Learning by networking

19 Mai 2017 Par Thierry Raizer
Victor Kneip et Jean-Paul Olinger
Jean-Paul Olinger bénéficie des conseils et du regard avisé du président fondateur Victor Kneip.
(Photo: Anthony Dehez)

La Fédération des jeunes dirigeants d’entreprise célèbre ses 40 ans d’existence. Sans faire de lobbying, la FJD a permis à ses membres de parfaire leur culture et leur pratique du management. Avec des activités peu exposées à l’externe, elle n’en demeure pas moins l’un des réseaux les plus influents du pays. Regards croisés entre le président fondateur, Victor Kneip, et l’actuel président, Jean-Paul Olinger.

Fédérations professionnelles, associations sectorielles, clubs d’affaires… les lieux et occasions de rencontre, de networking et de réflexion sont nombreux au Luxembourg. Parmi ce réseau de réseaux, la Fédération des jeunes dirigeants d’entreprise (FJD) tient une place à part. Et veut la maintenir. Plus discrète que des associations lobbyistes, cela fait 40 ans cette année qu’elle œuvre pour la progression de la pratique du management, et donc dans l’intérêt du développement économique du pays. Entre ses quelque 200 membres actifs (avec une limite d’âge fixée à 45 ans) et 300 anciens membres qui gardent le contact, la FJD représente à elle seule une force d’influence non négligeable.

L’esprit de la FJD

Victor Kneip: «J’observe cette année, et plus encore que par le passé, un effet multiplicateur sur tous les plans, qu’il s’agisse de la structure de la FJD, qui a été affinée, du programme fonctionnel, ou du courage affiché par le comité d’aborder à bras-le-corps cette opportunité extraordinaire que représentent les 40 ans de l’association. Ça fourmille d’idées originales. Le succès de la fédération nous permet d’inviter les gens avec qui l’on souhaite partager cette occasion. Cela dénote un superbe esprit d’entreprise : on voit des occasions, on les saisit et on les gère.

Jean-Paul Olinger: «C’est le résultat du travail d’une équipe motivée qui aime entreprendre dans la continuité, initier de nouveaux projets. Comme M. Kneip l’a indiqué, c’est le même état d’esprit qu’il y a 40 ans qui anime notre comité. J’ai aussi, en tant que président, la chance d’avoir une équipe autour de moi qui partage cet esprit, qui prend les dossiers en main, et qui a envie d’innover, par exemple en créant de nouvelles formules d’échange entre les membres. Nous avons cette année des événements que nous n’avons pas eus dans le passé, tout simplement, car des membres ont voulu essayer d’autres formules. Tous les membres encouragent d’ailleurs le comité en place, et qui change partiellement chaque année, à innover pour faire bouger petit à petit notre fédération.

V.K.: «C’est le cas et c’est super. Ceci me fait penser à la quantité impressionnante de membres actifs qui ont transité à un moment donné au sein de la Fédération et que l’on retrouve tous azimuts, dans l’économie, dans les groupements, dans les associations, dans les fédérations, dans les organismes publics… on sait que leur présence dans ces organismes se trouve facilitée par leur expérience et les tests par lesquels ils sont passés via leur rôle à la FJD. Je connais des personnes qui ont assumé un, voire deux mandats dans ces organismes, parfois même en tant que président. Leur passage à la FJD est formateur, dans la mesure où ils peuvent apprendre et essayer des choses, obtenir la confirmation qu’elles peuvent avancer et fonctionner avec un soutien collectif.

Le fait que ce soit une institution ayant pour vocation de servir le groupe d’âge le plus attentif aux opportunités, mais qui a encore des hésitations pour prendre des risques, est important. Car une fois que le premier risque a été analysé, pris et géré, on est prêt à en prendre un autre. Avoir des exemples autour de soi et faire partie d’une camaraderie sans idée de concurrence de tous les jours, mais en partageant un esprit de club, d’appartenance et de plaisir, cela facilite les aventures entrepreneuriales.

Encourager les femmes à s’investir dans leur vie professionnelle 

V.K.: «Je suis ravi de constater que ce ne sont plus uniquement les hommes qui sont intéressés, mais que de jeunes femmes viennent renforcer les rangs de la FJD. Elles ont l’occasion de manifester leur intérêt, elles sont respectées dans leur fonction et dans le déploiement de leur personne à l’intérieur de l’organisme.

J.-P. O.: «C’est un défi sociétal qui doit être considéré à plusieurs niveaux, et la FJD est bien entendu engagée à prendre sa part de responsabilités. Notre plateforme de camaraderie, où l’on s’encourage autour d’opportunités ou de nouvelles initiatives, permet aussi aux femmes de voir qu’il est possible de se lancer dans une entreprise ou dans une nouvelle fonction.

V.K.: «Beaucoup de principes fondateurs de la FJD sont encore en place 40 ans après sa création, dont celui justement de ne pas considérer les choses comme figées et de voir l’organisation comme une plateforme évolutive. Nous avons la chance d’avoir un sens de la participation qui est mis à rude épreuve en raison de la limite d’âge fixée à 45 ans. Cette limite force les membres actifs à s’engager pleinement dans une période de temps déterminée. Ce qui pour moi a été un stimulant énorme.

J’ajoute que derrière chaque grand homme, il y a une grande femme, et vice versa. Il serait utile qu’il y ait davantage de grands hommes derrière des grandes femmes qui doivent être soutenues. Plus généralement, nous ne devons pas oublier que nous sommes une fédération de jeunes dirigeants d’entreprises. Pour l’entreprise, le conjoint ou la conjointe joue un rôle crucial.

Les opportunités se saisissent plus facilement, car des succès – et des échecs – sont connus et partagés.

Victor Kneip, président fondateur de la FJD

J.-P. O.: «Les femmes actives représentent 14% des membres actifs de notre fédération. Un point auquel nous contribuons dans le cadre de ce défi est de recruter des femmes chefs d’entreprises, et de les inclure dans les groupes de travail, ainsi que dans le travail journalier de notre comité. Nous pouvons ainsi leur donner une visibilité plus grande, et nous engager sur ce sujet qu’est la place des femmes dans le secteur économique. Nous avons eu la chance d’avoir eu une fois une présidente (Isabelle Lentz, ndlr) pour le 35e anniversaire de notre fédération, et, actuellement, nous avons une proportion de membres féminins plus importante que par le passé. Nous espérons que la dynamique en place permettra, qui sait, d’avoir à nouveau une présidente.

S’agissant de l’apport des dames dans l’économie et dans notre fédération, pour ne citer que ce point, je pense que pour pouvoir comprendre la complexité d’un problème, il faut disposer de tous les points de vue le concernant. Et le point de vue féminin apporte incontestablement un plus. Les débats en sont enrichis.

Quid de la culture de prise de risque au Luxembourg?

V.K.: «L’économie de notre société, par rapport à d’autres systèmes économiques, notamment anglo-saxons, a évolué terriblement. Je sais que lorsque j’ai démarré mon entreprise, si ça ne réussissait pas, il ne me restait plus qu’à déménager avec ma famille pour m’installer ailleurs. À l’époque, ayant servi de grands groupes en tant que salarié, quitter un employeur que l’on avait servi pour créer une entreprise ne faisait pas partie de la culture. Cela m’avait fortement influencé dans ma prise de décision. Actuellement, les opportunités se saisissent plus facilement, car des succès – et des échecs – sont connus et partagés. On sait surtout que des échecs n’ont pas empêché celui qui a échoué de redevenir utile à la société et de ne pas rester à la traîne avec un passif non résolu.

J.-P. O.: «C’est l’approche anglo-saxonne qui est motivante sur cet aspect. Après avoir encouragé les entreprises familiales luxembourgeoises à devenir des groupes internationaux, nous devons désormais, sur le même schéma, encourager les start-up à devenir des entreprises familiales pérennes.

V.K.: «Il y a une volonté politique très nette en ce sens. Elle a pris beaucoup de temps avant de produire des résultats concrets, mais elle est là. Aujourd’hui, il y a de multiples appuis sur lesquels on peut compter pour constater très souvent qu’il vaut mieux ne pas oublier de mettre la main à la pâte et ne pas rester à attendre l’aide offerte.

On pardonne plus facilement aux jeunes! Ce qui encourage à aller de l’avant.

Jean-Paul Olinger, président de la FJD

J.-P. O.: «Cela contribue aussi au sentiment d’appartenance à l’entreprise familiale qui est créée ici et qui a, par essence, davantage vocation à rester au Luxembourg et à y créer de la richesse pour le Luxembourg et la Grande Région. Nous remarquons, du reste, que le cadre de la FJD créé il y a 40 ans reste d’actualité et montre que les problématiques de l’époque demeurent, avec des opportunités d’un côté et des challenges de l’autre.

V.K.: «La limite d’âge instaurée pour les membres actifs permettait de réunir des gens de moins de 45 ans évoluant dans une même dynamique. Le fonctionnement au sein de la FJD aidait à mieux fonctionner en dehors, et donc dans l’exercice de sa profession. Cette appartenance actuelle ou passée permet de garder un lien entre les membres actifs et anciens, ces derniers étant naturellement ouverts pour rencontrer les plus jeunes afin de prodiguer un conseil.

J.-P. O.: «On pardonne aussi plus facilement aux jeunes! Ce qui encourage à aller de l’avant.

La communication de la fédération

V.K.: «Dès le début, nous avons mis beaucoup de soin à sélectionner les candidats qui souhaitaient nous rejoindre, en partant du principe que tout le monde ne peut pas devenir membre sans s’enfoncer dans des considérations qui pourraient être offensantes. Mais la volonté d’élitisme était voulue et se ressentait dans les candidatures potentielles.

J.-P. O.: «Outre le critère de l’âge, nous essayons aussi de ne pas avoir trop de membres d’un même employeur et de continuer à avoir des entrepreneurs afin de promouvoir la diversité. Nous essayons d’avoir des membres qui sont prêts à contribuer à des groupes de travail. La FJD n’est pas une plateforme d’échange de cartes de visite comme peuvent l’être d’autres plateformes, qui remplissent très bien ce rôle. Comme nous devons travailler sur des sujets concrets, le caractère humain prend une forte importance. Les membres se rencontrent régulièrement, ce qui permet d’aboutir à de bonnes contributions.

La FJD a été constituée dans un esprit de camaraderie plutôt que comme un groupe de lobbying. Or, si nous ouvrons notre communication à l’extérieur, nous devons avoir une opinion sur différents sujets, avec les besoins en communication adaptés. Notre fonctionnement permet à des représentants de différents secteurs économiques de se parler en tant que dirigeants d’entreprise sur différentes problématiques de façon tout à fait neutre. La formule a bien fonctionné sur les 40 premières années, et je pense que cela va continuer de la sorte. Sans devenir revendicatifs, nous envisageons de sortir l’une ou l’autre conclusion apolitique sur un sujet qui sera alors partagé avec les différentes parties prenantes.

V.K.: «Nous avions au départ le choix de nous appeler comme nous le voulions. L’adoption du mot ‘fédération’ a nécessité un certain courage, à l’instar des fédérations des pays qui nous entourent et qui, structurellement, étaient des fédérations d’associations régionales au sein du pays. Nous ne voulions pas rester au niveau d’une association. Nous avons donc considéré que l’on peut fédérer des activités professionnelles, ainsi que des objectifs qui sont, non pas en concurrence, mais parallèles ou complémentaires au fonctionnement de la FJD. Au départ, nous avions non seulement le sentiment, mais aussi la preuve que parmi les organismes professionnels qui existaient, il y avait des questions sérieuses qui se posaient quant à la nécessité de disposer d’un organisme supplémentaire à vocation patronale. Nous avons tenu à aller vers ces associations avec lesquelles nous nous entendons très bien, car nous ne prenons le pas sur personne. Je parlais de camaraderie; c’est d’autant plus le cas que d’anciens membres de la FJD ont pris des fonctions dirigeantes dans ces associations professionnelles.

J.-P. O.: «Nous parlons d’entreprises et du tissu économique, mais le succès du Luxembourg va au-delà, et inclut les acteurs du secteur public. Le dialogue entre les acteurs publics et les acteurs privés a toujours permis au Luxembourg d’être fort. On peut se poser la question de notre rôle de promotion d’un échange avec des représentants d’autres organismes. 

L’évolution de l’économie luxembourgeoise

V.K.: «L’économie a évolué d’une manière extraordinaire dans la direction de la création de services. Les services que les entreprises ont l’habitude de sous-traiter aujourd’hui sont infiniment plus souples, plus diversifiés et plus nécessaires que par le passé. Cette évolution a entraîné des révolutions structurelles dans le comportement du travail à l’intérieur du Grand-Duché. Ce qui a conduit à une plus grande ouverture et à un besoin de moderniser les habitudes monolithiques des entreprises et des organismes publics sur lesquels les entreprises voulaient s’appuyer. Même les grandes entreprises tendent vers une spécialisation dans laquelle elles offrent à des entreprises, souvent concurrentes par ailleurs, des services presque complémentaires. Dans cette ambiance, l’esprit de camaraderie qui est promu par la FJD est idéal et appelé à se développer dans les décennies à venir.»

CV Express – Victor Kneip

  •  1936 – Naissance à Luxembourg
  • 1961-1972 – Débuts en tant qu’analyste financier chez Eurofinance à Paris, avant d’occuper des responsabilités auprès de World Bank Group à Washington DC puis de Citigroup à Bruxelles et Luxembourg
  • 1973 – Fondation de Creditrust, première institution de crédit non bancaire au Luxembourg, acquise par Kredietbank 14 ans plus tard
  • 1977 – Président fondateur de la Fédération des jeunes dirigeants d’entreprise

CV Express – Jean-Paul Olinger

  • 1978 – Naissance à Luxembourg
  • 2002 – Diplômé de HEC Lausanne - School of Business
  • 2003 – Diplômé de l’université de Mannheim (master en droit des affaires et fiscalité)
  • 2005 – Entrée chez KPMG Luxembourg
  • 2016 – Devient associé au sein du cabinet, dans le champ de la fiscalité des services financiers
  • 2017 – Jean-Paul Olinger est élu pour un an à la présidence de la Fédération des jeunes dirigeants d’entreprise

Historique

Fondée le 30 septembre 1977, la Fédération des jeunes dirigeants d’entreprise a pour objet de «contribuer par tous les moyens à faciliter et à renforcer l’accomplissement efficace des fonctions patronales dans les domaines économique et social», via ses activités qui se répartissent entre des organisations plénières, comme des conférences ou des workshops, ou des sujets traités en groupes de travail. L’un des principes de la FJD est la rotation du président chaque année.

Un poste traditionnellement dévolu au secrétaire général de l’année précédente. Un principe en vigueur, selon les fondateurs, pour stimuler encore plus l’esprit d’entreprendre au sein de l’un des organismes les plus actifs pour les jeunes patrons et dirigeants, puisque tous les membres actifs ont moins de 45 ans.

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