Molitor face aux multiples défis du milieu juridique

10 Février 2018 Par Camille Frati
Michel Molitor
Michel Molitor: «C’est un mode de travail (le télétravail) qui a tendance à se développer et le fera encore plus dans le futur, d’autant qu’au Luxembourg il se combine avec la problématique du transport.»
(Photo: Anna Katina)

Fondé en 1996, le cabinet d’avocats s’adapte à l’évolution du paysage juridique et de son contenu.

La multiplication des contraintes réglementaires ne touche pas que les banques ou les compagnies d’assurances. Des médecins aux avocats, le milieu libéral est en ébullition depuis plusieurs mois sous l’effet de la réforme fiscale de 2017 qui lui impose une comptabilité en partie double, à l’instar de ce que pratiquent déjà les entreprises et les commerçants, dès lors que le revenu professionnel du cabinet dépasse 100.000 euros. Un changement de donne qui a conduit le cabinet Molitor – Avocats à la Cour, comptant aujourd’hui 42 collaborateurs, à abandonner sa structure historique d’association de fait pour se constituer en société.

«À l’origine, je voulais fonder un cabinet commercial, tourné vers les entreprises, avec un volet local et une composante internationale pour profiter de mon expérience à l’étranger», se souvient Michel Molitor. Entre contentieux en droit du travail et contentieux international, le cabinet a grandi. «Nous nous définissons aujourd’hui comme étant parmi les plus petits des grands ou les plus grands des petits», sourit l’avocat.

Une position à défendre dans le paysage luxembourgeois. «Nous nous positionnons sur les franges où nous sommes à même de faire jouer nos compétences, comme le droit social, le contentieux des affaires ou le droit des sociétés et des transactions. Nous n’avons bien sûr pas les ressources pour concurrencer les grands cabinets sur un méga-accord de fusion, nécessitant par exemple de très larges équipes.» Une niche porteuse puisque les grands cabinets anglo-saxons ciblent plutôt les fonds ou les opérations sur les marchés financiers.

La digitalisation percute le droit du travail de plein fouet.

Michel Molitor, Managing & Founding Partner chez Molitor Avocats à la Cour

«La concurrence est un aiguillon qui conduit à se remettre en question», souligne Me Molitor. Côté recrutement, la rémunération «parfois astronomique» des grands cabinets dans certaines branches de droit, comme les fonds d’investissement, crée une concurrence très rude. Toutefois, «il est plus facile d’attirer un avocat en contentieux ou en droit du travail, car souvent son horizon en termes de carrière se bloque dans une grande structure.»

Le paysage juridique a évolué et son contenu également. «La digitalisation percute le droit du travail de plein fouet, confirme Me Molitor. Les nouveaux moyens de communication conduisent le salarié à être en permanence connecté avec son entreprise. Il n’arrive plus à déstresser et finit en burn out. Mais faut-il légiférer sur le droit à la déconnexion comme en France? Je partage l’avis du ministre du Travail sur le fait que nous avons déjà un cadre législatif assez strict sur la flexibilité des heures de travail, la sécurité et la santé au travail. Il faut respecter les lois qui existent. C’est davantage un problème à régler par les ressources humaines qu’un problème législatif ou juridique.»

Casse-tête législatifs

En revanche, la digitalisation soulève un «véritable sujet juridique», selon Me Molitor: le télétravail. «C’est un mode de travail qui a tendance à se développer et le fera encore plus dans le futur, d’autant qu’au Luxembourg il se combine avec la problématique du transport.» Mais c’est au-delà du Grand-Duché qu’il doit être toisé, tant il engendre des difficultés transfrontalières au niveau de la fiscalité ou encore de la sécurité sociale. «Mais nous aurons aussi besoin d’une législation nationale au regard de la sécurité et de la santé au travail: que se passe-t-il par exemple si le salarié en télétravail tombe dans son escalier?»

Sans compter l’aspect social de la vie en entreprise. «Il faut que le lien avec l’entreprise et la collégialité demeurent, c’est pour cela que nous permettons parfois à nos collaborateurs de travailler depuis leur domicile, mais nous tenons à un temps de présence minimum à l’étude.» Reste d’autres solutions comme le co-working ou l’entreprise délocalisée. «Cela peut être une option intéressante pour les Big Four par exemple, dont certains salariés passent de toute façon beaucoup de temps auprès de leurs clients, ou les start-up.»

Le fondateur du cabinet Molitor identifie encore un domaine du droit du travail qui mériterait des précisions législatives: les clauses de non-concurrence inscrites dans certains contrats de travail. «Les juridictions tâtonnent quand il s’agit de clauses plus larges que celles actuellement prévues de manière très limitative par le Code du travail. La tendance est aujourd’hui de dire qu’elles sont valables, mais qu’elles doivent être rémunérées et limitées dans le temps. Un coup de main législatif serait le bienvenu pour compléter le Code du travail.»

L’avocat salue d’ailleurs le toilettage de la loi sur le bail commercial. «C’était une bonne chose de vouloir légiférer alors que le texte datait de 1936, glisse-t-il. Le législateur a essayé de faire la part des choses entre le besoin de protéger le tissu commercial et le salariat du secteur, et la nécessité de préserver une certaine liberté contractuelle. Personne n’est tout à fait content, donc on peut en déduire qu’il s’agit d’un bon compromis. Et les avocats spécialisés ont de beaux jours devant eux avec de nouvelles interprétations à soumettre aux juridictions... ».

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