Repenser l’aide à la presse

29 Novembre 2017 Par Thierry Raizer
Outre l’aide à la presse imprimée, l’ensemble des aides directes et indirectes, soit quelque 40 millions d’euros du budget de l’État, a occupé les discussions.
(Photo: Maison Moderne)

L’aide à la presse imprimée et plus généralement le soutien financier de l’État aux médias ont animé un débat durant lequel le digital a joué le rôle de filtre de pensées.

Qualité du journalisme, gestion des commentaires en ligne, presse people, concordance entre l’offre et la demande… Le débat sur la réforme de l’aide de l’État à la presse a laissé apparaître des questions qui vont au delà des aspects budgétaires du sujet, signe des préoccupations légitimes des lecteurs en cette période où le digital rebat les cartes. C’est aussi autour du digital qu’ont tourné une partie des discussions lors de ce débat organisé le 14 novembre dernier par le Paperjam Club, coproduit avec les Rotondes où il s’est déroulé.

Il a réuni des responsables de médias ou de maison d’édition (Claude Karger, directeur et rédacteur en chef du Lëtzebuerger Journal; Mike Koedinger, fondateur et président du conseil d’administration de Maison Moderne; Christoph Bumb, fondateur du nouveau magazine en ligne Reporter.lu; Robert Garcia, gérant de radio Ara et cofondateur de Woxx et Paul Peckels, directeur général du groupe Saint-Paul, éditeur notamment du Luxemburger Wort). Trois élus étaient aussi invités: Claude Wiseler (CSV), Yves Cruchten (LSAP) et Claude Adam (Déi Gréng).

Chacun disposait de trois minutes pour effectuer trois propositions (à lire en intégralité sur Paperjam.lu) pour une réforme, alors que cohabitent actuellement deux régimes d’aides directes: un premier à la presse imprimée (7.434.032 euros versés en 2016 à 10 titres) et le récent régime transitoire d’aide à la presse en ligne créé en janvier par le gouvernement afin de promouvoir les «nouveaux» médias, comme il l’avait promis dans son programme de coalition. «Les 100.000 euros (par an, par média en ligne éligible, ndlr) sont un bon début, mais il faut revoir tout cela (…), avoir un texte qui permette le cross-média, à des maisons d’édition de voir leurs publications ensemble et d’avoir une subvention sur l’ensemble de ces publications me paraît être une réflexion à mener», a déclaré Claude Wiseler, chef de la fraction parlementaire du CSV et prétendant au poste de Premier ministre aux élections législatives de 2018.

Celui qui est actuellement en place au ministère d’État et en charge des médias et des communications a livré un message vidéo à l’assistance. Xavier Bettel y a expliqué qu’il faut «réformer le système de promotion de la presse en général», ajoutant qu’il «s’agit certainement aussi d’une des priorités en tant que ministre des Médias pour l’année à venir».

Claude Wiseler et Xavier Bettel se rejoignent dans l’esprit d’une convergence entre les aides. Reste à s’accorder sur les critères d’attribution ou plutôt de les redéfinir.

Quels critères?

Pour Xavier Bettel, il ne faut pas «réduire les investissements dans ce pilier de la démocratie qu’est la presse», ce que n’ont pas contredit les autres responsables politiques, Yves Cruchten s’engageant même à augmenter les budgets.

Le député LSAP – avare en propositions concrètes – propose par ailleurs la création d’une agence de presse nationale dédiée par exemple aux informations générales et qui pourrait «constituer un gain considérable pour les organes de presse».

Pour Claude Adam, la question n’est pas de savoir si le changement va venir en raison du digital, mais «est-ce qu’on va trouver la bonne voie pour faire le changement qui va venir?» Le député Déi Gréng veut éviter une nouvelle forme de concentration: «C’est là que la politique jouera un rôle important pour garder le pluralisme.» Le nombre de pages entrant en compte dans le montant de l’aide a aussi animé la discussion, suite à la suppression en 1999 du plafond de 4.000 pages par an, par organe de presse.

«Se focaliser sur les montants est trop simpliste», a déclaré Paul Peckels, qui estime qu’il ne faut pas faire la distinction entre presse imprimée et digitale, mais entre presse payante et gratuite, les titres payants étant synonymes, selon lui, d’une plus grande valeur qualitative.

Digital = investissements

Mike Koedinger a rappelé que pour les éditeurs qui se développent en ligne, les investissements sont «énormes», tandis que la valeur publicitaire en ligne est inférieure à celle que l’on peut percevoir via les médias imprimés: «Les habitudes de lecture changent, on doit tenir compte de la réalité.»

Christoph Bumb et Claude Karger se sont rejoints dans l’idée de voir des fonds dédiés à l’innovation dans le journalisme créés.

«Il ne faut pas se tourner seulement vers l’État, mais aussi vers des fondations cofinancées par l’État et le secteur privé», indique Christoph Bumb.

Claude Wiseler a aussi ouvert la réflexion sur le soutien aux mensuels, de même que la langue: «Pourquoi ne pas subventionner un titre en anglais ou en portugais, des langues bien établies.» Et d’ajouter que les médias éligibles ne seraient plus forcément uniquement ceux capables de donner une information dans différents champs, de l’économie à la culture. Pointé par l’étude européenne Media Pluralism Monitor pour la concentration rencontrée dans les médias, le Luxembourg pourrait gagner dans cette réforme le statut de laboratoire de nouvelles formes d’aides. Et ce au sein d’un marché qui connaît de moins en moins de frontières, mais de plus en plus de maisons d’édition en phase de transformation.

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