Les bonnes affaires de l’État actionnaire

06 Juin 2018 Par Thierry Raizer
Post / Serge Allegrezza
Le groupe Post, dont le conseil d'administration est présidé par Serge Allegrezza, a dévoilé ses résultats le 18 mai dernier et versera 20 millions d’euros à l’État.
(Photo: Lala La Photo)

La présentation récente des résultats annuels de sociétés 
dont l’État est l’actionnaire éclaire en partie sur des revenus 
stratégiques. Dans le même temps, la manne publique est 
utilisée pour diversifier l’économie.

C’est une réponse parlementaire à Laurent Mosar qui a remis le sujet sur le devant de la scène. Ou plutôt a actualisé certains chiffres. Le Premier ministre, également en charge des communications et des médias, apportait le 7 mai dernier des précisions au député CSV sur les résultats de SES. «L’évolution des résultats financiers de SES et de son cours en bourse est suivie de près par le gouvernement, à la fois parce que l’État est actionnaire et parce que la société est un des fleurons de l’économie luxembourgeoise», précisait Xavier Bettel.

En 2017, le bénéfice net de SES a affiché un recul de 38 millions à 596,1 millions d’euros et avait connu une chute de son titre de 40% ces derniers mois. Au moment de présenter les résultats du premier trimestre 2018, le directeur financier, Andrew Brown, s’est voulu rassurant: «Nous sentons que les investissements effectués commencent à porter leurs fruits.» Concrètement, les aléas de SES entraînent – par rapport à 2017 – une chute de 17,7 millions pour l’État, qui touchera tout de même 26 millions d’euros. «Le dividende avait augmenté de 10% l’an pendant de nombreuses années et il revient en 2018 au niveau de 2011», argumentait Xavier Bettel.

Valse de résultats

La baisse s’est aussi fait sentir auprès de BGL BNP Paribas, mais pour d’autres raisons. La banque, dont l’État est actionnaire à 34%, avait connu en 2016 une hausse exceptionnelle de ses revenus suite à la vente du bâtiment Royal-Monterey. La banque avait versé 62.592 millions à l’État luxembourgeois. 49,2 millions le seront pour 2017. Encevo, la maison mère d’Enovos et de Creos, rapporte, pour 2017, 24,6 millions d’euros à ses actionnaires, dont, d’après nos calculs, 6,8 millions pour l’État, qui détient en direct 28% des actions. Les 14,20% de la Société nationale de crédit et d’investissement (SNCI) et les 12% de la Banque et caisse d’épargne de l’État (BCEE) dans Encevo rejaillissent aussi de manière indirecte sur la présence étatique dans l’économie nationale.

En pleine saison de présentation de résultats annuels, Post Luxembourg a dévoilé les siens le 18 mai dernier. 20 millions d’euros seront versés à l’État, comme attendu au budget 2018, de même que les 40 millions escomptés en provenance de la Banque et caisse d’épargne de l’État.
Selon le ministère des Finances, la valeur nominale (au 30 avril dernier) des participations étatiques dans des sociétés de droit privé (cotées ou non), des établissements publics, des groupements d’intérêt économique (GIE), des fondations et des institutions financières internationales était de 3.086.196.528,18 euros.

Nouvelles participations

Paperjam avait consacré sa coverstory au sujet en avril 2017 suite à l’annonce de Pierre Gramegna et d’Étienne Schneider d’une refonte de ce portefeuille pour en optimiser la performance et l’impact. Les ministres des Finances et de l’Économie avaient déjà répondu à une question parlementaire de Laurent Mosar: «Le gouvernement centralisera les participations de l’État au sein d’une structure commune, afin d’augmenter l’impact et le levier du portefeuille des participations étatiques, d’en professionnaliser davantage la gestion et de garantir une gouvernance transparente. Les recettes et dividendes provenant des participations étatiques seront en grande partie réaffectés à des investissements en faveur de l’économie.»

L’annonce n’a pas encore été suivie d’effets, mais entre-temps l’État a dénoué les cordons de la Bourse pour explorer de nouvelles voies. Le lancement en avril 2016, avec des partenaires privés, du Digital Tech Fund en est l’exemple. Après avoir investi 500.000 euros à l’été 2017 dans un tour-opérateur 100% digital (iTravel) et le même montant dans un service d’optimisation des processus de commandes online (Nektria), le fonds doté de 20 millions d’euros vient de repérer une nouvelle pépite: Wizata. 500.000 euros sont aussi injectés dans la start-up active dans l’intelligence artificielle pour l’industrie manufacturière et l’exploitation des ressources naturelles. Fondée en 2014, l’entreprise ambitionne d’ouvrir un centre de R & D au Luxembourg et des bureaux en Allemagne et en France, en complément de sa présence au Grand-Duché et en Belgique.

Boîte à outils

L’État a par ailleurs investi dans une société active dans le domaine du space mining, Planetary Resources, en signant en novembre 2016 un accord portant sur 25 millions d’euros, dont 12 en direct et 13 via la SNCI. En novembre 2017, c’est le Luxembourg Future Fund (créé par la SNCI et le Fonds européen d’investissement) qui soutenait la société Spire, active dans l’exploitation des petits satellites et de leurs données, à hauteur de 70 millions de dollars.

À défaut d’une réforme de la gestion des participations que l’État luxembourgeois détient en direct ou via Post, la BCEE ou encore la SCNI, les responsables publics puisent dans la boîte à outils pour maintenir une présence dans des sociétés historiques, comme ArcelorMittal, en participant à sa recapitalisation via la SNCI ou en misant sur des secteurs novateurs. S’il doit conduire ses investissements en bon père de famille, l’État luxembourgeois a également toujours assumé sa volonté d’innover, quitte à prendre certains risques.

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