«On risquait une émeute à tout moment»

15 Décembre 2017 Interviewé par Frédéric Antzorn
Henry Delescaux
Henry Delescaut: «La SNCF doit maintenant traduire, par des actes concrets, les engagements demandés par le président de la région».
(Photo: Paperjam.lu / archives)

L’Association des voyageurs du TER Metz-Luxembourg (AVTERML) revient sur une semaine marquée par de très grosses difficultés sur cette ligne et – après qu’elle se soit démenée sans compter auprès des autorités – l’annonce d’un retour à la normale dès ce vendredi, après des engagements pris par la SNCF devant la région Grand Est. Explications avec son président, Henry Delescaut.

Monsieur Delescaut, des contrôleurs de la SNCF ont exercé toute cette semaine – suite à l’agression de l’une des leurs – un droit de retrait qui a perturbé fortement la circulation des trains sur l’axe Nancy–Metz–Thionville–Luxembourg. Où en est la situation aujourd’hui?

«Depuis plus d’une semaine maintenant, nous connaissons à nouveau des perturbations importantes sur l’axe Nancy-Luxembourg. Nous condamnons bien entendu avec la plus grande fermeté cette agression. Nous ne pouvons cautionner une quelconque forme de violence dirigée contre le personnel de la SNCF. Leur sécurité, c’est notre sécurité!

Aujourd’hui, il semblerait que le retour à la normale soit amorcé, grâce à notre action constante auprès de la SNCF et de la région Grand Est, soit à travers nos interventions dans la presse, soit par action directe auprès des élus. Toujours est-il que la SNCF nous a promis un retour à la normale pour aujourd’hui. Nous jugerons sur pièces.

En tant qu’association représentant les intérêts des usagers de cette ligne, qu’avez-vous entrepris ces derniers jours? Qui avez-vous contacté? Quelles réponses ou explications avez-vous obtenues à vos questions?

«Le moins que l’on puisse dire c’est que cette semaine écoulée a été chargée. Dans la phase initiale de la crise, il était inopportun de réagir, s’agissant d’une réaction légitime des contrôleurs, suite à l’agression de l’une des leurs. La gravité des faits et les menaces proférées justifiaient tout à fait l’exercice du droit de retrait.

Les choses ont changé en milieu de semaine, quand les syndicats et la direction SNCF ont commencé à s’opposer fermement sur la reprise du travail. Nous nous sommes rendu compte à ce moment-là que SNCF manquait clairement à l’obligation d’assurer la sécurité de ses personnels et des voyageurs.

Lundi dernier, en l’absence de toute communication officielle de la part de SNCF, j’ai interpellé Jean Rottner, le président de la région Grand Est. Il s’est montré disponible et clairement préoccupé devant l’évolution de la situation, d’autant plus que je l’ai mis en garde contre le risque de trouble à l’ordre public. Les usagers étant totalement exaspérés, on risquait une émeute à tout moment.

La Région a donné à la SNCF jusque mi-janvier pour lui présenter un plan d’action opérationnel et efficace.

Henry Delescaut – Président de l’AVTERML

Mercredi, comme la situation s’aggravait et qu’il n’y avait toujours aucune réaction officielle, nous avons décidé, conjointement avec l’animateur du compte twitter @TER_Metz_Lux, de cesser de diffuser toute information trafic sur ce média. Cela faisait deux ans que la SNCF se déchargeait sur nous pour fournir ces informations à ses clients, et la mise en place depuis le 5 décembre du fil @TERGrandEst n’avait pas changé grand-chose.

Ce boycott a été largement repris dans la presse tant française que luxembourgeoise, et grâce à ces relais, les choses ont commencé à bouger. Les politiques lorrains comme Jean-Luc Bohl, vice-président Grand Est et président de Metz Métropole, et les députés Isabelle Rauch, et Belkhir Belhaddad ont publiquement exprimé leur mécontentement vis-à-vis de la SNCF.

Hier, j’ai eu un nouveau contact avec Jean Rottner, qui m’a informé qu’il avait convoqué le directeur régional de la SNCF. En fin de journée, il a repris contact avec moi pour m’indiquer qu’il avait sommé la SNCF de rétablir immédiatement une circulation normale en prenant des mesures pour assurer la sécurité des agents et des voyageurs. En outre, la Région a donné à la SNCF jusque mi-janvier pour lui présenter un plan d’action opérationnel et efficace en matière de sécurité et d’informations voyageurs, tout en évoquant des amendes déjà infligées, pour non-respect des modalités de la convention TER.

Quelles sont vos exigences aujourd’hui? Qu’attendez-vous de la SNCF ou de la région Grand Est?

«Nous prenons acte de la position de la région Grand Est, qui semble enfin prendre conscience de la mauvaise fiabilité générale de notre ligne et des défaillances répétées de la SNCF, dans l’exécution de sa mission de service public.

La SNCF doit maintenant traduire, par des actes concrets, les engagements demandés par le président de la région. Nous attendons notamment que l’entreprise respecte ses engagements en matière de sécurité, par la présence systématique d’un contrôleur à bord du train sur l’ensemble du parcours – la vidéosurveillance s’étant révélée être totalement inefficace – et une communication plus transparente et honnête. Un dédommagement pour les inconvénients subis depuis le 7 décembre est attendu par la majorité des clients.

Nous attendons des élus s’étant favorablement manifestés un engagement à nos côtés, dans la durée, pour améliorer nos conditions de transport. Nous serons particulièrement attentifs à la manière dont ces différentes annonces, demandes et résolutions seront mises en application, au cours des jours, semaines et mois à venir!»

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