«Le plus important est de rester dans le présent»

29 Décembre 2017 Par Jean-Michel Lalieu
Gilles Müller entrainement
Gilles Müller a repris l’entrainement fin novembre, après une saison arrêtée prématurément. Prochaine étape, l’Australie en janvier 2018.
(Photo: Edouard Olszewski)

Suite de notre rencontre avec Gilles Müller, qui vient de connaître sa plus belle année sur le circuit du tennis professionnel, qu’il pratique depuis plus de 15 ans. Enfant du pays, il reste attaché à ses racines et se mobilise déjà pour l’élite de demain.

Quelles sont les valeurs dans le tennis qui vous motivent toujours à le pratiquer quotidiennement?

C’est d’abord une question de passion. J’ai commencé très tôt, et c’est une passion depuis toujours. Ensuite, c’est un sport individuel où l’on passe beaucoup de temps avec soi-même. C’est parfois frustrant, mais en tout cas, il n’y a jamais personne à critiquer, on doit toujours s’en prendre à soi-même. C’est aussi un sport qui permet de jouer des matches tout au long de l’année. Si ça se passe mal une semaine, on a rapidement l’occasion de se rattraper. Tous les jours, on repart à zéro. C’est vrai quand on perd, mais aussi quand on réalise un bon résultat. Il faut rapidement tourner la page et continuer. J’aime aussi l’idée de devoir trouver des solutions tactiques en cours de rencontre. Généralement, on définit une tactique avec l’entraîneur, mais elle ne fonctionne pas toujours. À ce moment, il faut pouvoir en changer.

Mon équipe est là pour moi à 100%

Gilles Müller

Quel est le joueur qui vous a le plus inspiré?

C’est difficile à dire. J’ai vraiment été un grand fan d’Agassi quand j’étais gamin. À Noël, je voulais chaque année sa nouvelle tenue. Il me fallait ses chaussures, sa raquette… Après lui, c’est moins évident de repérer quelqu’un en particulier. Mais des joueurs comme John McEnroe m’inspirent toujours aujourd’hui.

Gilles Müller en tant que tennisman, c’est aussi un team, une petite entreprise…

Oui, effectivement, il y a autour de moi toute une équipe sans laquelle je ne serais pas là où je suis aujourd’hui. J’ai mis longtemps à mettre cette structure en place et j’aurais aimé l’avoir quand j’étais tout jeune au Luxembourg. Comme je l’ai dit, j’estime que les jeunes athlètes ne sont pas assez structurés dans ces domaines-là. Or, c’est important de comprendre, par exemple, pourquoi on doit faire attention à son alimentation. Personnellement, si c’était à refaire, je ne commettrais plus certaines erreurs. Au Luxembourg, nous sommes face à un manque de personnes spécialisées dans ces domaines. J’ai souvent été le premier à devoir ouvrir certaines portes. J’ai parfois fait des choix par manque de connaissances, sans personne pour me guider. Aujourd’hui, ma structure est vraiment performante, mon équipe est là pour moi à 100%.

Pour vos contrats, vous ne faites pas appel à une grosse structure, comme beaucoup de sportifs?

Non, je travaille avec un manager italien, Hugo Colombini. Il travaille en tant qu’indépendant, c’est une petite structure qui offre un service nettement plus personnalisé. J’ai été intégré dans une grosse boîte quand j’étais jeune. Quand j’ai été numéro un mondial junior, j’ai signé avec Octagon. À l’époque, tout le monde me courait après. Mais dans le monde des seniors, la situation a quand même un peu changé. Leur stratégie était de suivre beaucoup de jeunes en espérant qu’un ou deux explosent rapidement et donc rapportent beaucoup. Comme je n’ai pas tout de suite explosé, je n’étais pas très intéressant pour eux. Avec Hugo, c’est plus familial.

Avez-vous déjà des projets pour votre fin de carrière?

Oui, tout à fait. Les premiers pas ont été faits en créant LetzServ. J’ai vraiment envie de rester actif dans le sport après ma carrière. Et pas forcément dans le tennis, même si c’est le sport que je connais le mieux. Le sport est ma passion et je souhaite lui rendre une partie de ce qu’il a pu me donner. Et de le faire au Luxembourg, qui m’a aussi beaucoup donné. Beaucoup de choses doivent encore être améliorées dans le sport dans ce pays. Et je trouve important que les gens qui ont le pouvoir dans le monde du sport viennent du sport. Souvent, dans les clubs ou les fédérations, les gens qui prennent les décisions importantes ne maîtrisent pas bien la situation sur le terrain. J’entends parfois des choses étonnantes de la part d’autres sportifs sur la situation dans les différentes fédérations. Évidemment, il faut avoir d’autres capacités que de simplement bien jouer au tennis pour diriger une fédération, mais c’est important d’avoir une certaine connaissance du jeu pour ne pas seulement prendre des décisions en tenant compte des aspects économiques ou pratiques. Il faut vraiment savoir quoi faire pour que les jeunes sportifs deviennent très bons. Personnellement, j’ai envie de partager mes expériences avec les jeunes plus tard.

Vous visez le manque de professionnalisme?

Oui, il faut vraiment professionnaliser les fédérations et les clubs. On se plaint souvent qu’il n’y a pas beaucoup d’argent dans ces derniers. Mais quand je vois parfois les montants dépensés par un club, que ce soit dans le football, le basket-ball ou ailleurs, pour s’offrir les services d’un étranger quelques années, je me dis qu’on ferait mieux d’investir dans la formation des jeunes.

Le tennis est un sport où des montants colossaux sont en jeu. Vous vivez ça comment ?

Je l’ai très mal vécu à certains moments d’arrêt lors de blessures, pendant les moments de doute. Il y a effectivement des gros montants à très haut niveau, mais pour y arriver, il faut jouer des tournois nettement moins dotés. À de nombreuses périodes, j’ai aussi perdu pas mal d’argent. Les voyages, nous les payons nous-mêmes, nos entraîneurs aussi. Ça représente beaucoup de frais. Or, sur les petits tournois, on gagne nettement moins d’argent. Lors de ma blessure au coude en 2013, j’étais redescendu au classement parce que je n’avais plus joué pendant sept à huit mois. Je devais donc reprendre avec de petits tournois. J’ai fait le choix d’investir à fond pendant une année, en étant conscient que je perdais de l’argent, mais en me fixant comme limite que si les résultats ne suivaient pas, j’arrêterais. À certains moments, j’ai vraiment eu de la pression. Une fois qu’on se remet à jouer les grands tournois, elle diminue fortement. Aujourd’hui, je sais qu’en participant à tel tournoi, je vais déjà gagner tel montant, et donc que je ne perdrai pas d’argent.

C’est un problème auquel vous songez souvent ?

Il faut surtout ne pas trop y penser. C’est facile à dire, mais lorsque l’on joue une balle de match, si on se met à penser que 50.000 euros sont en jeu sur ce point, on devient fou. Pendant les matches, je fais totalement abstraction de cet aspect. J’essaie toujours de me rappeler que quand j’étais gamin, je jouais au tennis pour le plaisir et pas pour l’argent. J’essaie encore de penser comme ça. Forcément, aujourd’hui, je suis responsable de ma famille, c’est donc différent. Mais je joue au tennis parce que j’aime ça, pas pour devenir millionnaire.

On a aussi souvent vu des sportifs tout perdre rapidement à cause de mauvais choix, de mauvais conseils. C’est un point auquel vous êtes attentif ?

Oui, certainement. Lors de ma dernière blessure, je n’étais pas sûr de pouvoir reprendre. Je me suis fait pas mal de souci. J’ai des enfants et je ne voulais pas qu’ils doivent un jour supporter mes erreurs.


(Photo: Edouard Olszewski)

Au Luxembourg, la finance occupe une place particulière. C’est un sujet auquel vous vous intéressez ?

Non, pas vraiment. J’aime bien être au courant de tout, donc je regarde les informations de manière générale, mais je n’ai pas un intérêt particulier pour la finance.

Vous investissez à titre personnel ?

Je regarde de loin ce qui serait possible comme investissements, mais pour le moment, je n’investis pas. Je pense parfois à l’immobilier. Mais j’entends dire que ça monte sans arrêt et qu’un jour ça risque d’exploser, c’est compliqué. En plus, je viens juste de terminer la construction de notre maison, nous y habitons depuis quelques mois. J’ai investi pas mal d’argent dans ce projet. Pour le reste, je préfère rester concentré sur mon job et je ne veux pas me créer des soucis annexes.

À part le tennis, quels sont vos grands centres d’intérêt ?

Depuis que mes enfants sont nés, dès que je suis à la maison, tout tourne autour d’eux et de mon épouse. C’est important vu que je suis souvent absent. Je fais donc en sorte que le temps que nous passons ensemble soit de qualité.

C’est vraiment très important de rester concentré sur ce qu’on est en train de réaliser et d’y placer 100 % de son attention.

Gilles Müller

La famille, c’est important ?

Très important. Le tennis, c’est ma passion, mais parfois, c’est très dur de les quitter. Il y a des moments où je préférerais rester près d’eux à la maison. Ces derniers temps, comme j’étais blessé, ce fut à nouveau une période difficile. C’est ma famille qui m’a permis de garder ma bonne humeur. Je sais qu’ils sont et seront toujours là pour moi quand j’ai besoin d’eux. Que je gagne ou que je perde, pour eux ce n’est pas important. J’existe même dans la défaite, alors que pour beaucoup de personnes dans le monde, un sportif n’existe que quand il réalise de bons résultats. La famille et les copains, ils sont là à n’importe quel moment. Ce sont eux qui me permettent de redescendre sur terre quand je fais de bons résultats et me remontent le moral quand je suis déçu. C’est grâce à ces moments en famille que je recharge mes batteries.

En tant que tennisman professionnel, vous avez dû apprendre à gérer le stress. Quel conseil donneriez-vous aux managers pour maîtriser ce stress ?

Le plus important est de rester dans le présent. Il faut s’accorder le droit de faire des erreurs et être prêt à assumer par la suite, mais rester dans le présent. Le tennis est vraiment un bon exemple : on peut faire des erreurs un jour ; le soir, on les analyse, et le lendemain on repart à zéro, on met la tête dans le guidon et on y va. Si, au cours d’un match, on continue à penser à un point raté deux jeux plus tôt, ou si on se voit déjà à la fin du set, alors qu’on en est à 3-3, c’est fini. Il faut vraiment rester dans le présent et faire à fond ce que l’on fait. Point par point. Je ne sais pas comment on peut transposer ça dans la vie d’un manager, mais c’est vraiment très important de rester concentré sur ce qu’on est en train de réaliser et d’y placer 100 % de son attention.

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