Quand les architectes partagent leur passion

27 Avril 2017 Par Jean-Michel Gaudron
10x6 Architecture
Les 10 orateurs de ce 10x6 Architecture n'ont pas tari d'éloges pour 10 de leurs confrères et leurs projets.
(Photo: Maison Moderne)

Des architectes qui dévoilent leur coup de cœur pour des réalisations d’autres confrères: le 10x6 de ce mercredi a avant tout célébré la communion d’esprit d’une profession où l’art et la poésie côtoient souvent les mesures et les angles.

C’est un château d’eau en pleine campagne, un bâtiment administratif au cœur de Dudelange, un abattoir reconverti en centre culturel, un ancien atelier mécanique et menuiserie devenu un incubateur... Ce sont autant de coups de cœur pour ces projets architecturaux récemment réalisés, présentés dans le cadre du 10x6 Architecture du Paperjam Club, qui s’est déroulé mercredi au Centre culturel Tramsschapp devant plus de 400 personnes.

Séduits par une forme, un matériau, un concept global, les 10 architectes s’en sont donné à cœur joie pour évoquer les œuvres de 10 autres de leurs confrères, tous animés de la même passion pour ce que Le Corbusier appelait «une tournure d’esprit et non un métier».

«L’architecture, c’est une volonté politique. Il faut avoir une vision, une volonté de le faire, puis on doit mettre en place une structure», a expliqué pour sa part Nico Engel (Beng Architectes Associés), séduit par le travail de Jean-Paul Carvalho, qui a fait d’un ancien site industriel (atelier mécanique et menuiserie), au bord de la friche industrielle et de la ville de Differdange, le hub créatif 1535° (en référence à la température de fusion du métal dans les hauts fourneaux), au sein duquel se mélangent tous les métiers créatifs. «Il constitue vraiment l’âme de ce projet. Non seulement il a conçu le bâtiment, mais il vit dedans et il y a son bureau. Tout le monde peut le côtoyer au quotidien. C’est aussi pour cela que je l’ai choisi. Il a réalisé un bâtiment simple, low cost, mettant en valeur le patrimoine ancien avec le nouveau.»

L’architecture, c’est une volonté politique. Il faut avoir une vision, une volonté de le faire.

Nico Engel (Beng Architectes Associés)

Autre bâtiment industriel revisité et transformé en un tout autre lieu: les abattoirs municipaux d’Esch-sur-Alzette, créés à la fin du 19e siècle et fermés en 1979. Sous l’impulsion d’une asbl culturelle autogérée, occupant les lieux à partir de 1982, le site est devenu la Kulturfabrik, que l’on connaît aujourd’hui, après être passé entre les mains des architectes Christian Bauer et Jim Clemes (dont le père fut lui-même… boucher). Une réalisation qui fait briller les yeux de Philippe Nathan (2001 Architecture). «Les bâtiments étaient en mauvais état, le cahier des charges considérable, la maîtrise d’ouvrage complexe et le budget limité. Le travail des architectes s’est limité à des interventions stratégiques qui ont respecté la trame des lieux. Ils ont créé des liens entre les personnes, les usages et les fonctions. Au final, on est en présence d’une architecture vieille de 20 ans, dans un bâtiment vieux de 130 ans, mais qui n’a aucune ride.»

Ils ont créé des liens entre les personnes, les usages et les fonctions.

Philippe Nathan (2001 Architecture)

Pas de ride non plus autour de l’église de Hesperange, où Bruck + Weckerle Architekten a réalisé la rénovation de la sacristie. Un projet qui a séduit Alain Linster, le président du Lëtzebuerger Architektur Musee. «La lumière entre de l’extérieur, discrètement, sans gêner à l’intérieur. Cet intérieur nous montre une autre forme d’attraction par les détails et les matériaux utilisés.»

Une autre forme d’attraction par les détails et les matériaux utilisés.

Alain Linster (Lëtzebuerger Architektur Musee)

Partir d’une feuille blanche est aussi un défi que les architectes ont souvent à relever. Et quand libre cours est laissé à l’imagination, cela peut donner des résultats remarquables. Ceux qui passent au large du Rehbierg et peuvent admirer le dôme couleur aluminium du château d’eau de Garnich, presque un ovni imaginé par Georges Reuter Architectes, ne diront pas le contraire. Diane Heirend (Diane Heirend Architecture & Urbanisme), non plus, elle qui a envoûté l’auditoire (elle a été désignée par les spectateurs comme étant la «meilleure oratrice» de la soirée) par une visite guidée, bercée par le ronronnement de la chambre des vannes. «Cette forme vous coupe le souffle dans le paysage. Imaginez que vous visitez cette architecture aux premiers jours de printemps, où le soleil offre un peu de chaleur. Il y a comme une promesse de découverte.»

Cette forme vous coupe le souffle dans le paysage.

Diane Heirend (Diane Heirend Architecture & Urbanisme)

C’est aussi à partir de rien (si ce n’est un plan urbanistique) qu’a été conçue par Kaell Architecte la résidence étudiante à Belval-Nord, coup de cœur présenté par Michel Petit (Michel Petit architecte). «Le projet a cherché avant tout à plaire, convaincre et séduire. La simplicité, la justesse et l’authenticité des matériaux et des proportions sous-tendent le projet dans toute son étendue.»

Le projet a cherché avant tout à plaire, convaincre et séduire.

Michel Petit (Michel Petit architecte)

Urbanisme encore avec le développement de la cité Am Wénkel à Bertrange, imaginée par les architectes urbanistes Dewey Muller et qui a séduit Stéphanie Laruade (Laruade Architecte). «Le quartier est plein de vie, tourné vers l’extérieur, vers des espaces publics et semi-publics organisés selon un maillage très fin et hiérarchisé de manière presque intuitive. J’aime particulièrement les venelles, ces petits sentiers qui quadrillent le quartier en parallèle des rues. Lorsqu’on les emprunte, on sent la vie derrière les feuillages, dans les terrasses, les jardins. C’est comme traverser l’intimité du quartier sans jamais se sentir intrusif, grâce à des filtres comme des haies, des murets, des arbres à fleurs, qui garantissent l’espace de chacun. Il y a peu d’exemples au Luxembourg de ce type de quartier qui forme avec une telle densité ce niveau d’équilibre entre espace public et privé. Cela a été rendu possible à la fois par l’ingéniosité des règles mises en place par le concepteur et le courage du promoteur qui a osé les suivre.»

Il y a peu d’exemples de ce type de quartier qui forme avec une telle densité ce niveau d’équilibre entre espace public et privé.

Stéphanie Laruade (Laruade Architecte)

L’ingéniosité, c’est aussi un qualificatif (parmi d’autres) qui caractérise l’un des architectes luxembourgeois les plus internationaux, François Valentiny, «un architecte passionné qui aime l’eau, la lumière, les paysages; qui s’intéresse à la matière et aux traces que laisse le temps sur ces matériaux, avec un œil sensible pour les enduits typiquement mosellans», comme l’a décrit Tatiana Fabeck (Fabeck Architectes). Elle s’est attardée sur la Fondation Valentiny à Schengen (dont elle est la présidente): «Un bâtiment en bois qui dégage beaucoup de positivisme. Il vous sourit… une bouche qui vous dit ‘welcome’ et qui vous accueille. Avec une façade qui donne l’impression d’une ouverture sur le monde, un vaisseau, un navire serein au pied des vignes. Un bâtiment qui travaille avec la lumière, le contraste, le reflet de l’eau.»

Un bâtiment en bois qui dégage beaucoup de positivisme.

Tatiana Fabeck (Fabeck Architectes)

Admiratrice dans le cas présent, Tatiana Fabeck peut aussi être admirée pour son travail. C’est ainsi que Stéphane Gutfrind (Atelier d’architecture du Centre) a offert à la salle un voyage dans le temps aux confins des rives du Nil, jusqu’au temple de la reine-pharaonne Hatchepsout, qui a servi d’inspiration à Mme Fabeck pour la réalisation du bâtiment administratif Haron à Munsbach, sur un terrain dont le dénivelé s’est révélé finalement être un atout. «Le tracé d’un bâtiment en pierre suppose une capacité d’anticipation sur la question des interfaces de la conception. La maîtrise des interfaces est essentielle pour satisfaire la performance du projet. Cela suppose un mode de pensée de l’architecte capable de faire la synthèse d’exigences tellement nombreuses. Croisant la géométrie, l’art de la répétition, l’art d’emphase, mêlés au choix de la nuance plutôt que celui de la brutalité.»

Le tracé d’un bâtiment en pierre suppose une capacité d’anticipation sur la question des interfaces de la conception.

Stéphane Gutfrind (Atelier d’architecture du Centre)

Guittou Muller (G+P Muller Architectes) a, pour sa part, été subjugué par les deux maisons jumelées réalisées par le bureau d’architecture WeB à Grevenmacher, pour leur propre usage. «Deux maisons qui sortent de l’ordinaire par leur géométrie, les matériaux choisis: du zinc clair patiné et le zinc anthracite et de grandes baies vitrées. Bref, par leur expression architecturale. En entrant dans ces bureaux, le choix des matériaux attire toute l’attention des visiteurs: béton brut, bois massif, de grandes baies vitrées et un mobilier et aménagement de couleur blanche…»

Deux maisons qui sortent de l’ordinaire par leur expression architecturale.

Guittou Muller (G+P Muller Architectes)

Quant à Patrick Wirtz (Schemmel & Wirtz), il s’est attardé sur le travail de Paul Bretz et de sa réalisation du Centre national de l’audiovisuel à Dudelange. «Paul Bretz est un esthète érudit qui, en tant que bénédictin, analyse méticuleusement tous les besoins et les contraintes d’un projet avant de répondre quasi en scientifique, avec des formules mathématiques, faites de dialectique, entre pleins et vides, volumes et lumières. La linéarité, la répétition et la déclinaison presque sérielle de modules n’est pas sans rappeler le travail de cet architecte, qui est d’ailleurs aussi également interprète de musique.»

Paul Bretz est un esthète érudit.

Patrick Wirtz (Schemmel & Wirtz)

La rédaction a choisi pour vous

27 Avril 2017

Le Paperjam Club a organisé le 10x6 Architecture: quand les architectes parlent des architectes au Centre Culturel Tramsschapp. Devant plus de 400 personnes, les orateurs ont ainsi pu expliquer le regard qu'ils portent sur des bâtiments luxembourgeois, et dont ils ne sont pas les auteurs.  Cet événement a été organisé avec le soutien de CDCL, Tecnibo et Codex, Enovos, Protection Feu Pro et Sipel. (Photos: Jessica Theis)

Appartements à Strassen

16 Octobre 2017

À partir des annonces présentes sur son site, atHome.lu observe que le marché immobilier pointe toujours à la hausse. Pour un appartement neuf, il faut ainsi compter 6% de plus qu’en septembre 2016.