Le boom des industries créatives

10 Juin 2018 Par France Clarinval
Creative industries
Au lancement de la plate-forme, quelque 250 membres du cluster sont déjà inscrits et il y a fort à parier que ce nombre va croître rapidement.
(Photo: Matic Zorman)

Avec le lancement de sa plate-forme numérique, le cluster Creative Industries avance d’un pas dans la visibilité d’un secteur en plein essor, comme le montrent les statistiques.

La secrétaire d’État à l’Économie, Francine Closener, le président du cluster, Jan Glas, et son directeur, Marc Lis, avaient de quoi se réjouir ce 29 mai dans les locaux du 1535° à Differdange: la première réalisation tangible du cluster Creative Industries a pu voir le jour. Comme annoncé et attendu, la plate-forme www.creativecluster.lu rassemble les acteurs du secteur en un hub unique en ligne. «Cela va faciliter la communication, mettre en évidence les opportunités de travail, présenter les projets et promouvoir la collaboration entre les différents acteurs du secteur», souligne Marc Lis, qui avait fait de la mise en place de cette plate-forme une priorité. «L’outil permet aussi aux entreprises et aux organisations de trouver les produits et services créatifs qu’elles recherchent au Luxembourg.»

Les activités économiques intègrent de plus en plus d’éléments créatifs et culturels

Philippe Robin

Au lancement de la plate-forme, quelque 250 membres du cluster, tous secteurs confondus, sont déjà inscrits et il y a fort à parier que ce nombre va croître rapidement. Le secteur est en effet actif et compte de plus en plus d’entreprises, car «les activités économiques intègrent de plus en plus d’éléments créatifs et culturels, pour ajouter une valeur pratique, esthétique ou culturelle aux biens et services produits», comme le souligne Philippe Robin, consultant en statistique et auteur d’une étude sur le poids économique des industries créatives pour le compte du cluster Creative Industries. Tout en regrettant le manque de données statistiques disponibles (les derniers chiffres datent de 2015), il dresse un tableau précis du secteur, qu’il détaille en trois sous-ensembles d’activités: les activités artistiques, les industries culturelles et les activités créatives.

7.100 emplois

Longtemps sous-estimées, les industries créatives sont aujourd’hui considérées comme un secteur à part entière de l’économie luxembourgeoise, tout particulièrement par leur contribution à l’emploi et à la croissance économique du pays. En 2015, ce secteur a directement contribué pour 406 millions d’euros à la richesse nationale et il a occupé plus de 7.100 personnes (travailleurs salariés et indépendants), soit 1,8% de l’emploi intérieur national.Le secteur est marqué par la diversité, avec un ensemble disparate de 2.252 entreprises de tailles très variables, soit 6,1% de l’ensemble des entreprises luxembourgeoises. Les «très petites entreprises» occupent une place prépondérante dans les industries créatives. Ainsi, celles qui emploient moins de 10 salariés représentaient 94% des entreprises du secteur en 2015 (contre 87% pour l’ensemble des entreprises du pays), tandis que les «entreprises moyennes» et les «grandes entreprises» (50 salariés et plus) représentaient ensemble moins de 1% des entreprises du secteur. 

Autre fait marquant, plus de la moitié des entreprises du secteur n’ont pas recours à l’emploi salarié puisque pour 59% d’entre elles, le chef d’entreprise était la seule personne déclarée (contre 39% pour l’ensemble des entreprises luxembourgeoises). L’emploi des industries créatives est aussi caractérisé par une forte proportion de travailleurs indépendants, 13,2% des emplois du secteur, alors qu’ils ne représentent que 1,9% des emplois de l’économie luxembourgeoise.

Croissance

Disparate, le secteur l’est aussi dans la diversité des activités elles-mêmes. Les entreprises d’architecture sont les plus nombreuses (24,5% du nombre total d’entreprises des industries créatives), suivies par le sous-secteur des «arts» (22,9%) et de la publicité (17,9%). Avec seulement 211 établissements, l’audiovisuel est le sous-secteur qui compte le moins d’entreprises en activité (9,4% des entreprises des industries créatives). Sur un an, le nombre d’entreprises reste stable (+0,1% en 2015 par rapport à l’année précédente), mais il affiche une progression de +10,9% sur la période 2008-2015, soit une croissance moyenne de +1,6% par an. Croissance aussi dans le nombre d’emplois, qui a progressé de +3,1% de 2014 à 2015 et plus encore, de +5,4% sur la période 2008-2015. Cependant, l’emploi dans les industries créatives a progressé moins rapidement que l’emploi intérieur, qui affiche un taux de croissance de +16,3% au cours de la même période. Après des années significatives de baisse (-22,7% de 2008 à 2013), le chiffre d’affaires global des industries créatives est en hausse de +21% entre 2013 et 2015, totalisant près d’un milliard d’euros, signe d’un rebond important de l’activité économique du secteur. Malgré ce renversement de tendance, les industries créatives représentent toujours moins de 1% du chiffre d’affaires total des services marchands (non financiers).

Mais c’est la valeur ajoutée au coût des facteurs qui illustre la création de richesse des entreprises du secteur. En 2015, les industries créatives ont généré un total cumulé de 406 millions de valeur ajoutée, soit une contribution de près de 1% à la valeur ajoutée de l’ensemble de l’économie luxembourgeoise. 

Les industries créatives présentaient un taux moyen de valeur ajoutée de 42% en 2015, soit un taux nettement supérieur au taux moyen de l’ensemble des services marchands (non financiers), qui est de 14%, mais inférieur au taux global moyen des activités de services administratifs et de soutien (62%). 

Il sera évidemment intéressant d’observer cette évolution sur les dernières années, 2015-2017, celles où il a été le plus question d’industries créatives dans les discours politiques, les aides à l’investissement et la création du cluster. 

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