Quels facteurs rythmeront l’évolution des marchés?

10 Janvier 2019 Par Bertrand Schmeler (CBP Quilvest)
Bertrand Schmeler, senior vice president au sein de CBP Quilvest.
Bertrand Schmeler, senior vice president au sein de CBP Quilvest.
(Photo: CBP Quilvest)

Les marchés financiers ont subi des corrections particulièrement fortes fin de l’année dernière, en témoignent les bourses américaines enregistrant leur plus sévère baisse (-9,2% pour l’indice S&P 500) lors d’un mois de décembre depuis… 1931.

Les grilles de lecture habituelles ne permettent pas d’appréhender les raisons de cette baisse très rapide et c’est ce qui a surpris la plupart des investisseurs. Il ne s’agit pas d’un type de correction «classique», due à un dégonflement d’une bulle spéculative (les valorisations des marchés étaient certes historiquement chères, mais en aucun cas en dehors des moyennes historiques) ou à des craintes de l’arrivée imminente d’une récession: l’économie mondiale devrait effectivement ralentir en 2019, mais restera sur un rythme acceptable de 3,5% par an.

Un changement de régime au niveau des conditions de liquidité sur les marchés financiers en est la cause principale. Il marque la fin des politiques ultra-accommodantes, menées de façon conjointe par les grandes banques centrales depuis fin 2008 (taux directeurs à 0% voire négatifs, achats d’actifs d’une ampleur inégalée historiquement…), et l’arrivée de politiques plus restrictives. Depuis 2018, les grandes banques centrales mondiales ne sont plus acheteuses nettes d’actifs financiers.

Une nouvelle phase, durant laquelle les fondamentaux devraient primer, va s’installer.

Bertrand Schmeler, senior vice president de CBP Quilvest

C’est la fin d’une période de près de 10 ans, au cours de laquelle les marchés ont été «dopés» à la liquidité; une nouvelle phase, durant laquelle les fondamentaux devraient primer (valorisation des marchés, rendements et potentiels de croissance), va s’installer: comme toute transition, elle est synonyme d’incertitudes et de forte volatilité. Quelles sont les perspectives pour 2019 dans ce nouvel environnement? Quels facteurs déterminants rythmeront l’évolution des marchés en 2019 et où sont les opportunités d’investissement?

Les banques centrales continueront d’indiquer la tendance dans les mois à venir. Après avoir mené une politique volontairement restrictive, en réduisant la taille de son bilan et en augmentant ses taux directeurs tant que la croissance américaine et les marchés financiers restaient soutenus, la Fed devra prendre en compte la forte détérioration des conditions de liquidité sur les marchés qu’elle a elle-même créée.

Elle (la Fed) devrait se montrer beaucoup moins agressive, en ne remontant que ponctuellement ses taux une à deux fois au maximum.

Bertrand Schmeler, senior vice president de CBP Quilvest

Selon nos attentes, elle devrait se montrer beaucoup moins agressive, en ne remontant que ponctuellement ses taux une à deux fois au maximum (en fonction des conditions de marchés): ce qui pourrait marquer la fin du mouvement de hausse du dollar (USD) et offrir dans le même temps des opportunités sur les marchés émergents, notamment en Asie. Ces derniers, en baissant de 30% par rapport à leurs plus hauts, ont en effet déjà largement intégré un ralentissement économique mondial, les tensions commerciales et les conditions de liquidité moins favorables. Leur potentiel de croissance à moyen terme reste toutefois attractif, notamment en comparaison avec celui des pays développés.

Selon nos prévisions, les risques d’une récession mondiale restent très éloignés sur les prochains 12 à 18 mois. Même si les incertitudes géopolitiques et sociales demeurent, les fondamentaux économiques sont solides, au premier rang desquels la confiance des consommateurs et les résultats des entreprises. Le ralentissement économique observable en 2019 ne devrait être que de faible ampleur. Pour y faire face, les gouvernements mondiaux s’emploieront à mener des politiques incitatives, même si les marges de manœuvre au niveau de l’endettement et des déficits sont faibles.

La Chine semble avoir un rôle moteur à jouer au niveau de la croissance mondiale en 2019.

Bertrand Schmeler, senior vice president de CBP Quilvest

Après 2 ans de politique restrictive, la Chine semble avoir un rôle moteur à jouer au niveau de la croissance mondiale en 2019, elle devrait être capable de mettre en place des politiques de relance de grande ampleur. Certes, l’issue des discussions au niveau des échanges commerciaux avec les États-Unis reste floue à ce stade (on comprend qu’elles incluent des enjeux majeurs sur le leadership technologique mondial et la sécurité informatique, notamment), toutefois, un compromis pourrait être trouvé, permettant aux deux parties de sauver la face.

Toute amélioration en ce sens permettrait là aussi aux marchés émergents (notamment la Chine elle-même) et aux pays exportateurs, comme le Japon ou l’Allemagne, de voir leurs marchés financiers rebondir, après avoir intégré des niveaux de valorisation particulièrement bas.

Notre scénario privilégié est celui d’un retracement partiel de la baisse des marchés pour le premier semestre 2019: ce rebond devrait être soutenu par des conditions financières moins restrictives, un ralentissement économique moins grave qu’anticipé fin 2018, un dollar stable, voire légèrement baissier, des valorisations boursières ayant fortement corrigé, alors que les résultats des entreprises restent en croissance.

Les oracles interrogés abondent de discours pessimistes et les investisseurs semblent être positionnés dans ce sens.

Bertrand Schmeler, senior vice president de CBP Quilvest

Au-delà de ce rebond «technique», la visibilité quant à une reprise plus durable reste floue. Elle nécessiterait une amélioration des nombreuses incertitudes géopolitiques (conflit commercial US-Chine, Brexit, élections en Italie…) et surtout la confirmation que les banques centrales assureront une transition en douceur, au niveau du régime de liquidité des marchés.

Comme à leur habitude, les commentaires de marchés sont fortement biaisés par les événements récents, à l’heure où les investisseurs sont encore occupés à panser leurs plaies. Les oracles interrogés abondent de discours pessimistes et les investisseurs semblent être positionnés dans ce sens. Et si la véritable surprise de 2019 était le retour de l’optimisme?

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Olivier Goemans, head of investment services and innovation, à la Banque Internationale à Luxembourg.

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