Syndicats et patronat du bâtiment au point mort

28 Mai 2018 Par Audrey Somnard
Les syndicats se sont associés pour négocier la convention collective en conciliation.
(Photo: Maison moderne / archives)

OGBL, LCGB et patronat discutent depuis 2016 pour le renouvellement de la convention collective du secteur du bâtiment, mais les deux syndicats ont quitté ensemble la table des négociations. La phase de conciliation est entamée.

Les syndicats ont jeté l’éponge dans le bras de fer qui les oppose au patronat du secteur du bâtiment, qui représente entre 16 et 18.000 salariés, pour renouveler la convention collective, dont les négociations sont au point mort depuis 2016. 

Du côté du Groupement des entrepreneurs du bâtiment et des travaux publics, c’est la surprise: «Nous avons reçu une lettre des syndicats invoquant la conciliation alors qu’il y a encore deux semaines nous étions en train de négocier», explique Pol Faber, secrétaire général de l’organisation patronale. «Pourtant, nous avons fait des propositions concrètes, en matière de salaire tarifaire et de prime notamment.»

C’est justement les deux points qui posent problème pour les syndicats, l’OGBL et le LCGB s’étant associés pour rentrer de concert en phase de conciliation. «Nous avions négocié pendant quatre semaines sans arriver à un point d’accord», explique Jean-Paul Baudot du LCGB à Paperjam. «La situation est inacceptable du point de vue de la conjoncture, les carnets de commandes sont bien remplis, nous ne sommes pas en crise.»

Rétroactivité demandée

Le gros point de désaccord est que le patronat souhaite négocier des hausses salariales tarifaires, qui ne concerneraient que les salariés du bâtiment affiliés à l’ancien régime, d’après les syndicats: «Les employés privés ne bénéficient pas des avantages de l’ancienne convention collective, nous voulons une augmentation linéaire qui profite à tous les employés du secteur», estime Hernani Gomes de l’OGBL.

Pour ce dernier, les négociations ont bien assez duré: «Nous avons présenté le catalogue de revendications le 16 février 2017, après un démarrage des négociations le 22 mars 2016, alors qu’on aurait déjà dû entrer en négociation en 2013. Que de temps perdu! Bien sûr, nous voulons que la convention collective qui sera signée soit rétroactive, nous n’oublierons pas», prévient le syndicaliste.

En parallèle aux négociations concernant les augmentations de salaire, les syndicats ont revendiqué une prime unique pour les employés de 600 euros, ce à quoi le patronat a répondu avec une proposition à 300 euros. Inacceptable selon les syndicats. En résumé, le Groupement a proposé des mesures comme l'augmentation linéaire des tarifs de 2,1% (0,7% par an) ainsi qu'une prime de 100 euros par année en faveur des 18.000 employés concernés par la convention collective. «A elle seule, cette prime d'un total de 300 euros équivaut à un volume financier de 5,4 millions d'euros sur trois ans», ajoute Pol Faber.

Les syndicats qui quittent la table des négociations, c’est le monde à l’envers.

Pol Faber, secrétaire général du Groupement des entrepreneurs du bâtiment et des travaux publics

Avec la multiplication des chantiers, Hernani Gomes observe que la profession est mise sous pression. Pour le Groupement des entrepreneurs, l’explication est ailleurs: «Les syndicats qui quittent la table des négociations, c’est le monde à l’envers. En 2019 se tiendront les élections sociales. Les syndicats veulent organiser une grève juste avant pour avoir plus de visibilité, c’est évident», accuse Pol Faber.

Une fois que le rendez-vous sera fixé au ministère du Travail pour entamer la conciliation, les deux parties auront 16 semaines pour trouver un accord pour les employés du secteur.

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