«Les risques géopolitiques sont toujours importants»

Jean-Marc Chiaradia
Jean-Marc Chiaradia, head of portfolio management Luxembourg, CapitalatWork Foyer Group.
(Photo: Foyer Group)

L’incertitude sur la présidentielle française levée, le risque de Frexit est écarté et l’élection d’Emmanuel Macron vient de tranquilliser les derniers pessimistes sur les marchés financiers. Les nouvelles sont bonnes, la confiance des investisseurs et des entrepreneurs est au plus haut et l’indicateur de volatilité implicite des options, appelé VIX, vient quant à lui de toucher un plus bas de 24 ans. Ne serait-ce pas le moment de se remémorer l’adage de Warren Buffet: «Be fearful when others are greedy and greedy when others are fearful»?

Après les déceptions du Brexit et de l’élection de Donald Trump, la montée du populisme n’aura pas sévèrement touché l’Europe continentale. Les scénarios d’explosion de la zone euro et l’enrayement du commerce mondial semblent écartés. La croissance mondiale ne montre pas de signe de ralentissement et les publications des entreprises ont majoritairement dépassé les attentes.

Rares sont les moments où le VIX passe en dessous du niveau de 10. Depuis sa création, ce n’est arrivé qu’en décembre 1993 et décembre 2006. Les marchés semblent assez accommodants avec la situation actuelle.

Pourtant, les risques géopolitiques sont toujours importants. Vladimir Poutine continue d’avancer ses pions sur l’échiquier mondial. Les conflits au Moyen-Orient ne montrent aucun signe d’apaisement. En Asie, les provocations nord-coréennes sont prises de plus en plus au sérieux par les Chinois, les Américains et les Sud-Coréens. Donald Trump continue de se faire remarquer. La semaine dernière, il a remercié James Comey, le directeur du FBI, alors que ce dernier menait une enquête sur les liens du président avec la Russie. L’État de droit semble bafoué par cet imbroglio et les investisseurs s’en inquiètent peu.

La dernière cyberattaque, WannaCry, démontre que nous sommes confrontés à de nouvelles formes de criminalité. La vitesse de propagation et l’ampleur internationale sont impressionnantes. À ce titre, les capacités nord-coréennes en termes de cyberattaque se situent juste en dessous des forces russes et chinoises. Pour rappel, le piratage informatique de Sony Pictures aux États-Unis aurait été mené par la Corée du Nord. Aussi, peu matériel que cela puisse sembler être, une cyberwar de grande ampleur pourrait paralyser certaines sociétés, voire certains pays, et provoquer d’importants dégâts économiques.

Comment expliquer cette complaisance des marchés?

Premièrement, les marchés sont apolitiques. Malgré le deuxième plus long marché haussier de l’histoire, la majorité des entreprises américaines continuent à surprendre aussi bien au niveau du chiffre d’affaires que des bénéfices.

Deuxièmement, les risques géopolitiques actuels n’ont pas provoqué de choc économique ou inflationniste au niveau mondial. Assez froidement, on constate que les conséquences se font surtout sentir au niveau local.

Troisièmement, les menaces de Trump n’ont pas été décisives et jusqu’à présent, leur mise en exécution a été assez limitée. L’administration et la procédure américaine permettraient de servir de garde-fous aux pulsions populistes du nouveau président.

Quatrièmement, la répétition d’événements tragiques, comme les attentats, a engendré une certaine accoutumance aux situations exceptionnelles. Les investisseurs tirent profit des corrections au lendemain de tels chocs car la situation crée des opportunités d’achat.

Aussi cynique que cela puisse paraître, les marchés ne mesurent que la réalité microéconomique de chacune des entreprises, pour autant que les banques centrales continuent à maintenir des taux bas et à injecter des liquidités dans le marché. C’est ce qui continue à supporter les valorisations et une volatilité basse.

La situation américaine reste néanmoins énigmatique, sa banque centrale commence à normaliser sa politique monétaire, et la divergence entre les enquêtes de confiance et les mesures d’activité ne permet pas de justifier un indice de volatilité aussi bas. Malgré un secteur de la construction résidentielle en plein essor, l’évolution de la production industrielle est devenue imprévisible et le secteur automobile semble proche de la fin du cycle, comme en attestent les derniers chiffres de Ford, General Motors et Toyota, les trois principaux constructeurs automobiles aux USA.

Il apparaît à la lecture économique, politique et géopolitique, qu’un VIX en dessous de 10 ne semble pas correspondre aux conditions de marchés actuels. Par définition, il est impossible de prédire un black swan. Les investisseurs préfèrent modéliser les probabilités de risques selon une répartition normale de type gaussienne. Selon nous, la volatilité est inhérente au marché, une période de faible volatilité ne peut donc perdurer. Par le passé, les deux fois où le VIX est passé en dessous de 10, le marché américain a touché son sommet quelques semaines plus tard.

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Marc Lis

01 Décembre 2017

Arrivé à la tête du Cluster industries créatives il y a six mois, Marc Lis a eu l’occasion d’aller à la rencontre des acteurs du secteur et de lancer plusieurs projets.