«Notre site va devenir une sorte de parc industriel»

22 Janvier 2017 Interviewé par Jonas Mercier
La fusion avec Dow va engendrer la création de trois compagnies distinctes, dont deux se trouveront sur le site luxembourgeois de DuPont de Nemours.
La fusion avec Dow va engendrer la création de trois compagnies distinctes, dont deux se trouveront sur le site luxembourgeois de DuPont de Nemours.
(Photo: Maison Moderne)

Paul Meyers, le nouveau directeur de DuPont Luxembourg, revient sur la fusion avec Dow et ses conséquences sur le site luxembourgeois. Mais il reste muet sur la création de la nouvelle ligne de production annoncée cet été, expliquant simplement qu’elle ne devrait pas voir le jour avant plusieurs années.

Monsieur Meyers, de retour au pays après avoir passé 13 ans à l’étranger, comment trouvez-vous l’industrie luxembourgeoise?

«Elle a pas mal changé et s’est ouverte sur la logistique et les services. Au Luxembourg, on a affaire à des coûts salariaux très élevés, il faut donc avoir une très grande valeur ajoutée pour survivre. Cela passe par l’automatisation et la robotisation. Mais la véritable valeur ajoutée vient du know-how de notre personnel. Je pense qu’il faut trouver le bon équilibre entre l’automatisation et la compétence des salariés.

Comment s’organise la R&D au sein du groupe DuPont?

«Au niveau mondial, DuPont s’oriente de plus en plus vers les biosciences, la food science et l’agriculture, et un peu moins dans la direction des plastiques et de l’industrie chimique traditionnelle. Sur le site luxembourgeois, nous ne pratiquons pas de recherche fondamentale. Nous recherchons plutôt de nouvelles applications et de nouveaux marchés aux produits que nous fabriquons ici. Une quarantaine d’ingénieurs s’occupe de cette partie sur notre site.

Comme beaucoup d’industriels présents au Luxembourg, prévoyez-vous d’augmenter la part de la R&D sur votre site?

«Pour l’instant, nous n’avons pas l’intention d’embaucher de nouveaux ingénieurs pour nos activités de recherche, mais simplement de maintenir l’équipe existante tout en nous assurant d’avoir les compétences nécessaires pour développer de nouveaux produits. Le site luxembourgeois n’est, en soit, pas prévu pour être un endroit majeur de recherche du groupe.

Justement, pouvez-vous nous retracer l’histoire de DuPont au Luxembourg? 

«DuPont est arrivé en 1962 et a produit ses premiers films polyester Mylar en 1965. Puis, on a fait du Hytrel, un thermoplastique, du Typar, un géotextile, et bien sûr le Tyvek, qui est utilisé pour les uniformes protecteurs. Notre site fait à peu près 50 hectares, mais la surface totale de notre propriété est de 104 hectares, dont une bonne partie est composée d’une forêt qui est ouverte au public.

La nouvelle ligne de production sera très intensive, à la fois en travail et en compétences.

Paul Meyers, managing director, DuPont de Nemours Luxembourg

En juillet, le ministre de l’Économie annonçait que DuPont avait choisi le Luxembourg pour ouvrir une nouvelle ligne de production. Où en est-on?

«Je ne peux pas donner plus d’informations sur ce sujet. En fait, rien d’officiel n’a été annoncé. Nous travaillons sur le projet et ça avance. Je ne peux pas vous donner une date précise, mais pour obtenir les permis de construction, concevoir l’usine, la construire, commander les équipements…  ce sera une question de plusieurs années.

Pour quel investissement et combien d’embauches?

«Nous ne pouvons rien dire.

Pouvez-vous juste nous expliquer pourquoi avoir choisi d’investir dans la production au Luxembourg alors que le coût de la main-d’œuvre est l’un des plus élevés d’Europe?

«Je pense qu’il y a deux raisons principales. La première, c’est que l’on trouve au Luxembourg des ingénieurs et des techniciens très compétents. La seconde est le fait que nous voulons profiter des synergies possibles. Enfin, le gouvernement supporte beaucoup les investissements.

Cette nouvelle ligne de production sera-t-elle très automatisée?

«Elle sera très intensive, à la fois en travail et en compétences. Nous aurons besoin d’ingénieurs et de travailleurs techniquement qualifiés.

Nous travaillons actuellement sur cette séparation du site

Paul Meyers, managing director, DuPont de Nemours Luxembourg

DuPont et Dow ont annoncé en décembre 2015 leur intention de fusionner. La nouvelle entreprise deviendrait le numéro deux mondial du secteur de l’agrochimie, derrière l’allemand BASF. Quel changement stratégique cela sous-entend?

«En fait, la fusion de DuPont et Dow prévoit de diviser le nouveau groupe en trois sociétés indépendantes. L’une va se spécialiser dans l’agriculture, une autre dans les ‘materials performances’ et une dernière dans les ‘specialty products’. Le but est que chacune de ces entités se concentre sur des marchés beaucoup plus spécifiques.

Quels seront les effets pour le site luxembourgeois?

«Deux de ces compagnies vont se retrouver ici. Le site va devenir une sorte de parc industriel. L’une s’occupera des ‘materials performances’, donc du Tyvek et du Typar, et l’autre des ‘specialty products’, donc du Hytrel et du Mylar. La partie agriculture ne sera pas représentée ici. Nous travaillons actuellement sur cette séparation du site.

La nouvelle ligne de production du Tyvek s’inscrit-elle donc dans cette optique?

«La décision d’investir est indépendante de la fusion avec Dow. Mais les deux auront bien sûr un grand impact sur notre site dans les années à venir.

DuPont Luxembourg parlait d’attirer d’autres sociétés sur votre site pour mieux profiter de votre foncier. Qu’en est-il?

«Ce dossier n’avance pas trop vite à cause de tous les autres changements, mais le projet est encore d’actualité. Nous comptons construire sur une partie du parking et de la forêt qui nous entourent. On va certainement soumettre un plan en fin d’année, début d’année prochaine. Mais ce n’est pas notre priorité actuellement.»

La rédaction a choisi pour vous