«Réconcilier gestionnaires d’actifs et distributeurs»

aujourd'hui Interviewé par Jonas Mercier
Bernard Simon
Bernard Simon, le CIO de la Bourse de Luxembourg: «FundsDLT définit un nouvel écosystème d’investissement accessible en quelques clics.»
(Photo: Bourse de Luxembourg)

Alors que la BNP Paribas Asset Management vient d’annoncer sa première transaction d’actifs via FundsDLT, la seconde après celle réalisée en juin par Natixis, Bernard Simon, le CIO de la Bourse de Luxembourg, revient sur l’importance de la blockchain dans l’industrie des fonds.

Monsieur Simon, vos équipes ont réussi à rendre accessible la plateforme FundsDLT depuis des appareils mobiles. Il est donc désormais possible de passer des ordres de transfert de fonds depuis un téléphone ou une tablette. Pouvez-vous nous en dire plus?

«Six mois après avoir prouvé que des transactions pouvaient se faire par le biais de la blockchain, dans une parfaite transparence et en toute sécurité, nous voulions en effet montrer que l’accessibilité à notre solution pouvait se faire également par mobile. Fin décembre, j’ai donc effectué une démonstration aux acteurs de la Place.

Nous avons créé une application pour l’occasion, avec des interfaces différentes pour les gestionnaires d’actifs, les distributeurs et les investisseurs. Notre but n’est pas de développer ce service, mais de pousser les acteurs du secteur des fonds à développer leurs propres applications en utilisant notre plateforme.

Pouvez-vous nous rappeler en quelques mots ce qu’est la plateforme FundsDLT?

«Le principe de la plateforme FundsDLT est de créer un registre distribué à l’ensemble des gestionnaires d’actifs et ainsi améliorer la transparence entre tous les acteurs qui interviennent dans le secteur des fonds.

Aujourd’hui, les gestionnaires d’actifs sont en lien avec des distributeurs, qui sont des banques, des compagnies d’assurances ou des conseillers financiers. Ces distributeurs donnent peu d’informations sur leurs clients aux gestionnaires d’actifs quant à la typologie et la qualification et il est difficile pour ces derniers de bien comprendre les attentes et les besoins des investisseurs.

La distance entre l’investisseur et le gestionnaire d’actifs ne sera plus fragmentée.

Bernard Simon, CIO de la Bourse de Luxembourg

Il y a donc un problème de réconciliation à résoudre. La blockchain offre un système partagé entre les acteurs impliqués dans la distribution d’un fonds. La distance entre l’investisseur et le gestionnaire d’actifs ne sera plus fragmentée et les transferts d’ordres pourront être bien plus rapides. Cette technologie apporte en plus une dimension de confiance et de gestion des droits, car chaque transaction devra être validée par tous les acteurs. Nous testons actuellement notre solution avec quelque 600 sociétés de gestion de la Place.

Pourquoi les gestionnaires d’actifs doivent-ils connaître leurs clients? L’existence d’un intermédiaire ne leur permet-elle pas justement de se concentrer sur leurs activités?

«Si l’interaction entre les distributeurs et les fonds devient plus fluide, le fonds va mieux connaître sa clientèle finale, il va pouvoir la comprendre et savoir comment elle se comporte. Toutes ces informations lui permettront de concevoir des produits plus en phase avec le marché, voire faire du sur-mesure.

Un nouvel écosystème d’investissement accessible en quelques clics.

Bernard Simon, CIO de la Bourse de Luxembourg

L’Union européenne encourage les initiatives qui visent à faciliter l’investissement, dans le contexte actuel de faillite des systèmes publics de retraite. Notre plateforme définit un nouvel écosystème d’investissement accessible en quelques clics. En plus, cette technologie permet de réduire les coûts. Pour 2018, nous espérons lancer le premier fonds qui soit exclusivement sur la blockchain. Ce serait une première mondiale.

Pourquoi la Bourse souhaite-t-elle développer ce genre d’infrastructure?

«L’objectif d’une bourse est de mettre à disposition des infrastructures pour faire fonctionner les marchés. Or notre secteur est très fortement touché par la digitalisation. Nous avons commencé à entreprendre des recherches sur la blockchain il y a deux ans et nous avons été les premiers à développer un outil destiné à la gestion des fonds, qui s’est transformé en FundsDLT.

Nous ouvrons le capital de FundsDLT aux gestionnaires de fonds et aux distributeurs.

Bernard Simon, CIO de la Bourse de Luxembourg

Aujourd’hui, nous travaillons avec des acteurs internationaux du secteur. Et notre solution intéresse beaucoup, notamment au Japon, à Singapour, en Amérique du Sud et aux États-Unis. Notre objectif est, dans un premier temps, de se concentrer sur la distribution de fonds européens, les Ucits, mais qui sont vendus mondialement.

FundsDLT devrait bientôt devenir une société à part entière (elle est pour l’instant la propriété de Fundsquare, elle-même filiale de la Bourse, ndlr). Nous sommes en train d’ouvrir le capital de cette nouvelle structure aux gestionnaires de fonds et aux distributeurs pour qu’elle se développe en partenariat avec ceux qui l’utiliseront.»

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