Quand les entrepreneurs français s’interrogent…

21 Avril 2017 Par Jean-Michel Gaudron
élections France
Rarement une élection présidentielle n’aura suscité autant d’interrogations de la part des chefs d’entreprise et épargnants français.
(Photo: Maison Moderne)

L’incertitude qui entoure le scrutin présidentiel en France suscite de nombreuses inquiétudes de la part des chefs d’entreprise et épargnants. Les réflexions vont bon train quant à une éventuelle délocalisation de leurs avoirs, et, qui sait, de leur propre personne…

À quelques heures du premier tour des élections présidentielles en France, la tension monte à tous les étages, alors que la plus grande incertitude plane sur la configuration du second tour et, à plus forte raison, sur le futur locataire de l’Élysée.

Épargnants, entrepreneurs, grandes fortunes: tous s’interrogent beaucoup quant au devenir de leur patrimoine, voire de leur propre avenir. Un récent sondage réalisé par Odoxa-Linxea pour le compte du quotidien économique Les Échos, publié fin mars, indiquait qu’il y avait davantage de Français à anticiper des conséquences négatives pour le rendement de leur épargne, quel que soit le candidat considéré (l’étude se limitait aux cinq «principaux», Fillon, Hamon, Le Pen, Macron et Mélenchon par ordre alphabétique).

«Il est vrai que depuis quelques semaines seulement, nous avons beaucoup de remarques, davantage que des interrogations, émises par les grands chefs d’entreprise en France, surtout si un des candidats extrêmes (Le Pen ou Mélenchon, ndlr) devait passer», constate Serge Krancenblum, CEO Group de SGG. «Pour éviter des ponctions qu’ils jugent comme pouvant être arbitraires, ils étudient la possibilité de placer, de manière tout à fait transparente et légale, leurs actifs à l’étranger. Ils sont aussi inquiets d’une hypothétique sortie de l’Euro. Concrètement, on peut s’attendre à une fuite des capitaux hors de France, mais dans le seul but de protéger son patrimoine.»

Un phénomène également constaté par Marc Mercier, responsable du marché français pour l’activité de private banking à la Bil. «Nous percevons chez nos clients et prospects cette inquiétude. C’est aussi ce que nous disent les intermédiaires avec lesquels nous travaillons étroitement, alors que l'on retrouve parmi les candidats en tête des sondages des partisans d’un Frexit ou d’une sortie de l’euro, rendant ce scénario possible, surtout depuis le Brexit. Ils sont donc en recherche d’alternatives stables permettant de limiter les risques», explique-t-il.  

Certains se renseignent et préparent les choses au cas où…

Timothé Fuchs, CEO de Fuchs Asset Management

Récemment, Pierre Gattaz, le président du Medef, l’organisation patronale de référence en France, avait fait part de ses inquiétudes pour l’avenir de l’économie française et des entreprises, qualifiant plus spécifiquement Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen d’«apprentis sorciers».

Mais la réflexion ne se limite pas à la seule question patrimoniale et entrepreneuriale. Elle va beaucoup plus loin. «Nous sommes face à des demandes sur ce que le Luxembourg peut offrir, en termes de placements, de sécurité, mais également de vie, en termes de délocalisation», confirme Timothé Fuchs, CEO de Fuchs Asset Management. «Je peux vous confirmer que certains se renseignent et préparent les choses au cas où le mauvais candidat devait passer.»

L’assurance-vie dans le viseur

Si certains entrepreneurs français ont déjà ouvertement choisi, ces derniers temps, de quitter la France, la grande majorité, tout de même, est restée. «Mais le résultat des élections pourrait servir de déclencheur», estime M. Krancenblum. «Nous entendons ces réflexions de manière récurrente. Cela ne veut évidemment pas dire qu’ils mettent déjà en place les outils de leur départ, mais les choses pourraient ensuite aller très vite, même si le processus de structuration juridique ne se fait pas en cinq minutes.»

Franchir la frontière pour un Français ne signifie évidemment pas automatiquement atterrir au Grand-Duché, même si le pays ne manque pas d'une certaine attractivité. «Nous avons ici tous les atouts: un cadre réglementaire et fiscale stable, de la transparence, l'appartenance à l’eurozone, le tout avec ses outils performants et du savoir-faire», explique Marc Mercier (Bil).

On peut s’attendre à une fuite des capitaux hors de France.

Serge Krancenblum, CEO Group de SGG

Parmi les produits luxembourgeois «phare», il y a évidemment l’assurance-vie. «C’est un support d’investissement que les Français regardent beaucoup, pour son triangle de sécurité et la possibilité de gérer les portefeuilles de manière sur mesure», explique Timothé Fuchs. Un attrait, lui aussi, un peu menacé par une proposition émanant d’Emmanuel Macron concernant l’instauration d’un prélèvement forfaitaire unique de 30% sur tous les revenus de l’épargne, y compris l’assurance-vie. «Cela aura un impact sur l’attractivité du produit», constatait Marc Hengen, administrateur délégué de l’Association des compagnies d’assurances et de réassurances au Luxembourg, dans l’édition d’avril de Paperjam.

Dimanche soir, sur le coup de 20 heures (peut-être un peu plus tard en cas de scores très serrés), le duel du second tour devrait être dévoilé. Et certaines réflexions alors approfondies. «Je pense qu’il pourrait y avoir une concrétisation de l’intérêt entre le 1er et le 2e tour, et très certainement en fonction du président élu, mais nous ne voyons pas de précipitation à ce stade», tempère M. Fuchs.

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