Le blues des docteurs

15 Juin 2018 Par Audrey Somnard
L’AMMD dénonce à travers un sondage de la profession, un ras-le-bol généralisé de la profession.
L’AMMD dénonce à travers un sondage, un ras-le-bol généralisé de la profession.
(Photo: CC)

Quelque 636 médecins pratiquant au Luxembourg ont répondu au premier sondage du genre initié par l’Association des médecins et médecins-dentistes (AMMD). En pleine fronde contre le tiers payant, les médecins évoquent à travers cette enquête un sentiment de ras-le-bol.

Le sondage des membres de l’AMMD va dans le sens des arguments anti tiers payant avec 88% des médecins interrogés qui pensent subir actuellement trop de charges administratives. Pour 70% d’entre eux, la charge de travail est devenue «démesurée». Enfin, ils sont 74% à penser que le médecin encourt actuellement trop de risques médico-légaux.

Concernant la sécurité sociale, seuls 2% d’entre eux pensent que le système de santé n’a pas de problèmes systémiques, alors qu’ils pointent la domination des considérations technocrates (77%), le manque de considération de l’expertise médicale (59%) et le manque de dialogue avec les acteurs étatiques de la santé publique (53%).  

Une nomenclature qui n’est plus à jour

Pour 66% des médecins, le manque d’adaptation des nomenclatures actuelles est un des plus grands problèmes du système de la santé au Luxembourg. Les praticiens pensent que cette nomenclature n’est plus à jour (72%) et qu’elle ne reflète pas l’effort que le médecin devrait faire pour bien soigner le patient (69%). Ils sont plus de la moitié (51%) à considérer que pour que le patient ait accès aux soins remboursés, le médecin peut se sentir obligé de contourner de manière inconsciente ou consciente les lacunes de la nomenclature.

«Le résultat de cette enquête, c’est l’expression d’un ras-le-bol généralisé», constate le président de l’AMMD, le Dr Alain Schmit. «Nous sommes confirmés dans notre action contre les rigidités d’un système qui ne fonctionne plus dans l’intérêt des patients. Le cadre légal et tarifaire est une menace permanente pour la liberté thérapeutique. Ce système n’est plus à même de fournir aux patients les soins dont ils auraient besoin», conclut-il.

Dépités, les médecins ne conseillent plus aux jeunes générations de suivre leur trace. Le défi d’équilibre entre vie privée et professionnelle est bien réel pour 4 médecins sur 10, qui sont de plus en plus nombreux à déconseiller cette carrière quand ils gagnent en ancienneté. 47% des médecins exerçant depuis 25 ans et plus déconseilleraient cette carrière. Mais malgré les critiques formulées, 79% des médecins et médecins-dentistes continuent cependant à aimer leur profession.

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