«Pourquoi ne pas discuter de policiers non luxembourgeois?»

12 Décembre 2018 Interviewé par Jean-Michel Hennebert
Désormais ministre de la Défense et de la Sécurité intérieure, François Bausch place la priorité, pour ces ministères, sur la nécessité de recruter de nouveaux personnels.
(Photo: Matic Zorman)

Pour la première fois au Luxembourg, un ministre Déi Gréng est en charge des ministères de la Défense et de la Sécurité intérieure. Une mission confiée à François Bausch, qui ambitionne de s’attaquer au problème du recrutement dans l’armée et la police.

En plus de la Mobilité, vous êtes désormais ministre de la Défense et de la Sécurité publique. Pourquoi cette association? Pour démontrer que Déi Gréng n’est pas cantonné qu’à certains sujets?

François Bausch. – «Notre parti a gagné 5% de voix par rapport aux dernières élections et trois sièges à la Chambre, et nous avions l’ambition d’être représentés de manière équilibrée au sein du gouvernement, d’où ce rééquilibrage. Nous avons effectivement des ministères classiques, comme l’Énergie, mais aussi celui de la Culture, que nous avons revendiqué avant qu’on nous propose ces deux ministères, qui sont des ministères importants. La Défense constitue un ministère très différent de ce que j’ai pu faire jusqu’à présent, alors que la Sécurité intérieure rejoint certains aspects sur lesquels j’ai travaillé, comme la Sécurité routière. Un domaine pour lequel j’ai fait les règles du Code de la route, par exemple. Désormais, je suis responsable de leur application.

Cette nouvelle donne explique-t-elle l’enchevêtrement des ministères entre élus Déi Gréng?

«Nous avons effectivement dû nous réorganiser. Sans oublier que nous avons accueilli Sam Tanson dans l’équipe gouvernementale, qui était prédestinée au ministère de la Culture, et qui a accepté de relever le défi du ministère du Logement. Avec toujours cette idée que Déi Gréng ne peut pas se limiter à quelques thèmes. Personne, avant les élections, n’aurait imaginé que Déi Gréng puisse prendre ces ministères, mais nous allons démontrer que nous en sommes capables. Comme cela a été le cas en 2013, avec le ministère de la Justice.

Sur les 17 ministres de la coalition DP-LSAP-Déi Gréng, cinq sont issus du parti qui a recueilli 15,12% des suffrages au soir du 14 octobre 2018. (Photo: Maison Moderne)Félix Braz, vice-Premier ministre et ministre de la Justice (Photo: Maison Moderne)François Bausch, ministre de la Mobilité et des Travaux publics, ministre de la Défense et ministre de la Sécurité intérieure (Photo: Maison Moderne)Claude Turmes, ministre de l'Aménagement du territoire et ministre de l'Énergie (Photo: Maison Moderne)Carole Dieschbourg, ministre de l’Environnement, du Climat et du Développement durable (Photo: Maison Moderne)Sam Tanson, ministre de la Culture, ministre du Logement (Photo: Maison Moderne)

Étienne Schneider, votre prédécesseur à la Défense et Sécurité intérieure, a avoué ne pas connaître grand-chose à la Santé, son nouveau ressort. Est-ce la même chose pour vous?

«Je me suis toujours intéressé à la politique internationale, même si, au cours des 10 dernières années, ces questions n’étaient pas ma priorité. Je vais pouvoir désormais me remettre dans le bain.

Vous aurez probablement l’occasion de parler avec Donald Trump, qui entend que les pays européens paient plus dans le cadre de l’Otan. L’accord de coalition n’évoque pourtant plus des dépenses à hauteur de 2% du PIB...

«Je serai dans la continuité de ce qu’Étienne Schneider a fait. Nous avons toujours dit que le Luxembourg n’ira pas à 2%, car ce chiffre doit être regardé dans la proportionnalité de la taille des pays. Pour le Luxembourg, cela ne fait aucun sens d’atteindre ce chiffre. Nous avons en revanche promis que nous allions relever le niveau de dépenses de la Défense par des petits pas jusqu’en 2025, mais nous resterons toujours très loin des 2%.

L’hôpital militaire prendra probablement place dans le nouvel hôpital d’Esch.

François Bausch, ministre de la Défense

Allez-vous suivre les pas de votre prédécesseur en tentant au maximum d’intégrer la Défense dans l’économie locale?

«Oui, car nous souhaitons faire des efforts qui seront exploitables des deux côtés. Donc, des efforts militaires et humanitaires, mais aussi des projets en cohérence avec notre économie. Vu que le pays se développe dans le secteur ICT, nous allons développer les aspects liés à la cybersécurité ou aux risques liés à ce monde numérique. Donc, des projets liés à la prévention ou la reconnaissance qui pourraient amener à des synergies avec notre économie. Tout en gardant en tête que nous sommes un petit pays qui ne veut pas dépenser énormément dans ces domaines.

La mise en place d’un hôpital militaire avait été évoquée. Ce projet est-il toujours en cours?

«Il l’est toujours. C’est un projet intéressant, car il ne sous-entend pas que nous prévoyons un conflit d’importance qui nécessite de soigner des soldats, mais nous le voyons plutôt comme un lieu pour accueillir des personnes issues de zones en crise. Pour moi, c’est l’un des projets à visée humanitaire que nous pourrions développer. Selon les propositions du dernier gouvernement, il prendra probablement place dans le nouvel hôpital d’Esch-sur-Alzette, car c’est lui qui dispose de la proposition la plus intéressante.

Faire une véritable promotion du métier de policier.

François Bausch, ministre de la Sécurité intérieure

Et qu’en est-il des priorités pour la Sécurité intérieure?

«La grande réforme de la police a été faite par mon prédécesseur. Il est désormais temps de la mettre en place et de veiller à régler les éventuels couacs. J’ai non seulement prévu des entrevues avec les six principaux syndicats en janvier, mais aussi d’aller sur le terrain pour me faire une idée par moi-même de la réalité, car je tiens à avoir une image complète des problèmes. La grande problématique qu’il faudra résoudre tient dans le recrutement, car il faut se donner d’autres moyens.

Ce n’est pas au niveau des carrières que nous allons changer les choses. Les changements doivent notamment se faire sur la manière dont la profession est présentée auprès du grand public. Et donc, faire des campagnes plus modernes pour attirer de nouvelles recrues, mon but premier étant de combler le manque de personnel qui existe dans la police. Le problème tient au fait que nous ne trouvons pas de gens sur le terrain. C’est la même chose au niveau de l’armée.

Quels sont les axes que vous souhaitez mettre en place pour atteindre cet objectif?

«Il faut voir toutes les pistes qui existent, mais axer principalement la réflexion autour de la manière dont est présentée la police. Faire une véritable promotion de ces métiers, encore une fois via des campagnes de publicité, une approche au niveau des écoles ou des discussions en interne.

Seriez-vous favorable à un élargissement aux non-Luxembourgeois pour combler ce déficit?

«Pourquoi ne pas en discuter, sachant que cela ne signifie pas nécessairement que nous allons le faire... Mais pourquoi ne pas réfléchir à une option pour les ressortissants de l’Union européenne qui auraient par exemple des conditions de résidence d’au moins cinq ans, et qui ont des connaissances du luxembourgeois? Car je ne vois pas un policier sur le terrain ne parlant pas la langue nationale. Certains métiers au Luxembourg nécessitent la maîtrise du luxembourgeois, sans compromis possible, sinon, cela ne peut pas fonctionner.»

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