nouvelle carrière: «Je préfère la scène et le contact avec les gens.»

Un homme bricoleur

Parmi les nombreux techniciens luxembourgeois qui travaillent sur le film (Patrick Blocman, directeur de production; Fanny Mengel, régisseuse générale; Sophie Garlinskas, maquilleuse; Gilbert Degrand, chef éclairagiste, ou Arnaud Mellet, chef opérateur son…), il y a aussi Paul Biwer. Ce grand chevelu aux allures de forgeron travaille régulièrement comme «bricoleur» sur les films luxembourgeois. Pour «Rain Anyway», il a créé une impressionnante maquette du paysage supposé du film. Des collines vertes, une petite église, la maison de Lucien, la gare (du Fond-de-Gras), les bocages, les fermes… tout y est. Installé dans l’usine désaffectée, il apprécie «la très belle lumière» et «l’espace pour créer et stocker».

Le paysage reconstitué en maquette (photo: Les Films Fauves)

«La maquette nous fait économiser un drone! En fait, ce paysage n’existe pas vraiment dans la réalité, on ne peut donc pas le filmer», s’amuse le producteur, qui assume le côté «faux» que ces images donneront à l’écran: «On passe de l’autre côté du miroir, c’est ça le cirque!»

On peut compter sur le réalisateur Gust Van den Berghe pour nous embarquer dans son univers aussi personnel que surprenant. Après tout, c’est lui qui a fait sensation à Cannes avec des rois mages en mendiants trisomiques dans «Little Baby Jesus of Flandr» ou avec «Blue Bird», une adaptation de «L’Oiseau bleu» de Maeterlinck avec des enfants africains.

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