Schneider en appelle à Juncker pour défendre Dudelange

17 Avril 2018 Par Jean-Michel Hennebert
Le site de Dudelange, qui emploie 300 personnes, a été placé sur la liste des sites à vendre par ArcelorMittal pour pouvoir racheter l’italien Ilva, comme cinq autres sites en Europe.
(Photo: ArcelorMittal)

Quatre jours après l’annonce d’ArcelorMittal de proposer la vente de l’unité d’aciers plats pour pouvoir acquérir le sidérurgiste italien Ilva, le vice-Premier ministre assure «être intervenu» auprès du président de la Commission pour empêcher cette vente.

Déjà monté au créneau vendredi dernier, au moment de la publication de la liste des sites qu’ArcelorMittal était prêt à céder pour pouvoir reprendre le groupe Ilva, Étienne Schneider (LSAP) revient à la charge. Mardi, il indique avoir envoyé une lettre – cosignée avec Dan Biancalana (LSAP), bourgmestre de Dudelange – à destination de Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, et Margrethe Vestager, commissaire européenne à la Concurrence.

Réitérant ses critiques vis-à-vis des règles européennes sur les concentrations d’entreprises jugées contraires à «la préservation d’une base industrielle compétitive en Europe pourtant nécessaire à la croissance économique et la création d’emplois», Étienne Schneider juge «qu’une telle base industrielle requiert justement la présence dans l’UE de leaders du marché mondial comme ArcelorMittal».

Wiseler appelé à défendre «l’intérêt commun»

Et ce dernier d’estimer que «les exigences de la Commission dans le cadre de la transaction ArcelorMittal-Ilva pourraient même nuire au dialogue social au Luxembourg» en rappelant que «par rapport aux efforts fournis par le Luxembourg dans le cadre du modèle social pour soutenir les entreprises industrielles pendant la crise économique et financière de 2008, il est difficile d’expliquer aux partenaires sociaux, notamment aux syndicats et aux salariés concernés, pourquoi il est nécessaire que le site de Dudelange quitte le groupe ArcelorMittal pour le céder à un repreneur inconnu et lui réserver ainsi un avenir incertain».

En parallèle à cette démarche européenne, le vice-Premier ministre – également tête de liste nationale socialiste pour les législatives 2018 – a sollicité Claude Wiseler (CSV) pour «obtenir son soutien» et l’inciter «à intervenir aussi auprès du président de la Commission (…) dans l’intérêt commun». Car, estime Étienne Schneider, «toute procédure de vente ne saurait que conduire ce site vers une période d’incertitude nuisible à la préservation d’une base industrielle traditionnelle au Luxembourg». 

(Update 15:50) Lors d'une heure d'actualité à la Chambre ce mardi après-midi, Claude Wiseler assurait qu' «évidemment» il allait soutenir la démarche. En revanche, il notait que «c'est tout de même particulier qu'un gouvernement sollicite l'aide d'un parti d'opposition». Et d'ajouter que «d'ailleurs je n'avais pas besoin de Monsieur Schneider pour de demander d'intervenir auprès de la Commission». 

Interrogé par Claude Wiseler sur la manière dont Jeannot Krecké, le représentant de l'État dans le Conseil d'administration d'ArcelorMittal, allait se positionner, Étienne Schneider répondait que ce dernier «ne va pas soutenir la proposition d'ArcelorMittal». Contacté quelques minutes après son discours devant les députés, le chef de fraction CSV indiquait à Paperjam que «le vice Premier ministre est dans son rôle de défendre le site de Dudelange et je m'engage personnellement à ce que ce site subsiste même si ArcelorMittal n'a fait pour le moment qu'une proposition», mais enchaîne en indiquant que l«e fait qu'il demande au chef de l'opposition de se positionner correspond pour moi aux prémices de la campagne électorale.»

Interventions programmées par l’OGBL

Quelques heures avant la sortie médiatique d’Étienne Schneider, l’OGBL s’était fendu d’un communiqué dans lequel le syndicat a réaffirmé son opposition «ferme» à une quelconque cession du site. Jugeant que «les salariés ne peuvent pas être les éternelles victimes des contradictions et des errances des politiques industrielles européennes», il affirme qu’il «mettra tout en œuvre pour empêcher cette cession».

D’ici au 21 mai, date attendue de la décision de la Commission sur le rachat d’Ilva par ArcelorMittal, l’OGBL assure avoir programmé «des interventions tant auprès de la Commission qu’auprès de la direction de l’entreprise», la première d’entre elles étant prévue ce jeudi avec une rencontre avec Michel Wurth. Pour rappel, l’unité de production d’aciers plats de Dudelange emploie quelque 300 personnes. Les autres unités du groupe concernées par une vente sont celles de Piombino en Italie, de Galati en Roumanie, Skopje en Macédoine, Ostrava en République tchèque, ainsi qu’une partie de son pôle liégeois.

La rédaction a choisi pour vous

Bruxelles craint que cette concentration conduise à une hausse des prix des produits d’acier plat au carbone.

09 Novembre 2017

La Commission européenne a annoncé mercredi l’ouverture d’une «enquête approfondie» au sujet de la transaction qui doit permettre au géant de l’acier de devenir le propriétaire de l’industriel italien. Elle craint que cette concentration soit contraire aux règles de la concurrence.

Ilva Tarente

07 Juin 2017

ArcelorMittal, associé à Marcegaglia, a été choisi par l’État italien pour la reprise du groupe nationalisé Ilva, qui détient la plus grande aciérie d’Europe. Le montant du chèque est de 1,8 milliard d’euros, auquel Lakshmi Mittal a déjà promis d’ajouter 2,4 milliards d’investissements.