Misez sur la planète

28 Septembre 2018 Par Jean-Michel Lalieu
Ce qui n’était qu’un épiphénomène il y a 10 ans à peine est en train de grandir rapidement. D’autant plus vite sans doute qu’il est désormais clair qu’un investissement durable peut rapporter autant en termes financiers qu’un investissement classique.
Ce qui n’était qu’un épiphénomène il y a 10 ans à peine est en train de grandir rapidement. D’autant plus vite sans doute qu’il est désormais clair qu’un investissement durable peut rapporter autant en termes financiers qu’un investissement classique.
(Photo: Julien Becker / Archives)

Investir dans des entreprises durables n’est pas pénalisant pour le rendement. Ou comment à la fois tenter d’améliorer le sort de la planète et faire fructifier son épargne.

À quand un indice COP21 sur Euronext? La conférence de Paris sur le réchauffement climatique, en décembre 2015, n’a pas bousculé que l’agenda politique. Dans le monde de la finance aussi, le message d’urgence est passé, avec un accent sur les moyens colossaux nécessaires pour éviter la catastrophe climatique. «L’in­térêt des investisseurs pour les fonds durables, et notamment pour les fonds liés au changement climatique, s’est accéléré de manière impressionnante après la COP21», observent Wim van Hyfte et Vincent Compiegne, respectivement responsable recherche ISR et analyste senior ISR chez Candriam Investors Group à Paris.

Ce qui n’était qu’un épiphénomène il y a 10 ans à peine est en train de grandir rapidement. D’autant plus vite sans doute qu’il est désormais clair qu’un investissement durable peut rapporter autant en termes financiers qu’un investissement classique. «On constate en effet une reconnaissance de plus en plus large du fait que le retour financier est compatible avec un bénéfice environnemental ou social. Oui, il est possible de gagner de l’argent en faisant du bien à la collectivité», constate Anouk Agnes, directrice générale adjointe de l’Alfi. Elle pointe notamment les rendements intéressants obtenus par les investisseurs de la première heure dans la microfinance ou les énergies renouvelables.

Des valeurs plus sûres

Pour expliquer ce rapport durabilité/bénéfices, elle pointe les exigences fixées par les gestionnaires de ces fonds en matières environnementales, sociales et de gouvernance (ESG) qui en font des options plus sûres sur le long terme. Notamment parce qu’ils risquent nettement moins de voir leur valeur s’effondrer en cas de catastrophe environnementale ou de scandale lié au travail des enfants. Un argument que repren­nent à leur compte les responsables du département ISR de Candriam: «Un analyste financier ne regarde pas les ris­ques auxquels une société pourrait être confrontée, alors qu’un analyste ISR prend en compte tous les risques ESG. Cette information additionnelle sur les risques et les opportunités ap­­porte une garantie supplémentaire», insistent Wim van Hyfte et Vincent Compiegne.

«Une autre explication vient du fait qu’il s’agit souvent d’entreprises qui proposent des solutions très innovantes», poursuit Anouk Agnes. Enfin, leur valeur vient aussi du souci croissant des investisseurs de mieux contrôler la destination donnée à leur argent. «Les millennials, la jeune génération, n’acceptent pas de placer leurs revenus n’importe où. Ils recherchent des projets qui apportent des bénéfices sociaux ou environnementaux», note la responsable de l’Alfi. Et ce ne sont d’ailleurs pas les seuls. En février, le fonds souverain norvégien – le plus grand au monde avec plus de 1.000 milliards de dollars – a par exemple demandé aux 9.000 entreprises dans lesquelles il investit de mettre en place des mesures anticorruption efficaces. «De plus en plus d’institutionnels et d’assureurs recherchent aussi des placements durables», confirme Anouk Agnes. Il existe donc un potentiel de plus en plus important pour des firmes qui visent à respecter certaines valeurs.

Directrice générale d’Innpact, société de consultance dédiée à la finance d’impact, Corinne Molitor fait le constat qu’après une période où les études mettaient en exergue les moins bons résultats de la finance durable, aujourd’hui elles en sont déjà à dire qu’elles ne procurent pas un rendement financier moindre qu’un produit classique. «Mais on manque encore de recul historique pour faire des études valables sur une longue période.» Elle note cependant que, de plus en plus, les risques – environnementaux notamment – sont intégrés dans le pricing d’une action, ce qui peut avoir une influence négative. «Après Fukushima, le risque de catastrophe nucléaire a été pris en compte dans la valorisation des producteurs.»

L’UE joue la locomotive

Le mouvement vers les investissements durables, s’il est bien enclenché, doit encore monter en puissance. Au Luxembourg, selon une étude co-éditée fin 2016 par KPMG et l’Alfi, les fonds durables représentaient 500 milliards d’euros d’actifs sous gestion sur un total de plus de 3.700 milliards. Les chiffres de 2017 seront probablement plus élevés. Et la spirale positive ne devrait pas s’essouffler. La Commission européenne a en tout cas mis tout son poids dans la balance en proposant un plan d’action destiné à promouvoir la finance durable. En mai dernier, elle a rendu pu­­bli­ques deux propositions de règlements destinés à mettre en œuvre l’accord de Paris, et donc à promouvoir la finance durable.

Le premier vise la transparence des acteurs financiers, qui seront amenés à publier leur propre politique en matière d’investissement responsable. Le second ambitionne de définir des critères uniformes pour déterminer si une activité économique est durable sur le plan environnemental. À l’avenir, donc, un fonds qui affirme se focaliser sur les énergies renouvelables ne pourra investir que dans des sociétés correspondant bien à la notion de renouvelable définie au niveau européen. «C’est un plan très ambitieux, juge Corinne Molitor. Son but est vraiment d’entraîner un mouvement massif d’argent vers des investissements durables.» Qui deviendraient alors la norme et plus l’exception.

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