«Que le Luxembourg reste un hub en Europe»

07 Novembre 2018 Interviewé par Thierry Raizer
Philippe Meyer, managing partner, KPMG Luxembourg
«Nous n’avons jamais autant recruté de personnes avec un profil technologique», indique Philippe Meyer, le managing partner de KPMG Luxembourg.
(Photo: Marion Dessard / archives)

KPMG célèbre jeudi soir les 30 ans de sa présence au Luxembourg. Son managing partner, Philippe Meyer, revient sur la place des Big Four dans la société, entre apport pour l’économie et méconnaissance.

KPMG a souhaité donner une ambiance dorée à la célébration de ses 30 ans au Luxembourg. Peut-on parler d’un âge d’or pour la firme?

Philippe Meyer. – «Nous faisons de notre mieux pour que l’avenir soit, au moins, aussi positif que ces 30 dernières années. Je le répète souvent, car la réputation des Big Four est parfois questionnée dans certains milieux, mais nous sommes des gens normaux qui avons développé notre entreprise en particulier grâce à la loi de 1984 sur l’audit. Nous avons apporté une contribution significative à l’économie du pays, en aidant les acteurs économiques à être à jour sur les sujets réglementaires importants et à être compétitifs à l’international. Nous voulons continuer à inspirer confiance à nos clients, via notre travail d’audit, et à les soutenir dans leurs efforts de transformation, via les métiers du conseil.

Le succès paraît évident aujourd’hui, mais à quoi est-il dû?

«Notons tout d’abord l’attrait du Luxembourg pour les sociétés internationales qui font appel aux Big Four à l’échelle de leur groupe, ce dont nous bénéficions en local. En revanche, chaque cabinet a su grandir grâce à des spécificités et des initiatives d’entrepreneurs locaux que sont nos associés. Je pense à la forte présence de KPMG dans les banques allemandes, qui constitue un positionnement historique pour nous. Nous retrouvons ce gage de confiance qui a fait notre succès dans notre stratégie encore aujourd’hui.

Quelles sont les lignes directrices de cette stratégie?

«Le monde sera de plus en plus digital. Nous voulons, dans ce contexte, être perçus par nos clients comme un prestataire de confiance dans des solutions technologiques, à l’instar de la confiance que nous pouvons inspirer avec notre métier d’auditeur. Nous voulons toujours être des modèles d’intégrité, peu importe le domaine d’activité ou le service proposé. 

Sur le plan du recrutement, nous n’avons jamais autant recruté de personnes avec un profil technologique. Ce sont des gens qui n’ont pas forcément la même vue qu’un auditeur, ni le même langage, mais je vois dans une firme comme la nôtre la beauté de mettre des gens ensemble et qui sont heureux de partager, de travailler en commun. 

Faire preuve de scepticisme fait partie intégrante de notre métier.

Philippe Meyer, KPMG Luxembourg

Comment évaluez-vous l’environnement réglementaire concernant votre métier?

«Faire preuve de scepticisme fait partie intégrante de notre métier. Cela fait 30 ans que cette qualité nous tient à cœur. Et 30 ans après, nous sommes toujours là. Tous les matins, depuis 28 ans, je sais que je vais travailler avec des gens qui trouvent des solutions au service de sociétés, et par extension, au service de l’économie du pays, en le faisant en toute conscience. La conscience professionnelle, ça existe. En tant que managing partner, je réponds du respect des règles d’intégrité, ce qui me permet de me sentir à l’aise pour travailler avec des valeurs dans cette société.

Les Big Four font partie des principaux ambassadeurs économiques du pays. Quel est l’argument principal qui déclenche l’intérêt pour le pays?

«Tant que le Luxembourg sera vu comme une porte d’entrée en Europe, en comptant sur des gens comme nous qui ont le rôle d’assurer un respect des règles et un cadre humain, réglementaire et technologique adapté, je ne vois pas de raison pour laquelle le succès du pays s’arrêterait. L’agenda politique est dominé par le Brexit, je reste confiant que des solutions intelligentes seront trouvées pour éviter une crise grave. Un ‘hard Brexit’ ne serait pas une solution satisfaisante pour le Grand-Duché. Tout dérèglement majeur de la finance nous impactera d’une manière ou d’une autre. 

La notion de durabilité devient centrale, tant pour nos clients que pour nos collaborateurs.

Philippe Meyer, KPMG Luxembourg

Comment analysez-vous le fait que, malgré tout, subsiste ce rapport délicat avec l’opinion publique?

«Tout ce que je peux vous dire est que, chez nous, nous travaillons avec des gens talentueux qui ont des compétences. Nous avons récemment mis en place un certain nombre d’initiatives issues d’une démarche didactique pour sensibiliser le public à notre métier et au rôle que nos firmes jouent dans l’économie du pays. Nous avons par exemple lancé une calculatrice fiscale à destination des particuliers. Cet outil en ligne permet à quiconque d’évaluer sa charge d’impôts en répondant à un questionnaire. Il y a encore beaucoup d’autres initiatives que nous avons mises en place et il est important que nous restions connectés avec les citoyens et que nous leur expliquions concrètement ce que nous faisons.  

Avec le recul, quelles sont les étapes-clés du développement de KPMG au Luxembourg?

«Je retiens l’unification de toutes nos entités en un seul parternship, ce qui nous a permis, à partir de ce moment-là, d’avoir une seule voix pour KPMG. Nous avons aussi toujours suivi le développement du secteur financier, tout en gardant un ancrage fort dans le secteur industriel. Cela nous permet de disposer des compétences disponibles à tout moment pour toute demande. L’avenir doit nous amener à rester vigilants sur l’anticipation des demandes du marché, sur base d’une croissance régulée de notre firme. La notion de durabilité devient centrale, tant pour nos clients que pour nos collaborateurs qui recherchent une forme d’apprentissage et d’évolution lorsqu’ils viennent travailler chez nous.» 

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