Place à la culture de la sécurité sur les chantiers

11 Juillet 2018 Par Audrey Somnard
Le ministre du travail Nicolas Schmit et le directeur de l'ITM Marco Boly ont visité le chantier de Costantini à Bertrange mardi.
Le ministre du Travail Nicolas Schmit et le directeur de l’ITM Marco Boly ont visité le chantier de Costantini à Bertrange mardi.
(Photo: IFSB)

Le secteur du bâtiment est le plus touché par les accidents du travail, et en particulier les accidents mortels. La Semaine de la santé et de la sécurité au travail met l’accent sur les bonnes pratiques avec des visites de chantiers d’entreprises «bonnes élèves».

Pendant une semaine, l’accent sur la santé et la sécurité au travail sera mis, en particulier sur les chantiers de construction.

Mardi, le ministre du Travail Nicolas Schmit et le directeur de l’Inspection du travail et des mines (ITM), Marco Boly, se sont rendus à Bertrange sur le chantier d’immeubles de l’entreprise Costantini, route de Longwy.

Le secteur du bâtiment est particulièrement touché par les accidents mortels: sept en 2017, et déjà cinq pour le premier semestre 2018. La première cause est la chute en hauteur.

«Cette période est d’autant plus critique que les équipes veulent se dépêcher de finir avant les congés collectifs, d’où une prise de risque accrue», estime Marco Boly, directeur de l’ITM.

Un euro investi dans la sécurité, c’est au moins 1,5 euro de retour sur investissement.

Sullivan Thomas, chef de service QHSE chez Costantini

Sur le chantier de l’entreprise Costantini visité mardi, on veille à la sécurité des ouvriers.

Garde-fous pour éviter les chutes, grilles en métal pour bloquer les cages d’ascenseur encore vides, la société a investi dans du matériel de sécurité: «C’est difficile quand on dépend de matériel de location», explique Hélène Bourgeron, responsable QHSE chez Costantini, «ce qui est le cas pour beaucoup d’entreprises du bâtiment qui sont plus petites. Nous avons donc investi dans ce matériel qui va se réutiliser de chantier en chantier».

Avec une triple certification de sécurité, Costantini met l’accent sur la sécurité: «Cela représente près de 10.000 euros par an pour l’entreprise», prévient Sullivan Thomas, chef de service QHSE chez Costantini, «ce qui complique les choses quand nous avons parfois en face des travailleurs détachés qui ne font pas tous ces efforts. Mais c’est prouvé qu’un euro investi dans la sécurité, c’est au moins 1,5 euro de retour sur investissement.»

Au total, l’entreprise investit 2 millions d’euros par an pour le matériel, dont 200.000 euros uniquement pour le matériel dédié à la sécurité. Pour Bertrange, cela représente par exemple 1% du coût du chantier, «déjà que les marges ne sont pas grosses...», soupire un représentant du secteur.

Du matériel de sécurité est réutilisé d’un chantier à l’autre

Pourtant, ce matériel de sécurité est réutilisé d’un chantier à l’autre, comme les grilles qui bouchent les cages d’ascenseur. Habituellement, on y place des plaques de bois, qu’on jette par la suite.

Mettre ces plaques de bois à la benne a un coût, d’autant que sur certains chantiers, les ouvriers déplacent ces plaques de bois pour faire passer du matériel à travers la cage d’ascenseur. La pose de grilles en métal prévient ces prises de risque.

La concurrence déloyale inquiète également Nicolas Schmit, ministre du Travail: «Mon homologue suédoise m’a dit qu’il y avait un double nombre de morts parmi les travailleurs détachés, principalement issus des pays baltes, comparé aux ouvriers résidents.»

Il faut dire que sur 120.000 travailleurs détachés qui sont venus au Luxembourg l’an passé, même pour un passage de 24 à 48h, la moitié travaille dans le secteur de la construction.

Un secteur accidentogène

Autant de risques accrus d’accidents dans un secteur en plein boom où les chantiers se multiplient.

Si l’année 2018 est mal partie côté accidents mortels, Patrick Nemry, chef du département Sécurité à l’Institut de formation sectoriel du bâtiment (IFSB), est plutôt optimiste: «Nous allons dans le bon sens. 20% du temps de formation est consacré à la sécurité, c’est un volet qui prend de l’importance dans un secteur accidentogène. La culture de la sécurité est un combat permanent.»

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