«L'Europe doit se doter d'agences spécialisées dans la recherche»

08 Mars 2016 Par Jean-Michel Lalieu
Mariana Mazzucato
Mariana Mazzucato défend le rôle dynamique des États dans le processus d'innovation.
(Photo: BEI)

Les États sont le véritable moteur de l’innovation. En développant cette idée à contre-courant de la pensée largement dominante dans un livre récent, Mariana Mazzucato a fait un tabac. Ce mardi, elle a développé son idée lors d’une conférence à la BEI.

Mariana Mazzucato a connu un succès international avec son récent livre «The entrepreneurial state: debunking public vs. private sector myths». Un essai par lequel elle démontre que, contre toutes attentes, ce sont les États et pas les acteurs privés qui sont les plus grands acteurs de l’innovation.

Invitée ce mardi après-midi par la Banque européenne d’investissement (BEI) pour une conférence sur le rôle des États et des banques publiques d’investissement, le professeur en économie de l’innovation (université du Sussex) a insisté sur la nécessité pour l’Europe de reprendre l’initiative pour détecter et développer les firmes gagnantes de demain.

L'aide de l'armée et de la CIA

«Des firmes comme Google ou Apple n’ont pas vu le jour juste par le fait d’avoir été développées par des entrepreneurs visionnaires, lance-t-elle. Dans leurs premières années, elles ont été poussées dans le dos par des instances liées au gouvernement américain.» Parce que les États sont capables de prendre des risques en recherche fondamentale, là où les entrepreneurs calent sur le risque lié au retour sur investissement.

Pour appuyer l’affirmation, elle explique ainsi que le développement de l’iPhone par Apple n’a été possible qu’avec l’aide de différents centres de recherche publics (dont le Cern), mais aussi de l’armée américaine et de la CIA. Par contre, pointe-t-elle de manière provocante, Steve Jobs n’a jamais admis parler de ces soutiens publics. Des «oublis» qui créent les mythes des grands visionnaires.

Pour Mariana Mazzucato, les États ne sont pas là uniquement pour fixer des règles du jeu entre acteurs privés et panser les plaies quand c’est nécessaire. «Il faut arrêter avec cette dichotomie entre un secteur privé dynamique et un secteur public à la traîne, insiste-t-elle. Aux États-Unis, les gens passent de l’un à l’autre sans hésitation.»

Il faut arrêter cette dichotomie entre un secteur privé dynamique et un secteur public à la traîne.

Mariana Mazzucato, professeur en économie de l'innovation à l'université du Sussex

Se référant souvent au modèle américain, elle plaide pour que l’Europe se donne de nouveaux moyens de relancer l’innovation. «Ce que les États-Unis et la Chine ont fortement développé et dont nous ne disposons pas en Europe, ce sont des agences spécialisées dans des domaines pointus telles que la Nasa pour l’espace.» En Europe, les initiatives – à l’exception du Cern – restent nationales et ont souvent vu leurs moyens réduits depuis la crise.

Reste donc le rôle joué par des banques publiques comme la BEI justement pour soutenir des développements comme ceux qui concernent la «green economy». «Un rôle très important, admet Mariana Mazzucato, mais la BEI doit encore pouvoir prendre plus de risques par rapport aux entreprises potentiellement innovantes.» Notamment dans le cadre du plan Juncker, dont l’économiste estime que l’Europe ne peut pas se passer.

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