Plus de protection pour les whistleblowers?

23 Novembre 2017 Interviewé par François Aulner
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Alors que Georges Bach souhaite «protéger les lanceurs d’alerte qui agissent dans l’intérêt public», Fränk Engel dénonce le «risque» que le statut de lanceur d’alerte soit instrumentalisé par des adversaires politiques ou économiques.
(Photo: Licence C. C.)
Les lanceurs d’alerte étant exposés à de fortes pressions et risques, le député européen, Georges Bach s’exprimait en faveur d’une meilleure protection de ces derniers. Son collègue du CSV, l’eurodéputé, Fränk Engel est contre.

Pour: Georges Bach, député européen (CSV-PPE)

Le 24 octobre, Georges Bach votait en faveur de la résolution du Parlement européen sur des «mesures légitimes pour protéger les lanceurs d’alerte qui agissent dans l’intérêt public». L’eurodéputé du CSV estime que trop souvent des employés renoncent à dénoncer des faits ou des situations qui relèvent de l’intérêt public, par crainte de représailles.

Georges Bach rappelle notamment l’affaire Luxleaks et le sort d’Antoine Deltour, l’ancien employé de Price Waterhouse Coopers, condamné par la justice pour avoir volé, puis transmis des données à des journalistes. Or, selon l’eurodéputé, dans certains cas, alerter la presse est indispensable, étant donné que «n’importe qui, qui a travaillé dans une entreprise, sait qu’alerter la hiérarchie n’aboutit que rarement à un changement».

Surmonter la crainte de représailles

Georges Bach, député européen (CSV-PPE)

Tandis qu’il reconnait que «c’est un débat sensible», car «évidemment les patrons peuvent s’inquiéter que quelqu’un divulgue des informations sensibles», il estime que si une source n’est pas protégée, elle n’osera pas révéler de méfaits.

Or, même dans ces entreprises qui disposent d’une structure d’écoute neutre, un employé doit toujours surmonter une certaine inhibition. Georges Bach évoque la dizaine de cas de harcèlement dénoncés au Parlement européen. Un nombre bien inférieur au nombre réel. Preuve, selon lui, que lanceurs d’alerte, essentiels pour assurer le bon fonctionnement des institutions, des entreprises et de la démocratie en général, doivent être mieux protégés.

Contre: Fränk Engel, député européen (CSV-PPE)

Fränk Engel a voté contre la résolution du Parlement européen sur la protection des lanceurs d’alerte, car selon lui, la résolution «dépasse de loin l’objectif». «Je suis le premier à dire qu’il faut protéger une personne qui dénonce un délit», assure l’eurodéputé du CSV, qui évoque Daphne Caruana Galizia, la journaliste maltaise qui fût assassinée alors qu’elle avait demandé la protection de la Police.

«En revanche, je suis tout aussi rigoureusement opposé à la protection de personnages qui définissent eux-mêmes ce qu’est l’intérêt public», poursuit Fränk Engel, qui se demande comment un individu peut avoir la prétention de pouvoir juger à lui seul ce qui est dans l’intérêt public.

Ne pas professionnaliser la dénonciation

Fränk Engel, Eurodéputé (CSV-PPE)

En effet, il s’interroge sur le motif que peuvent avoir des employés pour vouloir dénoncer leur patron. Selon lui, la dénonciation peut servir d’«arme», utilisée par un employé mécontent contre sa hiérarchie. Il l’aurait lui-même constaté que des personnes innocentes pouvaient être accusées de harcèlement sexuel.

D’autre part, il estime qu’il y a un «risque» que le statut de lanceur d’alerte soit instrumentalisé par des adversaires politiques ou économiques. «On partait de l’intention de dénoncer des faits illégaux, mais nous sommes en train de créer un système de dénonciation, juge l’eurodéputé. Nous avons fini par professionnaliser le lanceur d’alerte».

Fränk Engel estime par ailleurs que certaines informations, définies comme «confidentielles» par la loi, ne devraient pas être publiées, «même si certains se lécheraient les babines s’ils les avaient».

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