Le futur selon un géant

30 Novembre 2017 Par Jonas Mercier
Tatsuya Tanaka (CEO de Fujitsu)
Dans une étude baptisée Workplace 2025, Fujitsu définit trois grands phénomènes qui vont modifier le travail: l’hyperconnectivité, la personnalisation du cadre professionnel et l’utilisation de l’intelligence artificielle.
(Photo: Fujitsu)

Des innovations sur mesure, adaptées aux besoins de chaque entreprise, et un concept: la co-création. Voilà comment Fujitsu anticipe l’avenir. Son CEO, Tatsuya Tanaka, s’est livré en exclusivité à une dizaine de médias, dont Paperjam, à l’occasion du Fujitsu Forum 2017, qui s’est tenu les 8 et 9 novembre derniers à Munich.

La révolution digitale en cours dépasse largement le monde virtuel. Elle impacte tous les domaines de la vie humaine, de notre façon de communiquer, de nous divertir, à notre manière de travailler. Et cette mutation fondamentale de nos sociétés est largement influencée par une poignée de sociétés dans le monde. Fujitsu est l’une d’entre elles.

Quand son CEO partage sa vision du futur, mieux vaut donc être attentif. Très discret sur le plan médiatique, Tatsuya Tanaka a accepté de livrer la stratégie de son entreprise et de répondre aux questions d’une poignée de journalistes du monde entier, dont celles de Paperjam, début novembre.

Plus que des tendances globales, c’est le développement de services ultra-personnalisés, intégralement basés sur les nouvelles technologies, que le patron de l’entreprise nippone a décrit. Ainsi, Fujitsu fait le pari de développer des innovations individualisées aux besoins de chaque client. «Il n’est plus suffisant d’avoir une vision verticale de l’intégration de nos solutions digitales, il faut pouvoir avoir une approche horizontale, explique-t-il. La customisation des technologies est une tendance déjà très avancée au Japon, et en laquelle nous croyons.»

Si nous sommes capables de proposer à nos clients de nouveaux modèles d’affaires adaptés aux nouvelles réalités économiques, alors nous disposerons d’un avantage compétitif essentiel.

Tatsuya Tanaka (CEO de Fujitsu)

Penser les modèles d’affaires

Leader au Japon, Fujitsu est le 5e fournisseur de services IT dans le monde. Ce géant des nouvelles technologies, qui a été fondé en 1935, a su s’adapter aux évolutions du 20e siècle et a accumulé une expérience inédite en matière digitale. Connu du grand public surtout pour ses ordinateurs, la majorité de son activité s’adresse à des clients professionnels. «Nous avons étudié l’évolution des comportements des consommateurs, mais nous travaillons avant tout avec des entreprises. Il est essentiel d’unir notre expertise avec le savoir-faire de nos clients pour créer de nouvelles solutions qui répondent au mieux aux défis qu’ils rencontrent, ajoute Tatsuya Tanaka. Nous cherchons donc à intégrer nos technologies pour développer des systèmes qui serviront les business models de demain.»

Pour cela, Fujitsu base sa stratégie sur quatre technologies, dans lesquelles il investit massivement: le cloud, l’internet des objets, l’intelligence artificielle et la cybersécurité. «Nous avons la chance d’avoir une très grande expertise dans ces domaines, ainsi qu’une vision globale de l’environnement connecté, ajoute Tatsuya Tanaka. Je pense que si nous sommes capables de proposer à nos clients de nouveaux modèles d’affaires adaptés aux nouvelles réalités économiques, alors nous disposerons d’un avantage compétitif essentiel.»

Redéfinir la façon de travailler 

Et les nouveaux business models passent par une refonte radicale des espaces de travail. C’est en tout cas la conclusion à laquelle est arrivée la compagnie après avoir mené un sondage parmi près de 1.300 directeurs de grands groupes dans 16 pays durant le 3e trimestre 2017 (voir encadré ci-contre). Il en ressort que 79% des entreprises estiment que leur modèle actuel n’est pas assez flexible pour tirer le meilleur de leurs employés et 70% prévoient de réfléchir à des politiques internes pour améliorer l’équilibre entre vie privée et professionnelle de leurs employés. Par ailleurs, 60% prévoient d’adopter, ou ont déjà adopté, l’innovation ouverte ou le crowdsourcing comme moyen de générer de nouvelles idées, produits et services. «Le nombre de free-lances va augmenter drastiquement dans les années à venir. Le défi pour les corporations est donc de créer un écosystème qui puisse intégrer tous ces nouveaux collaborateurs en proposant de nouveaux modes de travail, notamment grâce au cloud et au développement d’appareils et d’interfaces encore plus accessibles», note Ramanan Ramakrishna, le vice-président du service Innovation dans les systèmes de management chez Fujitsu. «Dans les années à venir, les entreprises qui réussiront ne seront pas forcément les plus grosses, mais celles qui disposeront de l’écosystème le plus large et le plus efficace.»

En tant que fournisseur de services IT, Fujitsu tente donc d’anticiper ce à quoi ressemblera l’espace de travail de demain. Dans une étude baptisée Workplace 2025, il définit trois grands phénomènes qui vont modifier le travail: l’hyperconnectivité, la personnalisation du cadre professionnel et l’utilisation de l’intelligence artificielle. Si les environnements actuels de travail nous dictent où et quand il faut travailler, la mobilité technologique va désormais permettre à chacun de définir soi-même ces paramètres.

Et là encore, Fujitsu entend travailler avec chaque client pour offrir des services uniques. Et comme l’affirme Duncan Tait, le directeur des opérations pour l’Europe, le Moyen-Orient et l’Amérique, «le coût des solutions sur mesure n’est plus supérieur à celui de la production en série».

La blockchain dans les radars

Si elle ne constitue pas l’une des quatre technologies sur lesquelles Fujitsu a décidé de concentrer sa stratégie, la blockchain est bien dans les petits papiers du groupe nippon.

La multinationale travaille activement depuis deux ans sur le sujet et a récemment ouvert un centre d’excellence dans ce domaine en Espagne. La priorité est pour l’instant d’axer ses recherches sur le secteur financier. Fujitsu a ainsi annoncé le mois dernier la signature d’un partenariat avec trois des principales banques japonaises, Mizuho, Sumitomo Mitsui et Mitsubishi UFJ, pour le développement d’un service de transfert d’argent entre particuliers basé sur la blockchain. «L’adoption de cette technologie dans le secteur bancaire est en train de s’accélérer, détaille la directrice du département des solutions pour les services financiers chez Fujitsu, Elenice Macedo. Nous en entendrons très bientôt parler en Europe.»

La finance constitue pour Fujitsu une sorte de rampe de lancement pour la commercialisation de solutions utilisant la blockchain, mais la société reste très attentive aux autres applications de cette technologie. «Nous faisons également partie de l’initiative Hyperledger, une entité qui regroupe plusieurs entreprises du monde entier travaillant sur le développement de plateformes open source basées sur la blockchain», rappelle Elenice Macedo. Par ailleurs, Fujitsu dit mener plusieurs proofs of concept avec des entreprises dans les domaines du transport et de l’industrie, ainsi qu’avec le secteur public en Espagne. «Nous visons également le secteur de la grande distribution et de la santé», ajoute Elenice Macedo.

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